Paru dans l'Indépendant du jour, une merveille
Aprés ça, si on prend pas la foudre.
Sentiments mêlés
Le mardi, la mêlée est toujours au programme de l'USAP. Mais hier était un jour particulier pour les avants catalans, en quête de rachat après l'humiliation reçue à Biarritz la semaine dernière. La séance a duré une heure. Sans un mot, sans un rire, avec une concentration extrême. Plongée dans le coeur des ombres.
"Arrrrrrgh !" Un cri rauque déchire le silence d'Aimé-Giral, où seule une tramontane glaciale escorte les "sang et or" dans leur entraînement. "Voilààààà ! Parfait. Allez, on recommence. Flexion, toucher, stop, entrez !" , commande l'entraîneur Bernard Goutta au pas de charge. A l'ombre des tribunes vides, derrière l'en-but, le pack de l'USAP, humilié comme rarement vendredi dernier à Biarritz (défaite 12-10), martyrise depuis un quart d'heure le joug, cette machine anonyme d'une tonne qu'on imagine forcément être aux couleurs de l'adversaire. La tornade basque est passée, les dégâts sont là : le beau vernis "sang et or" a craqué, laissant la mêlée catalane colmater ses maux sans un mot, quatre jours avant la réception de Clermont (16 h 30).
Nous sommes mardi matin, un matin pas comme les autres pour les nouveaux leaders du Championnat. 10 heures, déjà la 50 e mêlée. Pas un bruit, pas un rire, Brunel statufié dans sa réflexion, toujours ce vent obsédant et ce "Arrrrrrgh !" rageur et fulminant poussé à chaque entrée en mêlée. Traditionnellement, c'est Didier Sanchez qui dirige la séance. Cette fois-ci, place à Goutta. Avec tous les deux le même vice : "Maintenant, on entre au stop, on pousse, et on maintient la pression trois secondes. Faut pas lâcher !" Les appuis sont millimétrés, la concentration est extrême et l'étranger (journaliste) perçu par certains davantage comme un bourreau que comme un collecteur d'infos.
Nicolas Mas est le plus touché d'entre eux. Normal, il est l'emblème de l'USAP, son capitaine, sa tête de proue, son international le plus capé, bref, son atout numéro un sur le terrain. Mais il a craqué devant le biarrot Barcella. Les médias se sont nourris du spectaculaire et quelques photos, comme certaines tapes dans le dos, ont ajouté à l'humiliation .
Mas encaisse
On touche à l'intime, au domaine sacré d'une confrérie de spécialistes touchée dans son orgueil. Une valse des sentiments digne d'un Jack la Motta dans "Raging Bull". 10 h 10. Tout le monde boit un coup, et ça repart. Les premières lignes se succèdent : Mas-Guirado-Freshwater, puis Bozzi-Tincu-Chobet et Pulu-Tincu-Schuster. Tous les avants sont là, excepté Vaki (cheville), prêts à se relayer à tour de rôle dans un même effort. Dix, vingt, cinquante mêlées de plus. Goutta s'inquiète : "m***e ! Le tuyau d'arrosage a été emporté." Ecrasé par le joug, qui a labouré la pelouse durant une heure. Sebastien Bozzi, toujours prompt à déconner, ne relèvent même pas l'anecdote. Les corps souffrent, c'est bien suffisant.
10 h 20, nouvelle pause, première ronde collective au milieu de laquelle le manager Jacques Brunel distille ses conseils. L'opposition se poursuit entre hommes. Exit le joug et son ressort qui couine. Goutta flaire le danger : "Les gars, on n'est pas là pour se tuer mais pour travailler intelligemment. Celui qui fait le c**n, il sort." Les packs se forment. Sans surprise, les huit de Biarritz contre les autres. Mêlées axiales, écroulées, tournées, relevées, toute la panoplie y passe. Arrive le trois-quarts Nicolas Durand. Silence respectueux. Pas question d'accabler les "gros", figures tutélaires d'un club à la réputation guerrière.
La séance entre dans son dernier quart d'heure. Chacun atteint désormais la plénitude de l'effort. Les coaches en profitent pour corser l'affaire. Comme en match. Ainsi, le pilier droit (Bozzi) est sommé de pousser en travers. Puis c'est au tour du pilier gauche et du talon de concentrer leur pression sur Mas. A chaque fois, l'international des Bleus encaisse. Avec, en ligne de mire, le match du rachat face à Clermont. 10 h 43, retour au vestiaire. "Pas d'interview aujourd'hui", ordonne Brunel. Goutta, lui, compte les brins d'herbe. "Faut pas que le jardinier voit ce qu'on a fait." Une bonne mêlée laisse toujours des traces.