"Signer en NFL a changé ma vie" : avant le Superbowl, entretien avec Maguranyanga ancien espoir de l'ASM et pro en Foot US
Peut-être qu’un jour TJ Maguranyanga disputera le Superbowl avec les Washington Commanders. Après tout, plus rien ne serait surprenant avec lui... L’ancien espoir de l’ASM Clermont était dans une impasse dans le rugby. Il est désormais en NFL. Un rêve d’enfant et une vie bouleversée. Entretien.
Par Arnaud Clergue (La Montagne)
Publié le 08 février 2026 à 06h00
Il y a encore deux ans, TJ Maguranyanga était un joueur sous contrat espoirs à l’ASM Clermont. Aujourd’hui, il appartient à la très lucrative NFL, la ligue US de football américain. Avant le Superbowl ce dimanche soir, le joueur des Washington Commanders a accepté de revenir avec nous sur ce véritable rêve éveillé mais aussi sur son aventure clermontoise. C’est depuis sa terre natale du Zimbabwe que TJ Maguranyanga a répondu à nos questions.
Votre parcours peut être décrit comme un véritable rêve américain. Avez-vous l’impression d’être dans un film ?
« Oui, clairement. C’est fou de penser d’où je viens et où j’en suis aujourd’hui. Rien que le fait de passer du Zimbabwe à l’Afrique du Sud, puis de jouer à Clermont, c’était déjà incroyable pour moi. Mais passer de Clermont à la NFL, c’est encore plus fou. Donc oui, parfois j’ai vraiment l’impression de vivre dans un film. »
Qu’est-ce qui vous attirait dans ce sport ?
« J’étais fan des Baltimore Ravens avec Ray Lewis. Je passais mon temps sur YouTube à regarder sa défense, ses gros plaquages, sa façon de jouer. C’est quelque chose que je voulais reproduire sur un terrain de rugby. Je regardais aussi les Seattle Seahawks. Et aujourd’hui, jouer avec quelqu’un comme Bobby Wagner, qui faisait partie de cette équipe, c’est vraiment incroyable. Ce sont ces joueurs et ces équipes qui m’ont donné envie de jouer en NFL. J’en rêvais étant jeune. Mais ce n’était pas un rêve très réaliste. À l’époque, il n’y avait aucun chemin pour aller du Zimbabwe ou de l’Afrique du Sud jusqu’à la NFL. Cette possibilité n’est apparue que bien plus tard. »
Et dans le rugby, dans quel club rêviez-vous de jouer ?
« J’ai commencé le rugby très jeune. Mon équipe préférée c’était Toulon, parce qu’ils avaient la meilleure équipe. Ils gagnaient la Champions Cup, le Top 14. C’est là que je voulais jouer. Il y avait aussi de grands joueurs sud-africains comme Bakkies Botha ou Bryan Habana. »
TJ Maguranyanga :Je me suis dit : « OK, pour l’instant j’arrête le rugby et je tente le football américain. »
À quel moment avez-vous compris que votre carrière dans le rugby était dans une impasse ?
« Après ma grosse blessure au genou à l’ASM, je suis parti en prêt la saison suivante à Valence Romans en Pro D2 (en 2023). En décembre, Clermont m’a annoncé que mon contrat ne serait pas renouvelé. En janvier 2024, j’ai commencé à regarder un documentaire sur l’IPP (l'International Player Pathway vise à identifier des athlètes internationaux et leur offrir un cadre structuré pour apprendre le football américain, NDLR). Cela a ravivé mon rêve de NFL. La saison de Pro D2 s’est terminée. On était à Barcelone avec mes coéquipiers après notre dernier match. Ce jour-là la NFL m’a contacté pour savoir si j’étais intéressé par l’IPP. C’est là que le déclic s’est fait. Je me suis dit : "OK, pour l’instant j’arrête le rugby et je tente le football américain". »
Encore en contact avec Jauneau ou Darricarrère
Comment décririez-vous votre aventure à Clermont-Ferrand ?
« C’était difficile. S’installer dans une nouvelle ville, apprendre une nouvelle langue, jouer un autre style de rugby, dans un grand club… ce n’était pas simple. Mais je dirais plutôt que c’était une période très exigeante, et aussi très formatrice. J’ai beaucoup appris sur moi-même, sur le professionnalisme, sur la gestion du corps et de la carrière. Donc « challenging » est le mot qui décrit le mieux mon passage à Clermont. »
Avez-vous gardé des contacts à l’ASM ?
« Oui, bien sûr. Je parle encore avec certains gars, comme Baptiste Jauneau ou Léon Darricarrère, parfois sur Instagram. Je vois ce qu’ils font, leur sélection en équipe de France. Il y a aussi Yerim Fall avec le rugby à 7. Ce sont des joueurs avec qui j’ai évolué au centre de formation, donc c’est cool de les voir réussir. On se félicite mutuellement. »
Passer du rugby au football américain, c’est un changement radical. Qu’est-ce qui a été le plus difficile à apprendre ?
« Le plus dur, c’était le playbook. En rugby, on a des systèmes, des lancements de jeu, on analyse l’adversaire. Mais en football américain, c’est un autre niveau. Chaque action peut être différente, les joueurs changent, l’attaque s’adapte en permanence, et la défense aussi. Apprendre le playbook, c’était comme faire des études universitaires juste pour jouer à un sport. C’est clairement le changement le plus radical. »
Quelle a été votre réaction quand les Commanders vous ont proposé un contrat ?
« J’étais extrêmement heureux. C’était clairement l’un des plus beaux jours de ma vie. Tout est allé très vite : la veille j’étais à l’hôtel, le lendemain matin j’ai fait un entraînement, et quinze minutes après, on m’a proposé un contrat. J’étais aux anges. J’avais hâte d’appeler ma famille pour leur annoncer la nouvelle. »
Racontez-nous votre premier match en NFL face aux Denver Broncos en décembre dernier...
« C’était totalement irréel. J’ai grandi en regardant les Denver Broncos, notamment à cause de Von Miller (linebacker des Broncos). Et là, je jouais mon premier match en Sunday Night contre les Broncos, avec Von Miller sur le terrain. J’étais excité, nerveux, émerveillé. Je suis très reconnaissant envers mes coachs de m’avoir offert cette opportunité. Ce n’est pas tous les jours qu’on joue son premier match dans un événement aussi important.
TJ Maguranyanga :"Le Super Bowl, c’est le plus grand titre dans le monde du sport."
Votre contrat est plus petit que celui des grandes stars, mais cela reste beaucoup d’argent. Comment cela a changé votre vie ?
« Je gagne bien plus qu’en rugby, et ça change ma vie et celle de ma famille. Je suis très reconnaissant de pouvoir jouer à un sport que j’aimais enfant, et d’être aussi bien payé pour ça. »
Au rugby vous jouiez au poste offensif d’ailier. Au football américain, vous êtes défenseur et « chasseur de quarterback ». Comment vous-êtes vous adapté ?
« Ce n’était pas simple, mais certaines compétences du rugby m’ont beaucoup aidé. En tant qu’ailier, surtout à haut niveau, il faut exploser au départ, attaquer les espaces, anticiper. En football, c’est similaire : au snap (la remise en jeu), je dois partir vite, battre le tackle (poste situé dans l’alignement offensif de l’équipe adverse) et atteindre le quarterback avant qu’il ne sorte de la poche ou ne fasse la passe. Il y a aussi les positions très basses, le travail de puissance, que j’avais déjà en rugby. Tout ça m’a beaucoup servi. »
Cette nuit (ce dimanche) a lieu le Superbowl entre les New England Patriots et les Seattle Seahawks. Quel est l’impact de cet événement en tant que joueur de football américain ?
« Le Super Bowl, c’est le plus grand titre dans le monde du sport. Être en NFL et regarder d’autres équipes le jouer, ce n’est pas agréable, mais ça me motive énormément. Ça me pousse à travailler encore plus pour aider mon équipe à y être l’an prochain, quel que soit mon rôle. Je vais regarder, analyser, étudier les joueurs à mon poste et apprendre pour progresser. »
Quel est votre favori ?
« Je ne dirais pas que j’ai une préférence. Mais quand j’étais jeune, je n’aimais pas trop les Patriots, et j’étais plutôt fan des Seahawks. »