C’est compliqué d’affirmer moi-même avoir changé de statut. D’autant plus que mon début de saison a été tronqué par une longue indisponibilité suite à ma blessure au genou (NDLR, il a été absent quatre mois suite à une entorse du ligament interne du genou). Je n’ai pas passé beaucoup de temps sur les terrains. Je n’ai pas été trop au contact du public.
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Votre manager à Pau, Sébastien Piqueronies, avait déclaré durant votre absence que vous aviez laissé « un héritage » de par la qualité de vos performances. Les managers ne disent pas ça de n’importe quel joueur…
Je ne savais pas qu’il avait dit ça. Tant mieux si Sébastien pense ça. C’est lui qui me voit le plus au quotidien. De mon côté, j’essaie simplement d’être le plus performant possible sur le terrain. Je ne me pose pas la question de savoir si mon statut a changé ou non. J’ai mes objectifs, mon ambition : le but est d’être le plus régulier possible pour les atteindre.
Votre blessure au genou, en début de saison, est intervenue alors que vous étiez sur une phase ascendante. Cela a-t-il été d’autant plus difficile à digérer ?
La blessure n’arrive jamais au bon moment. Mais c’est certain qu’elle est arrivée à un moment où je me sentais bien après une bonne préparation avec mon club. Après avoir pris tous les avis des spécialistes et des médecins, j’ai tout de même vite pris la décision de me faire opérer. C’était pour moi la meilleure décision. J’ai donc pu vite basculer sur la suite avec l’ambition de revenir de la meilleure manière possible sur le terrain. Durant ces trois ou quatre mois, j’ai été très bien entouré.
On connaît vos dispositions offensives. Le staff des Bleus semble aussi apprécier votre aisance dans les duels aériens. Avez-vous toujours été à l’aise dans cet exercice ?
Je ne pense pas. C’est en tout cas un des aspects du jeu sur lequel m’attend particulièrement Sébastien (Piqueronies) depuis mon arrivée à la Section Paloise. Ça fait trois ou quatre ans qu’il me le rabâche. J’ai l’impression d’avoir franchi un petit palier depuis février - mars 2024. Il me reste cependant beaucoup de travail avant de devenir ultra-dominant dans ce domaine. C’est ma volonté. J’ai la chance d’être entouré en club par ce qui se fait de mieux en France dans ce domaine-là. On se challenge. J’aime prendre les conseils d’Aaron (Grandidier), « Greg » (Arfeuil) ou Jack (Maddocks).
« Sébastien sentait que je pouvais devenir dominant dans ce secteur mais que je n’exploitais pas mon potentiel »
Sébastien Piqueronies vous challengeait parce que vous aviez des faiblesses ou du potentiel ?
Je pense qu’il sentait que je pouvais devenir dominant dans ce secteur mais que je n’exploitais pas mon potentiel à 100 %. J’ai beaucoup travaillé pour me développer. J’en récolte les fruits aujourd’hui. Je dois continuer dans ce sens. Ça peut apporter une flèche supplémentaire dans mon jeu.
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Comment cela se travaille-t-il ?
Par la répétition ! À chaque fin d’entraînement, il faut rester un peu plus pour prendre des ballons, s’habituer à toutes les situations possibles même si la réalité d’un match reste à part. J’en parlais d’ailleurs pas plus tard qu’hier avec Julien Sarraute qui nous coache dans ce domaine à Pau (NDLR, l’entretien a été réalisé en janvier). Je lui disais qu’en match, je ne retrouvais pas les mêmes sensations. Le réel duel physique homme à homme, il n’y a que dans ce contexte qu’on le retrouve réellement. Il faut donc s’entraîner à avoir cette vision avec les yeux bien au-dessus de la tête.
Qu’est-ce qu’il faut mettre en œuvre pour performer dans les airs ?
Il y a un peu de détente évidemment pour aller le plus haut possible et être le premier à avoir le ballon. Il y a la lecture de la trajectoire qui est aussi très importante : c’est ce qui permet de savoir où le ballon va tomber et ainsi caler sa prise d’élan. On parle souvent de la science du timing de Brice Dulin qui n’était pas le plus grand. Enfin, la vision est importante, il faut aller chercher le ballon du bout des bras. Mes yeux ont désormais l’habitude de cette manière de regarder.
Il est souvent question d’une faiblesse française dans les duels aériens. Qu’en pensez-vous ?
Je ne pense pas avoir le recul nécessaire pour le dire. Il me semble qu’on a quand même de très bons joueurs « aériens » en France. À Pau, en tout cas, on estime que c’est important parce que ça prend de plus en plus de place dans le rugby à l’heure actuelle. Ça peut toujours devenir une force bien identifiée de notre jeu.
Lors de la tournée en Nouvelle-Zélande, vous avez affronté des joueurs qui font référence en la matière. En quoi cela a-t-il pu vous développer ?
Jouer contre ce qui se fait de mieux au monde, c’est toujours enrichissant. Ça permet de s’étalonner. On avait vraiment la volonté de rivaliser contre eux. Quand on a des ambitions, il faut affronter les meilleurs. C’est ce qu’on a fait.
« Cette polyvalence peut m’aider. […] C’est ce qui me permettra de matcher avec le XV de France »
Vous avez affronté le Néo-Zélandais Will Jordan durant cette tournée. Est-il une référence à vos yeux ?
Ma référence, oui et non. Mais c’est un style de joueur qui me plaît beaucoup. Il a profil arrière - ailier qui me correspond. L’affronter m’a permis d’être en face d’une des références au poste au niveau mondial et de voir ce qui me manque pour m’en rapprocher. Ça donne envie de travailler hyper fort pour ça.
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Sébastien Piqueronies affirme ne plus vous voir seulement comme un ailier, mais comme un joueur capable d’évoluer indifféremment à l’aile ou à l’arrière. Qu’en pensez-vous ?
J’ai vraiment envie de cultiver cette polyvalence. Elle peut être une force pour moi. J’aime jouer à ces deux postes, pourquoi faire un choix du coup ? Je joue à l’aile depuis le début de ma carrière, mais il m’arrive de jouer de plus en plus à l’arrière. Ça me permet de voir des situations et des problématiques différentes.
Votre manager estime que cette évolution est une force pour nourrir votre ambition de jouer en équipe de France ?
Cette polyvalence peut m’aider. Mais elle s’inscrit d’abord dans une logique de développement personnel. C’est ce qui me permettra de matcher avec le XV de France.