La nouvelle, sous forme de communiqué, a fait l'effet d'une détonation, mercredi matin, dans le monde du rugby. Le Stade Rochelais annonçait que son pilier droit Uini Atonio, 35 ans, avait été « admis au centre hospitalier de La Rochelle pour une suspicion de problème cardiaque », et que les examens médicaux avaient confirmé « un accident cardiaque ». Le joueur, c'est vrai, avait été obligé de déclarer forfait face à Clermont, dimanche soir, en Top 14 (32-27), en raison de douleurs ressenties dans la poitrine pendant l'échauffement. C'est un des kinés du club qui l'avait alors convaincu de ne pas jouer ce match, alors qu'il était prêt à le faire.
Mais personne ne s'attendait à ce que cette première alerte, assimilée à une inflammation intercostale, soit suivie d'une seconde plus préoccupante, deux jours plus tard, au centre d'entraînement de La Rochelle. Pris en charge par le corps médical du club, Atonio a alors été transporté à l'hôpital, en soins intensifs, avant d'y être opéré mercredi. Il devrait encore y subir une intervention chirurgicale dans le courant de la semaine prochaine. « Uini devra observer une longue période de convalescence, disait encore le communiqué des Maritimes. Il est désormais établi qu'il ne pourra pas poursuivre sa carrière de joueur. Cette nouvelle nous touche profondément. »
L'onde de choc provoqué par son infarctus a évidemment dépassé les frontières de la Charente-Maritime. Difficile, en effet, d'imaginer que ce colosse d'1,96 m pour 145 kg ne pratiquera plus son sport de prédilection. Que ce bonhomme qui faisait la pluie et surtout le beau temps au coeur des mêlées du Top 14 et d'ailleurs ne promènera plus sa barbe fleurie et son allure débonnaire sur les terrains de rugby. Que ce compétiteur facétieux et malin ne lèverait plus la main pour simuler une blessure au bout d'une action à plusieurs temps de jeu qui l'avait laissé à bout de souffle, comme cela lui arrivait parfois.
Mercredi, des messages de soutien ont afflué de toutes parts. Ici pour le réconforter dans son épreuve et lui souhaiter un prompt rétablissement. Là pour rappeler ses talents de joueur et sa grandeur d'âme. « C'était sans doute le meilleur pilier français qu'on n'ait jamais eu, témoignait notamment son partenaire en sélection Gaël Fickou, joint mercredi soir. Il était titulaire en Bleu depuis plusieurs années avec une régularité de performance. Il a gagné des titres avec le Stade Rochelais et l'équipe de France. C'est un joueur exceptionnel. Mais c'est surtout à l'homme que je souhaite rendre hommage. Dans un groupe, c'est un super mec, toujours avec le sourire. J'ai beaucoup de souvenirs en tête, j'ai regardé pas mal de photos avec lui cet après-midi. J'espère qu'il y en aura encore d'autres. Uini a laissé une trace de son passage. Il aurait sans doute aimé laisser une autre fin. Mais c'est la vie. »
Atonio est une figure incontournable du rugby français. Il avait à peine 21 ans lorsque Patrice Collazo, trop affecté pour répondre à nos sollicitations mercredi, le persuada de quitter sa Nouvelle-Zélande natale pour rejoindre le Stade Rochelais, alors en Pro D2. C'est là, en 2011, que le deuxième-ligne d'alors accepta de changer de poste pour devenir progressivement un redoutable pilier droit, le meilleur du pays, et l'un des joueurs les plus adulés du public de Marcel-Deflandre. Son palmarès parle pour lui : une montée en Top 14 (2014) et deux titres de champion d'Europe avec La Rochelle (2022 et 2023), un Grand Chelem (2022) et un deuxième Tournoi des Six Nations (2025) remportés avec le quinze de France, deux participations à la Coupe du monde avec les Bleus (2015, 2023), 68 sélections au total.
« C'est un joueur hors-norme, avec un physique atypique, rappelait mercredi l'ancien sélectionneur Philippe Saint-André (2011-2015), qui l'appela pour la première fois chez les Bleus en novembre 2014 pour un test-match face aux Fidji (victoire 40-15). Même s'il est originaire de Nouvelle-Zélande, c'est un vrai pilier à la française. Il a mis du temps à s'installer, mais ensuite, il est devenu un vrai taulier des Bleus. Il était également dans la transmission, dans le partage. C'est en plus un mec attachant. Fabien Galthié comptait sur lui. C'est une grosse perte pour le quinze de France. »
« Direct, on a pensé à lui. On s'est dit : ''Est-ce que c'est grave ? Est-ce qu'il va s'en sortir ?'' »Mickaël Guillard, deuxième-ligne des Bleus
Malgré son grand âge et son choix initial d'arrêter sa carrière internationale après le Mondial français de 2023, Atonio espérait finalement étirer son bail avec les Bleus jusqu'à la Coupe du monde 2027 en Australie. Freiné par une blessure aux ischio-jambiers contractée au printemps dernier, il avait passé les premiers mois de cette saison à se soigner et à se familiariser avec son nouveau job complémentaire d'entraîneur de la mêlée rochelaise. Il était revenu sur les terrains courant décembre, disputant six matches au total, les cinq derniers comme titulaire. Évidemment, le staff tricolore n'avait pas hésité à l'inclure dans sa liste des 42 appelés à préparer le prochain Tournoi.
Mercredi, à Marcoussis, ses coéquipiers tricolores ont appris son infarctus au petit matin sur leurs téléphones, alors qu'ils se rendaient à une séance de musculation. « On a vu : "Uini Atonio, arrêt de carrière, problème cardiaque", raconte le deuxième-ligne Mickaël Guillard. Direct, on a pensé à lui. On s'est dit : "Est-ce que c'est grave ? Est-ce qu'il va s'en sortir ?" Ça fait toujours peur, les problèmes cardiaques. Aujourd'hui, ça n'a pas été facile. Ça ira mieux avec le temps. » Tous ont évidemment eu une grosse pensée pour ce joueur d'exception, pour sa force brute, son aptitude à stabiliser les mêlées, ses passes veloutées, ses charges dévastatrices, sa bienveillance à l'égard des plus jeunes et son humour décalé.
« C'est vrai qu'on est tous touchés par ce qui lui arrive aujourd'hui. Le rugby est bien loin dans ces moments-là »
William Servat, co-entraîneur de la conquête des Bleus
« Uini, ça fait des années qu'il est ici, qu'il occupe une place forte dans l'équipe parce que c'est le pilier droit, le papa du groupe, dit encore Guillard. Il finit comme ça, d'un coup sec, alors qu'il devait nous rejoindre dimanche soir. C'est triste pour le joueur qu'il a été, pour tous les services qu'il a rendus pour son club et pour le quinze de France. On lui envoie plein d'ondes positives pour qu'il se remette bien. Durant tout le Tournoi, on aura une grosse pensée pour lui. »
William Servat, le co-entraîneur de la conquête des Bleus, s'est également arrêté devant les journalistes après la séance d'entraînement mercredi pour évoquer le clap de fin de son n° 3 : « Uini est une personne magnifique qui comptait vraiment dans le groupe, aussi bien en tant que joueur qu'en tant qu'homme. C'est vrai qu'on est tous touchés par ce qui lui arrive aujourd'hui. Le rugby est bien loin dans ces moments-là. Nous avons une grosse pensée pour sa famille, ses proches, ses enfants, sa femme. Uini est un homme fort. On est persuadés qu'il va vite se remettre. »









