Jacky et les Parigots
Jacky fit une bouche en cul de poule puis lança à la cantonade en détachant les syllabes : « Il n’est bruit en ville que de notre réception du Stade François ! Oncques ne vit-on jour si joyeux ! Moult réjouissances par-delà le périphérique ! Ce serait grande félonie que d’en penser autrement ! Diantre, bigre, Montjoie-Saint-Denys avec un i grec ! »
Puis il lança un regard appuyé à sa secrétaire à la poitrine opulente qu’il essayait de se taper en vain depuis quelques semaines et devant laquelle il employait un langage emprunté au Grand Siècle car il avait remarqué qu’elle lisait Point de Vue Images du Monde.
Content de sa tirade et confiant dans ses chances de séduction, Jacky s’oublia un instant et lâcha un pet à fendre une bûche puis entreprit de se curer le nez avec l’index de sa main droite tandis que de la gauche il tentait d’atteindre un point qui le gratouillait sous sa ceinture Dunhill à 200 euros.
« Je laisse votre passe sur le bureau et je ferme mon ordinateur, j’ai pris une RTT pour le 24 décembre. » répliqué la secrétaire en inclinant son buste devant son patron, montrant ainsi le clivage grâcieux entre ses deux 95D, ce qui avait le don de fermer la bouche du susnommé patron, faute de quoi il aurait laissé échapper un filet de bave aux commissures de ses lèvres charnues.
Renfrogné, Jacky passa le passe autour du col en vigogne de son costume Smalto sur mesures et emprunta l’ascenseur privatif qui menait au cœur de l’Arena.
« Elle résiste la salope mais je finirai par emmener Popaul au cirque ! » se dit-il in petto. « De toutes façons on va encore écraser les Parigots comme de vulgaires hérissons sur une route départementale empruntée par les poids lourds bulgares qui évitent ainsi les péages ! » ajouta-t-il toujours in petto avec une once de poésie concrète.
L’Arena se remplissait petit à petit d’étudiants ivres, tout heureux que les recruteurs du R92 les aient choppés au restaurant universitaire à coups d’invitations gratuites et de bons pour un litre de pisse d’âne fermentée.
Des tambours se firent entendre, accompagnés de clameurs bachiques : les Parisiens arrivaient, agitant frénétiquement leurs drapeaux et soufflant au cul des batraciens (en vrai on laisse les crapauds tranquilles mais l’image est belle, voici pourquoi je l’ai piquée au grand et regretté Cavanna).
Racing 10. Stade Français Paris 48.
DANS TON CUL JACKY, DANS TON CUL !!!