Trois investisseurs intéressés par le rachat du Clermont Foot : mais combien peut bien valoir le club auvergnat ?
Le président Ahmet Schaefer semble décidé à céder le Clermont Foot après sept ans aux commandes. Mais une question centrale se pose : combien vaut le club alors que trois acheteurs sont intéressés ? De multiples paramètres vont entrer en ligne de compte…
Par Valery Lefort (La Montagne)
Publié le 13 mai 2026 à 07h00
Quel prix pour le Clermont Foot 63 que le président Ahmet Schaefer cherche visiblement à vendre, lui qui a peu à peu disparu des radars ? Un détachement qui a atteint son paroxysme ce samedi lors de la réception de Guingamp pour le baisser de rideau de la saison et les cérémonies dédiées à Johan Gastien. Visiblement, le président ne mélange pas le cœur et le business. Une absence qui a créé un certain trouble en interne.
On sait l’homme d’affaires helvète engagé dans diverses discussions. Trois repreneurs sont sur les rangs. Mais combien peut-il en espérer ? « Le vrai prix, c’est ce que l’acheteur est prêt à mettre et celui que le vendeur est prêt à accepter. » Christophe Lepetit, directeur des études économiques au Centre de droit et d’économie du sport (CDES) de Limoges, sourit de sa maxime. Laquelle a le don d’être frappé au coin du bon sens.
« Le vrai prix, c’est ce que l’acheteur est prêt à mettre et celui que le vendeur est prêt à accepter. »
« C’est toujours difficile de répondre à une question pareille », ajoute ce spécialiste. Et d’avancer pêle-mêle la capacité du club à générer des revenus, l’apport des droits TV, le sponsoring, les recettes liées aux matchs, la vente potentielle de joueurs, le déficit à combler, etc. Il y aura donc match…
En 2024, dans le sillage de sa dernière année en Ligue 1, le Clermont Foot avait généré un chiffre d’affaires de 25 M€. Un CA tombé à moins de 10 M€ la saison dernière et encore à la baisse cette année.
Les droits télé ? Nicolas De Tavernost, directeur général de LFP Media, interrogé au Sénat la semaine dernière, a confirmé qu’ils seraient - grosso modo - dans les mêmes eaux. Comprendre faméliques.
Quant aux ventes de joueurs, actée (Keïta à Kocaelispor*) ou éventuelles (Pelmard et Konaté qui sont actuellement prêtés ou les jeunes M’Bahia, Baallal, Fakili présents au club), et alors que nombre de joueurs sont en fin de contrat, il ne faut pas rêver, elles ne rapporteront pas des dizaines de millions versés par des clubs du Golfe Persique.
À l’inverse, le club et son président peuvent arguer de points positifs. Déjà, le CF63 reste en Ligue 2. « Ceux qui descendent seront invendables », avance un connaisseur du milieu. Clermont et surtout Ahmet Schaefer ont évité cela. Car le Suisse aurait encore bien plus perdu avec une rétrogradation en Ligue 3. En attendant d’avoir à disposition une nouvelle tribune à même d’attirer du public, des partenaires et générer des profits dans une enceinte qui commence enfin à ressembler à un vrai stade, des points restent à éclaircir… Notamment l’aménagement des loges et autres cuisines : un chantier à la charge du club et non de la Métropole, propriétaire du stade. Avec des travaux retardés ou réalisés après la vente, il faudra sans doute défalquer tout cela du prix global de vente.
Des actifs, mais pas seulement…
Dans la colonne des “plus”, le CF63 dispose aussi d’un centre de formation performant, même s’il reste là encore des reliquats à payer, à hauteur de 200.000 €. Idem pour le centre de performance des pros qu’Ahmet Schaefer n’avait pas voulu payer cash malgré l’apport conséquent des 34 M€ des droits du fonds luxembourgeois CVC.
Là encore, c’est une ardoise d’environ 3 M€ qui reste à régler pour le futur acquéreur alors que le président avait préféré faire appel à l’emprunt : « Stratégie d’entreprise ! », nous avait-il répondu à l’époque. Il n’empêche : l’outil est performant et opérationnel. Même si certains trouveront croquignolesque que le président puisse en tirer bénéfice alors que ce n’est pas directement son argent qui a été investi.
Un autre dossier va plaire au potentiel repreneur : la masse salariale. Elle va drastiquement baisser avec le départ des gros salaires : Caufriez très très loin devant les autres, puis Saivet, Diedhiou, Gastien. Le tout dans un contexte général ou les paies vont continuer à fléchir dans ce foot désargenté.
À boucler avant juin
À tout cela s’ajoute le déficit d’exploitation de la saison. L’an passé, il était de 7 M€. On sera dans les mêmes eaux, sinon plus, cette saison. Et ce n’est pas fini. Il faudra aussi provisionner d’éventuelles dettes, peut-être un redressement fiscal, de possibles litiges juridiques à venir, des conflits potentiels avec des joueurs. Rien n’est moins sûr, mais c’est déjà arrivé ailleurs. Au final, ce sont des frais potentiels qui pourraient peser sur la note finale.
Réputé coriace en affaires, Stéphane Tessier, l’ancien Directeur général de l’Olympique de Marseille, nous a dit « travailler activement » sur le dossier. S’il semble tenir la corde, il n’est pas seul en lice. Les acheteurs potentiels savent que la vente, si vente il y a, s’inscrit dans un contexte morose. Hors PSG, Rennes et Monaco, le foot tricolore ne vit pas, ne vit plus dans l’opulence. En Ligue 2, « la plupart des clubs sont à l’os », déplore même un dirigeant.
Si Ahmet Schaefer dégote un repreneur - car c’est lui seul qui décide (**) - l’un ou l’autre devra vite apporter des garanties aux instances du foot. Avant le cloosing, la Direction nationale du contrôle de gestion (DNCG) donnera son avis. En un : Ahmet Schaefer est-il en règle ? En deux : que vaut le plan de reprise ? Vu le timing, c’est au Suisse que devrait revenir très vite le devoir de déposer le budget prévisionnel à même d’être entériné fin juin.
Le Clermont Foot racheté 2,785 M€ en 2019
Aujourd’hui, le gendarme du foot est plus vigilant, notamment après les chutes de Bordeaux, Niort ou Ajaccio. Aussi, la DNCG exige-t-elle que l’argent amené à financer la saison à venir soit provisionné, et ce hors ventes potentielles de joueurs ! On peut imaginer que Schaefer aimerait se délester du CF63 avant.
Alors, à quel prix ? ! Pas certain, au regard des conditions évoquées plus haut, que le club vaille beaucoup plus que les 2,785 M€ versés en 2019 à Claude Michy, le précédent président, selon un spécialiste de ce genre de cession. Parce que le foot français est aujourd’hui au régime sec alors qu’il y a sept ans, à l’arrivée de Schaefer, il rêvait tout haut du milliard d’euros promis par l’opérateur télé espagnol Médiapro.
À cette époque, le foot faisait tourner les têtes et saliver les investisseurs. Depuis, le château de cartes s’est écroulé. La valeur des clubs avec. Pourtant, en cas de cul-de-sac transactionnel, c’est bien Ahmet Schaefer qui devra remettre au pot. On n’est pas certain qu’il envisage cette solution avec enthousiasme.
(*) Kocaelispor a levé l’option d’achat d’Habib Keïta estimée à 700.000 € selon les médias turcs, et dont 20 % revient à l’OL, son club formateur.
(**) Amhmet Schaefer détient près de 95 % des actions. Le reste est réparti entre plusieurs actionnaires minoritaires comme le bras droit actuel du Suisse, Yannick Flavien, l’ex-conseiller du président, Jérôme Champagne, ou “les historiques” comme l’ex-président Claude Michy, L’association présidée par Patrick Sicard ou Jean-Claude Boli.