Samedi, en Écosse, a eu lieu le premier match expérimental avec les 29 nouvelles règles que l'IRB envisage d'appliquer en 2008.
ÉDIMBOURG – (ECO)
de notre envoyé spécial
LES UNS APRÈS LES AUTRES, les vieux supporters des Watsonians passent le tourniquet pour assister à la rencontre face aux Heriots, autre club d'Édimbourg. Scène banale du rugby écossais, sauf qu'aujourd'hui un bénévole du club tend gentiment une feuille au format A 4 à chacun des deux cents spectateurs. En détail y figure le projet d'expérimentation des vingt-neuf nouvelles règles mis en place par l'IRB (la fédération internationale) et qui pourrait entrer en vigueur en 2008.
« Alors, c'est un match historique, paraît-il ? » lance un supporter impatient et intrigué. Car pour la première fois était disputée, samedi, une rencontre avec l'ensemble des nouvelles règles ébauchées auprès des étudiants de Stellenbosch, en Afrique du Sud.
L'IRB a choisi comme terrain d'expérimentation, jusqu'au 31 mars, la « Super Cup » que disputent les équipes de Première Division écossaise, un échelon au-dessous des trois équipes professionnelles (Édimbourg, Glasgow, Borders).
Pourquoi de nouvelles règles ? L'IRB est partie du constat que les sports sont en concurrence et appartiennent à l'industrie du spectacle. Et que si le rugby n'évolue pas, ne se simplifie pas, il risque de mourir à petit feu, à l'instar de l'Écosse où on compte moins de dix mille licenciés adultes. « Nous devons être très vigilants, explique Roy McCombe, manager de l'arbitrage écossais et superviseur du match. L'an dernier, pour la première fois on a compté plus de licenciés de football que de rugby en Nouvelle-Zélande. Il faut que le rugby plaise aux spectateurs. Ces nouvelles règles permettent d'apporter de la vitesse et du rythme à notre jeu. » Dans le viseur de l'IRB, la mêlée, le maul et toutes les phases obscures qui, si elles font le sel du rugby, inspirent incompréhension et rejet auprès des néophytes.
Paddy O'Brien, ancien arbitre néo-zélandais, une des têtes pensantes du projet (*), explique les origines de cette prise de conscience des instances régissant le rugby : « Les joueurs sont plus préparés, plus forts, plus rapides qu'avant et le temps de décision de l'arbitre devient de plus en plus court. Nous croyons que les règles ne sont plus en phase avec le rugby moderne. Si vous lisez un livre de règles et regardez ensuite un match, il ne refléterapas les lois. Soit vous sifflez tout le match quitte à ce que les spectateurs désertent le stade, soit vous adaptez les règles. Certaines règles sont devenues impossibles à arbitrer. Nous voulons rendre le jeu plus facile à jouer et à regarder. »
Patchwork de rugby
Lors d'une conférence de presse à Murrayfield, Bill Nolan,membre du bureau exécutif à l'IRB, a montré geste à l'appui que le livre de rugby faisait 147 pages : « Nous ne pouvons pas prendre des décisions drastiques comme changer le nombre de joueurs ou abandonner la mêlée ou la touche. Mais il faut faire quelque chose. »
Ainsi le match Watsonians-Heriots a-til donné lieu à quelques scènes inédites : une touche pas droite ? Coup franc joué rapidement par le demi de mêlée, au lieu d'une mêlée ; un joueur en plaque un autre, se relève et prend la balle alors qu'il devrait revenir dans son camp ; un arbitre de touche lève son drapeau à 90o pour signifier qu'un joueur de la ligne est hors jeu ; un ballon sort en touche, un joueur le prend et adresse une touche vingt mètres en arrière à un coéquipier ; ou encore ce plaquage dans un groupé-pénétrant non sifflé.
Mais le plus important réside sans doute dans la zone « plaqueur plaqué », où on ne sait plus trop ce qu'il faut ou non siffler. Au lieu des trente-deux règles qui gouvernent actuellement cette phase de jeu, il n'y en aura plus que deux : la ligne de hors-jeu et l'obligation de « rentrer par la porte ».
Autrement dit, comme les pays du Sud veulent le voir depuis plusieurs années, on pourra talonner le ballon à la main dans les mêlées ouvertes.
« C'est le match le plus rapide que j'ai eu à jouer, a estimé Mark Lee, troisième- ligne des Heriots. Il est plus facile de gratter la balle dans les rucks. Parfois, on courait dans tous les sens comme des poulets à qui on aurait coupé la tête. »
Au final, le spectateur a vu beaucoup d'essais (neuf), un temps de jeu effectif colossal compte tenu du niveau des équipes, du mouvement, très peu de pénalités, énormément de coups francs, pratiquement aucun maul et des parodies de mêlée tant les piliers se dépensaient dans le jeu.
Pour caricaturer,on pourrait dire qu'on a assisté à un patchwork de rugby à sept et de rugby à treize joué par quinze joueurs. Au club-house, les conversations autour des nouvelles règles abondaient. « Alors comment avez-vous trouvé cela ? » questionnait David Jack, l'arbitre du match, qui avait pour consigne de ne pas parler sur le terrain afin de responsabiliser les joueurs. À l'instar de la majorité des spectateurs, l'ancien centre international écossais Scott Hastings a bien apprécié. « Vendredi, j'ai vu Bourgoin- Biar ritz : 9-0 et aucun essai . Aujourd'hui, je me suis bien amusé, avec plein d'essais et du jeu. Après, toutes les nouvelles règles ne sont pas forcément bonnes à prendre, notamment celle qui permet d'écrouler un maul. »
Certes aucune règle du rugby n'est gravée dans le marbre. L'introduction des bonus a eu des répercussions positives sur le jeu. Mais, plus qu'une querelle entre les anciens et les modernes, la volonté de se lancer à tout crin dans un sport-spectacle fait naître une certaine sensation de malaise. Bien sûr, il ne s'agit que d'expérimentation et quelques règles ont du bon. Mais la tendance est bien là. Et à force de trop vouloir se vulgariser, le rugby ne risque-t-il pas de perdre son identité ?
BENJAMIN MASSOT
(*) Avec Bill Nolan, Steve Griffiths, Richie Dickson, Bruce Cooke, Rod McQueen, Mick Molloy, Graham Mourie, Ian McIntosh et Pierre Villepreux.
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Les principales règles
_ Maul
Les défenseurs peuvent écrouler le maul.
_ Mêlée
La ligne de trois-quarts est située à cinq mètres des derniers pieds afin de créer plus d'espace pour l'équipe attaquante.
_ Touche
Chaque équipe peut placer autant de joueurs souhaités dans l'alignement. Les remises en jeu rapides peuvent se réaliser sous forme de passe en arrière. Une touche pas droite est sanctionnée d'un bras cassé.
_ 22 mètres
Unjoueur qui reçoit une passe d'un joueur qui n'est pas situé dans ses 22mn'a pas le droit de taper directement en touche.
_ Juges de touche
Les juges de touche sont renommés « flag judges » . Si un joueur est hors jeu, l'arbitre de touche lève son drapeau à 90o pour signifier le hors-jeu d'un joueur. Le rôle des arbitres de touche est accru.
_ Pénalités
Multiplication des sanctions sous forme de bras cassé plutôt que des pénalités afin de dynamiser le jeu et éviter les tirs au but.
_ Zone « plaqueur plaqué »
Les joueurs qui rentrent dans la zone doivent passer par le « gate » (porte). Possibilité de prendre la balle avec la main si on est passé par le « gate » . L'arbitre n'annonce plus la création d'un « ruck » .
Parmi les 29 nouvelles règles expérimentées par la Fédération internationale, les trois-quarts doivent se tenir à 5 mètres, minimum, de la mêlée, et non plus à hauteur des pieds du dernier participant.
Modifié par JB 03, 10 janvier 2007 - 17:29 .







