SUR LE MÊME SUJET
Le déclassement d’Alldritt et la non-sélection de la pépite Capilla pour le match face aux Springboks illustrent la profusion de troisièmes lignes français de haut niveau
Suite à votre blessure, y a-t-il eu un moment où vous avez craint de ne pas pouvoir revenir au plus haut niveau ?
Tu te poses toujours des questions sur ton corps. Est-ce que tu en seras capable ou non ? C’est un moteur pour travailler au quotidien. C’est une blessure assez commune dans le rugby, je me suis fait opérer par le chirurgien qui était déjà intervenu sur mon autre genou. Donc j’avais une approche assez sereine en allant à mon rendez-vous. À la reprise, il y a eu des périodes un peu compliquées car tu évolues plus ou moins vite selon les moments, et tu peux te poser des questions quand tu penses être en échec. Mais ça s’est arrêté là car je connaissais le chemin.
En avez-vous parlé avec Antoine Dupont, lui aussi gravement blessé au genou, un mois après vous ?
On en a discuté un peu, oui. Il n’a pas eu tout à fait le même protocole que moi mais on a pu parler du ressenti, de comment on a vécu certaines choses. Après, chacun vit ça au quotidien de manière différente.
SUR LE MÊME SUJET
L’entraînement de mardi confirme que Nolann Le Garrec devrait débuter face aux Springboks samedi. Nicolas Depoortere pourrait s’asseoir sur le banc. De retour de blessure, Antoine Dupont s’est entraîné
Aviez-vous cette tournée d’automne dans le viseur ?
Ma priorité était de rejouer dans de bonnes conditions. J’ai pu m’appuyer sur un super protocole mis en place avec mon club qui me donnait de la visibilité sur le long terme. Ça m’a permis de vivre une convalescence paisible, sans stress. C’est la première fois que ça m’arrivait, alors que j’ai déjà eu deux grosses blessures à l’épaule et une à l’autre genou. Et j’ai pu revenir un peu plus vite que la dernière fois. Évidemment, je savais que cette tournée allait vite arriver, et quand tu as goûté à ça, tu as forcément envie d’y revenir. Mais ce n’était pas mon objectif numéro un. Mon job, c’était d’abord d’être sur le terrain, de prendre du plaisir et de tout donner pour mes potes et mon club.
Après une aussi longue absence, on profite encore plus d’être à Marcoussis avec le groupe France ?
C’est clair que quand je suis arrivé dimanche soir, j’étais super content de voir tout le monde ! Ça faisait un an que je n’étais pas venu… C’est un privilège. Mais je n’ai pas attendu dimanche pour me rendre compte que c’est exceptionnel. Je me le dis depuis des années. Le manque que j’ai ressenti va avec le plaisir que j’ai eu de retrouver tous ces visages connus, l’excitation de travailler avec ce groupe et de porter ce maillot.
Le groupe se renouvelle petit à petit. Comment vivez-vous les années qui passent, les jeunes qui arrivent, la concurrence de plus en plus forte ?
Mais il y a toujours eu de la concurrence ! Y compris il y a dix ans, quand j’étais déjà là. Il y en aura encore demain, et encore heureux, on est au plus haut niveau ! Je pense que c’est un moteur pour tout le monde. Je n’ai jamais eu de problème avec ça. Il y en a en club, encore plus en équipe de France. On apprend des autres.
De votre point de vue d’aîné, en quoi la nouvelle génération est-elle différente de la vôtre ?
Je n’aime pas trop comparer les générations… (Il souffle) Si je devais dire un truc, c’est que les jeunes arrivent plus carrés dans leur tête qu’on pouvait l’être. Après, ça va avec tout le reste de la professionnalisation, la quête de performance : le staff qui s’agrandit, l’alimentation, etc. Le jeune qui arrive, il a déjà ces notions dans la tête.
Votre leadership a-t-il évolué au fil des années ?
Je reste moi-même, fidèle à mes convictions et à mes valeurs. On a toujours été un groupe de quelques mecs. On n’a pas toujours le même ressenti les uns et les autres. Mais je parle toujours sans arrière-pensée, en totale transparence. Et je me régale.
SUR LE MÊME SUJET
Laurent Sempéré, co-entraîneur des avants des Bleus, a évoqué le cas Grégory Alldritt, non protégé le week-end dernier et qui pourrait ne pas jouer samedi contre l’Afrique du Sud
Nous sommes deux ans après le quart de finale perdu face aux Springboks. Est-ce possible de digérer complètement ce genre de défaite ?
C’est vrai que c’est particulier. Dans ces circonstances, avec une Coupe du monde en France et l’attente qu’il y avait, ça n’arrivera qu’une seule fois dans notre vie de joueurs. Je ne pense pas qu’il y ait grand monde qui ait digéré ce match parmi les mecs qui y ont participé. Après, digérer n’est pas pareil que passer à autre chose. Tu peux l’avoir dans un coin de la tête pendant un moment mais ne pas ressasser, ne pas avoir que des pensées négatives, revanchardes.
Ça reste un quart de finale de Coupe du monde à domicile…
C’était un match extraordinaire à jouer. (Il marque une pause) C’est paradoxal car j’ai de bons souvenirs de ce match. Je me rappelle avoir pris beaucoup de plaisir sur le terrain. Mais je me souviens aussi de tout ce qui en a découlé, la tristesse des gens. Après, c’est du passé. Il faut s’en servir, mais ce match, on ne le rejouera jamais. Il ne faut pas être en permanence dans le négatif. Et puis on apprend beaucoup dans des défaites comme ça, individuellement et collectivement. Je suis sûr et certain que l’équipe a grandi. Elle a payé un prix très cher pour ça.
SUR LE MÊME SUJET
À l’heure de défier les Boks, tout invite à se replonger dans le quart de finale malheureux de la Coupe du monde 2023
Après avoir connu la période 2019-2023, percevez-vous des changements dans l’aventure lancée vers la Coupe du monde 2027 ?
Ça change tout le temps. D’une tournée à un Tournoi, les coachs font évoluer les entraînements, la stratégie… Même d’une semaine à l’autre, d’un rassemblement à l’autre. Il n’y a pas eu une rupture juste après la Coupe du monde. C’est le niveau international. En ce moment, on est un peu plus sur un jeu plus aéré, avec davantage de mouvement.
La Coupe du monde en Australie, vous y pensez en vous rasant ?
Tous les jours, non. Enfin, je ne me rase pas tous les jours… C’est forcément dans un coin de ma tête. Mais là, je pense à l’entraînement de demain (mercredi) car on a un gros match à préparer. Et puis ça va tellement vite… Vu les conditions dans lesquelles j’évolue, il est préférable pour moi de penser au quotidien, à prendre du plaisir. C’est ma priorité.
SUR LE MÊME SUJET
Une grave blessure au genou, 32 années au compteur, une grosse concurrence, mais Charles Ollivon fait son retour dans la liste de Fabien Galthié pour préparer le match contre les Springboks
Vous sortez de votre quatrième grosse blessure. Pensez-vous que vos longues absences vous permettront de jouer plus longtemps qu’un troisième ligne de 32 ans qui ne s’est jamais arrêté ?
Peut-être (il rigole). Mais je ne pense pas jouer au rugby jusqu’à 40 ans. On verra ce qu’il se passera. Après, encore une fois, il suffit d’une blessure à l’entraînement… Bon, aujourd’hui, je suis là, j’ai bien digéré les blessures.
Quand vous regardez vos données physiques, vous êtes toujours au rendez-vous, comme avant ?
Tout à l’heure, on parlait d’éventuels doutes pendant ma convalescence. Eh bien, je m’interrogeais : est-ce que je serai capable d’avoir les mêmes données qu’avant ma blessure ? À force de travail, j’ai vu que mon corps est encore là et que je peux avoir confiance en lui. C’est une relation avec soi-même qui se travaille. Aujourd’hui, je suis encore là.
Y a-t-il une chose que vous voudriez absolument accomplir d’ici la fin de votre carrière ?