"En moins de trois semaines, on avait ramassé 2 millions" : l'Interclubs des supporters de l'ASM Clermont fête ses 20 ans
Sans lui, le stade Marcel-Michelin n’aurait pas la même réputation. Sans lui, la Yellow Army n’aurait jamais existé. Lui ? C’est l’Interclubs des supporters de l’ASM Clermont qui fête cette année ses 20 ans d’existence.
Une saveur légèrement boisée. Réminiscence des années 2010 et 2017. De légères notes d’amertume en fin de bouche. Pour se souvenir de souffrances passées. Mais surtout beaucoup de rondeur, de celle qui enveloppe avec autant de tendresse que de vigueur. Pour évoquer l’amour. L’amour de supporters ivres de deux seules couleurs : le jaune et le bleu.
Il y aura très certainement un petit peu de tout cela dans le vin qu’est chargé d’élaborer Benoît Montel. Le vigneron riomois a récemment reçu une commande particulière. « Pour fêter les 20 ans de l’Interclubs, on lui a demandé une cuvée spéciale », dévoile Alexis Rabier, le président de cette association de 22 groupes de supporters fanas de l’ASM Clermont. Ces derniers tenteront d’ailleurs de gagner le concours d’étiquettes lancé en interne pour voir leur création habiller ces futures bouteilles qui seront assurément « de garde ».
Une première initiative festive donc qui devrait très certainement en appeler d’autres au fil de la saison. Car on n’a pas 20 ans tous les jours. À ce propos, et pour être précis, l’Interclubs les aura le 27 octobre prochain, selon une publication parue au Journal Officiel du 25 novembre 2006.
Quelques mois plus tôt, avant le commencement de la saison 2006-2007, le président de l’ASM, René Fontès, émet l’idée de n’avoir pour interlocuteur qu’un seul représentant de supporters. Histoire de ne pas multiplier les doléances alors qu’à l’époque, sept amicales d’aficionados animent les tribunes du stade Michelin et d’ailleurs.
« Au début de cette saison (le 7 octobre 2006, NDLR), l’ASM devait se déplacer à l’extérieur pour affronter Bourgoin qui avait décidé de délocaliser la rencontre au stade Geoffroy-Guichard de Saint-Étienne, se souvient Thierry Fraisse. L’Interclubs n’existait pas, mais avec les différentes associations, on s’était dit qu’on allait essayer d’organiser des bus en commun. Ça avait super bien marché et ça avait été le déclic. » Vingt jours plus tard naissait donc le premier Interclubs du rugby français dont Thierry Fraisse allait prendre la présidence jusqu’en 2022.
L'interclubs, Dublin et la "Yellow Army"
« La conjoncture a voulu que tout se passe vite et bien. Car l’Interclubs a été créé au début d’une belle période pour l’ASM qui commençait à enchaîner les demies et des finales, se souvient celui qui est désormais président d’honneur. Il n’y avait qu’à claquer des doigts et tout le monde suivait. C’est d’ailleurs à ce moment-là que beaucoup d’autres associations de supporters se sont créé. »
L’organisation des déplacements de supporters, qui incombait initialement au club, échoie alors à l’Interclubs qui, face à la passion grandissante, se met à sortir de plus en plus les grands moyens.
« L’un des déplacements fondateurs aura été celui de 2010, à Dublin, pour affronter le Leinster en quart de finale de Coupe d’Europe. On avait affrété six avions au départ d’Aulnat, ce qui représentait 1.200 personnes, présente Thierry Fraisse. Mais une fois là-bas, on était plus de 3.000 parce que plein de gens s’étaient aussi organisés de leur côté pour assister au match. On avait alors donné un point de ralliement à tout le monde sur O’Connell Street pour défiler et aller jusqu’au stade. » Un moment à part puisque c’est à cet instant que les supporters montferrandais ont acquis le surnom de « Yellow Army ».
Un sobriquet franchement pas galvaudé quand on repense à la marée jaune qui s’était à nouveau emparée de Dublin, trois ans plus tard, à l’occasion de la triste finale de Champions Cup perdu face à Toulon. À cette occasion, l’Interclubs, qui avait finalement dû se résoudre à faire appel à des prestataires spécialisés pour répondre à la très forte demande, était parvenu à affréter vingt avions ! Dix-huit au départ de Clermont-Ferrand, un de Lyon et un de Paris.
« En moins de trois semaines, on était parvenu à ramasser 2 millions d’euros. Ça commence à faire pour une association. Je vous laisse imaginer le souci qu’on a pu se faire à l’époque. Mais finalement, on n’avait pas eu un seul impayé et si tout n’avait pas été parfait dans les aéroports, tout le monde avait pu voir le match et c’était là l’essentiel. »
Thierry Fraisse (Président de l'Interclubs entre 2006 et 2022)
Témoin privilégié des plus grandes victoires et des plus tristes défaites de l’ASM, l’Interclubs reste avant tout un formidable vecteur de camaraderie entre des femmes et des hommes qui ne demandent qu’à se retrouver pour vibrer autour de leurs protégés.
Alors, si Baptiste Jauneau et ses partenaires avaient, par exemple, la bonne idée de conduire tout ce petit monde du côté de Bordeaux, fin juin, pour les demi-finales de Top 14, nul doute qu’il y aurait du monde pour à nouveau faire sauter les bouchons.