Le casse-tête de l'UBB, en manque de piliers à l'heure d'affronter le Stade Français
Au moment de recevoir dimanche soir le Stade Français et sa mêlée conquérante, l'UBB doit, elle, composer avec une pénurie de droitiers et de gauchers qu'elle espère continuer à bien gérer en s'appuyant notamment sur le potentiel et l'expérience de Sipili Falatea.
Ce n'est pas encore tout à fait le désert, mais la première ligne de Bordeaux-Bègles s'est clairsemée depuis un mois. Si les talonneurs ont résisté jusque-là, les piliers girondins, eux, ont accumulé les pépins, entre blessures inattendues, opérations programmées ou suspension. Et même les bonnes nouvelles, comme la sélection de Carlü Sadie avec l'Afrique du Sud, ont fini par prendre l'allure de coups durs.
Gaucher de métier, cadre du vestiaire, lâché par son genou (Jefferson Poirot). Recrue polyvalente sanctionnée d'un carton orange pour ses débuts (Lasha Pkhakadze). Droitier, totem indéboulonnable, passé sur le billard à la fin du printemps (Ben Tameifuna). Espoir rapatrié au club pour un trimestre trahi par un tendon (Zaccharie Affane). Et même un international U20 droitier qui aurait pu dépanner mais fâché avec son épaule (Ruben Pargade). Pas grand monde n'a été épargné.
« Toma Taufa s'est bien mis en forme, on lui a mis deux ou trois pièces sur la pré-saison »
Boris Palu, deuxième-ligne de l'UBB
Pour recevoir le Stade Français dimanche soir, c'est bien simple, l'UBB n'a à disposition que deux paires de chaque poste. À gauche, Matis Perchaud et le jeune Amir Hattouma, 19 ans et 15 minutes d'expérience en Top 14. À droite, Sipili Falatea et Toma'Akino Taufa. Le staff de l'UBB mesure l'ampleur du défi, surtout face à une mêlée parisienne qui a tout ravagé sur son passage la saison dernière et semble partie sur les mêmes bases cette année, avec ses trois pénalités provoquées en moyenne par match. Il a sans doute fallu de l'imagination à Jean-Baptiste Poux, coach du secteur à Bordeaux, pour organiser ses séances ces dernières semaines. Et un peu de système D aussi : Connor Sa, talonneur solide, a pu dépanner comme pilier sur certains entraînements.
Sur le terrain, les deux premières journées de Championnat ont rassuré. Face au Racing 92 puis à Toulouse, l'UBB n'a concédé aucune pénalité en mêlée fermée, alors qu'elle en a disputé 24. Sa mêlée est même la seule à 100 % de réussite en Top 14 pour l'instant, sur ses introductions. Elle a aussi provoqué trois pénalités. Du très propre, avec peu de moyens. Parce que Bordeaux avait pu anticiper ses futurs défis au poste et tout le monde en avait pris conscience, au point de motiver les habituels seconds rôles appelés à davantage jouer.
« Toma Taufa s'est bien mis en forme, on lui a mis deux ou trois pièces sur la pré-saison », sourit Boris Palu, en référence au droitier de 31 ans qui, lors de l'exercice précédent, avait dû se contenter de 129 minutes de jeu réparties sur 5 matches. « Je lui dis : ''profite, tu as au moins jusqu'à décembre, si tu montres à tout le monde que tu es un élément important du sein du club, ça va le faire'' », poursuit le deuxième-ligne. Le Tongien, à la réputation de joueur attachant mais qui se laisse parfois aller, s'est appliqué sur la préparation et sur ses deux sorties de banc, il a inscrit deux essais.
Falatea rappelle son potentiel et Perchaud confirme sa dynamique de deuxième partie de saison
Les doublures répondent donc présentes sur cette entame risquée. Et les cadres sont au niveau attendu. À droite, Sipili Falatea, après une année 2025-2026 galère, à cause de blessures et de soucis familiaux, rappelle le potentiel qui a fait de lui un international dès 2021. Son rappel en Bleu, l'été dernier, l'a boosté, même s'il n'a pas joué beaucoup (44 minutes avec France A, 25 minutes contre le Japon), parce qu'il lui a aussi permis de se rapprocher géographiquement de sa famille, originaire de Wallis et Futuna.
À gauche, Matis Perchaud confirme sa dynamique de deuxième partie de saison, où son potentiel s'affirmait jusqu'à une blessure à un genou, mi-mai. L'ancien Bayonnais s'est densifié physiquement, a pris 6-7 kg, fait preuve de sérieux sur son renforcement cervical et son suivi diététique. Pour répondre aux espoirs placés en lui par Yannick Bru qui l'avait connu au Pays basque.
Le coach girondin est donc plutôt satisfait du rendement de sa mêlée jusqu'à maintenant, solide malgré les absences. Et Bordeaux en a renoncé à attirer un joker médical au poste, alors que des discussions avec l'éphémère All Black Jeffery Toomaga-Allen avaient été ouvertes. Il faut dire que la rééducation de Big Ben avance bien et le colosse pourrait être de retour plus tôt que prévu, dans la seconde moitié du mois d'octobre.
La suspension de Pkhakadze touche à sa fin, aussi. Reste à résister au savoir-faire du Stade Français. Mais les Parisiens disent avoir mis l'accent sur la touche à l'entraînement cette semaine, eux dont l'alignement s'est déréglé, avec 11 lancers perdus sur les deux premières journées. À chacun ses tourments.