Je ne savais pas trop où mettre ce bel article, finalement on y parle de joueurs de l'EDF....
Jean-Jacques Taofifenua rechausse les crampons à 54 ans après avoir perdu une cinquantaine de kilos
En situation de surpoids, Jean-Jacques Taofifenua a perdu une cinquantaine de kilos à la suite d’une intervention chirurgicale avant de relever l’invraisemblable défi de rejouer à l’âge de 54 ans. Pari gagné pour le coprésident de l’AS Saint-Junien.
Dimanche 7 décembre dernier, stade du Chalet de Saint-Junien. Le match des réserves de Régionale 1 entre l’ASSJ et le RC Mussidan s’apprête à reprendre. À son entrée en jeu, le numéro 20 des « rouge et noir » attire les regards du public saint-juniaud. Collants et sous-maillot thermique noirs, le poignet droit strappé, le joueur, placé au couloir, interpelle et suscite des commentaires dans les tribunes.
À l’écart, un jeune homme écoute et observe, discrètement. C’est Donovan Taofifenua. Il a roulé toute la nuit depuis Montpellier où son équipe a atterri quelques heures plus tôt en provenance de Tblissi, en Géorgie, avec dans la soute la victoire face au Black Lion en Challenge Cup.
La fierté qui éclaire son sourire et fait briller son regard dissipe la fatigue sur son visage. Et pour cause. Le numéro 20 n’est autre que Jean-Jacques, son père. La première idole de son enfance dans laquelle il a cru replonger, le temps d’une mi-temps, lorsqu’il suivait les exploits paternels du côté de Jean-Dauger, Beaublanc et, bien évidemment, du Chalet où « Tao » a repris du service. À 54 ans. Méconnaissable.
Il y a deux ans, Jean-Jacques Taofifenua affiche 150 kg sur la balance. Retiré des terrains depuis une dizaine d’années malgré une pige pour dépanner la réserve il y a trois ans, l’ancien talonneur s’est un peu, beaucoup, passionnément laissé aller hors terrain en faisant honneur aux plaisirs de la table. Et au surnom qui lui va comme un gant, « La Boule », dont l’avait affublé son ancien coéquipier Sam Dauba, désormais son compère à la coprésidence de l’ASSJ.
Le moindre geste du quotidien devient une épreuve pour le Calédonien qui atteint le poids de non-retour. « Il fallait faire quelque chose. C’était devenu une question de santé », avoue-t-il. Le 24 avril 2024, veille de son 53e anniversaire, Jean-Jacques Taofifenua subit une sleeve gastrique (réduction de l’estomac, ndlr), point de départ de sa transformation. « J’ai perdu une cinquantaine de kilos. Je suis à 95 kilos (pour 1,71 m), en dessous de mon poids de forme lorsque je jouais en Top 16 », dit-il assis au bureau du foyer de l’ASSJ, le regard rivé sur sa veste officielle du club pendue à la porte. « C’est du L, poursuit celui qui a renouvelé son dressing. Avant, je faisais du triple XL. Je suis passé d’une taille pantalon 62 à 44 ».
"Je suis à 95 kilos, en dessous de mon poids de forme lorsque je jouais en Top 16"
Jean-Jacques Taofifenua
« Tao » parle aussi de renaissance : « Ma vie a changé. Je ne fais plus d’hypertension, je ne souffre plus d’apnée du sommeil. Je suis trop heureux et ma famille aussi ». Surtout, cette intervention chirurgicale l’a poussé à reprendre une activité physique. « J’ai beaucoup marché, des kilomètres et des kilomètres, avant de recourir, explique-t-il. Quand je me suis senti bien, je me suis lancé l’été dernier. J’ai commencé par un quart d’heure. Et maintenant je suis à plus d’une heure. Et sur le terrain (il siffle), ça revient à fond (rire) ».
Car avant même d’être opéré, Jean-Jacques Taofifenua a une première idée en tête. « Je voulais jouer avec mes fils Donovan et Jessy, mes neveux Romain et Sébastien Taofifenua, Yoram Moefana, Christopher et Selavasio Tolofua à l’occasion du challenge Thomas Lacelle, avoir le plaisir de réunir cette grande famille du rugby français à Saint-Junien », souffle-t-il. Mais l’ancien guerrier des terrains est un homme de défis. Et lorsqu’on vient titiller son amour-propre, il saisit la balle au bond. « Plusieurs partenaires m’ont dit que je ne pouvais plus rejouer. J’ai relevé le pari pour faire rentrer des dollars dans les caisses du club », rigole-t-il.
La nouvelle n’a pas fait sourire tout le monde. « Ma femme Katia ne l’a pas bien pris et m’a dit : “Ça ne t’a pas suffi ?”. Moi, j’avais l’impression de ne pas avoir encore assez donné au rugby, confie-t-il. Ce n’est pas très raisonnable, mais je ne me suis pas lancé sans réfléchir. J’ai une famille, je sais que les contacts sont rudes même à ce niveau. Je sais d’où je viens et je me suis préparé en conséquence ».
Premier entraînement ? Il s’ouvre dans un ruck une de ses oreilles en chou-fleur, stigmate des milliers de mêlées poussées en 20 ans de carrière à Mont-de-Marsan, Nice, Clermont, Bayonne, Limoges et Saint-Junien. « Je ne sais pas faire semblant, même à l’entraînement. En deux matches, j’ai pris deux cartons jaunes, s’excuse celui qui s’est mis au service de la réserve. Je viens pour aider, pas pour prendre la place d’un gamin ».
S’il surprend partenaires et adversaires dont il pourrait être le père, « Tao » savoure. « Je me régale, je fais des chisteras de vingt mètres, nargue celui qui ne veut pas faire le match de trop. « Si on a besoin de moi, je serai là. Mais j’ai prévu d’arrêter contre Dampniat pour la journée partenaires », esquisse le coprésident qui a des chèques à encaisser.
Carrière joueur
1992-1993 : Stade Montois
1993-1996 : Stade Niçois
1996-2002 : FC Grenoble
2002-2003 : ASM Clermont
2003-2005 : Aviron Bayonnais
2005-2008 : USA Limoges
2009-2010 :AS Saint-Junien