Medhi Narjissi, joueur du Stade Toulousain, avait 17 ans quand il a disparu.
Thierry Breton / SO
Lors de cette audience à huis clos, il n’a pas été question du président de la FFR, dont ils demandent aussi la mise en examen à titre personnel, mais du voyagiste Frédéric Plachesi, prestataire de la FFR en Afrique du Sud et organisateur du séjour des U18 du XV de France quand le 7 août 2024 Medhi Narjissi a été emporté par l’océan à Dias Beach. Me Édouard Martial, l’avocat de la famille Narjissi, a réclamé l’audition de ce dernier. Cette demande d’acte a été refusée par le juge d’instruction.
« Part de responsabilité »
« Il n’a jamais été entendu ni par le magistrat instructeur, ni par un officier de police judiciaire agissant sur commission rogatoire, ni même par des enquêteurs agissant dans le cadre d’une enquête préliminaire », se désole Me Martial. « Or, on nous dit que Frédéric Plachesi aurait déjà été entendu en procédure. C’est inexact. Ne sont versés au dossier que le compte rendu d’une audition menée dans le cadre d’une enquête interne diligentée par la FFR au lendemain du drame – je rappelle que la FFR est mise en examen dans ce dossier – et un procès-verbal d’une mission d’inspection administrative qui n’est pas une autorité judiciaire. »
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Deux ans après la disparition de Medhi Narjissi, ses parents et sa sœur sont de retour cette semaine en Afrique du Sud pour lui rendre hommage. L’émotion est toujours aussi forte. La colère de Jalil Narjissi aussi
Le refus de cette audition est incompréhensible aux yeux de Jalil et Valérie Narjissi pour qui le voyagiste tient un rôle central dans l’organisation de cette journée off du 7 août 2024 durant laquelle les joueurs des U18 étaient en excursion au cap de Bonne-Espérance. « Voilà quatorze ans qu’il s’occupe des séjours de l’équipe de France en Afrique du Sud. Il connaît les lieux, il connaît la dangerosité de Dias Beach. Pour l’organisation du séjour des U18, la FFR lui verse 100 000 euros. Certes, on a confié notre fils à la FFR mais il a une part de responsabilité. C’est comme un prof de ski qui amène des enfants en hors-piste quand se produit une avalanche », juge Jalil Narjissi.
Plusieurs contradictions
Au cœur du débat également, les contradictions du voyagiste. Me Martial confirme : « Ses déclarations successives entre le 26 août et 12 novembre sont inconciliables. À neuf reprises, à l’enquêteur de la FFR, il dit qu’il n’était pas sur place et qu’il n’a rien vu. Et quelques semaines plus tard, à l’Inspection générale de l’éducation, du sport et de la recherche (IGESR), il déclare avoir vu joueurs et staff à Dias Beach du haut des marches. Autre incohérence : une première fois, il assure ne pas avoir été consulté pour l’organisation de cette séance de récupération dans les eaux de Dias Beach et puis il indique aux enquêteurs du ministère avoir déconseillé cette mise à l’eau. Plachesi est pris en flagrant délit de contradiction. Or, la question de savoir si le caractère dangereux du lieu avait été signalé au staff est une question centrale. »
Me Romain Vanni, nouvel avocat de Stéphane Cambos.
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D’une voix blanche, Valérie Narjissi pose simplement l’enjeu. « On veut la vérité sur ce qu’il s’est passé. Deux ans après, le récit qui en est fait n’est pas fluide. » Son mari va plus loin, dénonçant « une grosse magouille ». Devant la chambre de l’instruction, Me Martial a avancé l’idée, selon un aveu de Plachesi à Jalil Narjissi, « d’une version commune qu’auraient envisagée, après le drame, de mettre au point les encadrants à propos des consignes de sécurité qui auraient été données ce jour-là ».
« Fusible idéal »
« Il faut qu’ils arrêtent de mentir ! » peste Jalil Narjissi. Au soutien de la demande de la partie civile, figure la défense de Stéphane Cambos, l’ancien manager des U18. « Il est un fusible idéal. Cela dispense d’aller plus loin… » estime son avocat Me Romain Vanni. « Mon client se rendait pour la première fois en Afrique du Sud, rappelle-t-il encore. Il n’avait pas la connaissance de l’environnement. Le voyagiste l’avait. Robin Ladauge aussi et d’autres encore au sein du staff et de la Direction technique nationale (DTN). Et puis, on en sait encore trop peu sur les contours de l’organisation de ce séjour et plus particulièrement de cette journée off. Il va falloir déterminer le rôle exact de chacun. »