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French flair


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#1 el landeno

el landeno

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Posté aujourd'hui, 14:13

De Bayonne à Toulouse, en passant par Lourdes et Montfort-en-Chalosse, « L'Équipe » vous embarque au fil des époques su la route du « French flair » Le « French flair », marqueur fort de l'identité du rugby français a traversé les époques et la France. Il continue d'être un concept pertinent dans le rugby contemporain corseté par les datas. « L'Équipe » vous embarque dans son odyssée.

Au commencement était la Nive. Juste à l'endroit où elle se jette dans l'Adour. Un vieux bâtiment aujourd'hui occupé par les douanes de Bayonne. Jean Dauger y tenait un café, « Le club des clubs », où se retrouvaient les Hussards, Kleber Haedens et Antoine Blondin, deux écrivains chroniqueurs de rugby qui ont contribué à la mythologie du « French flair ».

 
 

Dauger, grâce à son jeu inventif, serait la figure originelle de ce concept, inventé bien plus tard par le journaliste anglais Pat Marshall. Avec comme définition : tenter l'improbable, déclencher l'inattendu et finalement se retrouver dans l'en-but acclamé par la foule. Ou encore : « l'art d'attaquer par surprise avec quelque ballon égaré », selon Denis Lalanne, notre grand ancien chantre de l'expression.

 
 

L'origine : le Gallois courtier en bois de Bayonne

Car durant ces quatre-vingts dernières années, L'Équipe a longuement disserté sur ce sujet. Avec des appréciations différentes selon qui trempait sa plume dans l'encrier. Pierre Michel Bonnot se méfiait du terme qui, selon lui, masquait souvent des insuffisances, quand Jacques Carducci menait campagne contre Jacques Fouroux qui, comme entraîneur, sortait Didier Codorniou ou Denis Charvet du XV de France pour les remplacer au centre par le solide Marc Andrieu, excellent joueur de rugby, trois fois champion de France, mais qui n'a pas marqué l'histoire de ce jeu comme le maire de Gruissan.

 
 

Fouroux voulait des centres physiques qui occupent le milieu du terrain avec trente ans d'avance sur Ma'a Nonu, Mathieu Bastareaud... Très loin de Dauger et de la Nive. Mais, déjà, le débat est faussé. « Mon grand-père était profondément collectif, rectifie son petit-fils, Vincent Etcheto, entraîneur de Dax. Il était très respectueux du jeu. Il y a une photo à l'Aviron où l'on voit trois défenseurs sur lui et la balle qui arrive à son ailier décalé. Pour lui, la passe était une offrande, il est d'ailleurs l'auteur de cette formule. »

 
 
 
 
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Jean Dauger, ballon en main, part à l'attaque lors de la Coupe d'Europe des nations 1938. (Fonds Excelsior)
 

Si le terme « French flair » a donc été créé par un Anglais, le jeu de Dauger lui a été enseigné par un.... Gallois : Owen Roe. « Bayonne était à l'époque le grand port de transport des poteaux de mines pour étayer les galeries, explique l'ex journaliste de Sud Ouest, Yves Harté. C'était l'âge d'or de la forêt landaise. Roe était courtier en bois c'est pour cela qu'il a débarqué à Bayonne... Or il avait vu les Blacks jouer en 1906, il a voulu mettre en pratique ce jeu complet à Bayonne ». Ce bon Owen pourrait presque passer sa mort à regarder jouer son club adoptif, tant le cimetière Saint-Léon où il repose surplombe le stade Jean-Dauger et la Nive. On a quitté à regret ce lieu de quiétude pour emprunter la route des Pyrénées.

 
 

Les pionniers : les invincibles de Lourdes

Car pour raconter cette histoire de « French flair » entre hier et aujourd'hui, nous avons pris le parti de nous rendre sur les lieux de sa conception et de remonter jusqu'au présent. De la Nive à la Garonne en quelque sorte. Nous avons filé vers Lourdes, où nous attendait Michel Corsini dans les locaux de son journal L'Essor Bigourdan, hebdomadaire sur l'actualité locale vendu depuis 1944, à 2 500 exemplaires à 0,50 euro. Michel est la mémoire du FC Lourdes. Il a grandi ici et donc a assisté, enfant, aux exploits du « Grand Lourdes ».

 

Lourdes a écrasé le rugby français des années 50, sept titres en douze saisons (1948-1960), et un exercice complet invaincu (1957-1958). « Je suis de 1944, explique Corsini, gamin, j'ai vu perdre Lourdes une fois, en 1961. Brive était venu gagner. Amédée Domenech (l'entraîneur de Brive) avait alors fait mettre au garde-à-vous son équipe devant le panneau d'affichage. "Contemplez ce score, vous vivez un moment historique"... »

 
 

« Le lundi matin, à la boucherie, on ne nous demandait jamais si on avait gagné, mais de combien on avait gagné »

Louis Guinle, ancien deuxième-ligne et seul survivant du « Grand Lourdes »

 
 

« Le lundi matin, à la boucherie, raconte Louis Guinle, on ne nous demandait jamais si on avait gagné, mais de combien on avait gagné. » On a retrouvé Louis dans sa maison à Lourdes. Cet ancien boucher revenait de la chasse à la palombe. À 98 ans... L'ancien deuxième ligne est le seul survivant de cette équipe de légende qui a donc régné sur le rugby français grâce à une forme de jeu, dit le jeu à la lourdaise qui faisait lever la grande tribune de tous les stades de France. À l'issue d'un match à Brive où son équipe s'était fait siffler par son public, le même Domenech avait lancé : « si vous voulez voir du beau jeu allez à Lourdes ! »

 
Un jeu romantique, mais d'une rigoureuse modernité

Un jeu qui avait donc l'apparence du French flair, mais qui, en fait, n'en était pas vraiment si l'on considère que le French flair consiste en une improvisation. Or selon Louis, « il n'y avait rien d'improvisé ».  « Tout était longuement répété à l'entraînement. Les combinaisons étaient annoncées et nous, les avants, très mobiles, on savait ce qu'ils allaient faire pour aller au soutien... C'est comme ça que j'ai fini 2e marqueur du Championnat en jouant deuxième ligne. » Louis se retrouvait souvent à la réception des coups de pied de recentrage de ses ailiers. « Aujourd'hui c'est dans le sens inverse, dit-il. C'est l'ouvreur qui tape du milieu du terrain vers l'ailier. »

 

Le FC Lourdes présentait donc un jeu romantique, mais d'une rigoureuse modernité. « Si tu manquais un deux contre un, ta saison était terminée, poursuit Corsini. Jean Prat, Monsieur rugby, ne le tolérait pas. » Mais le FC Lourdes relançait de tous les coins du terrain grâce à son invention du plus un, qui créait un décalage.

 
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Roger Martine, ballon en main, était l'un des visages de la grande époque de Lourdes. (Calvo 15 fonds n/b/L'Équipe)
 

Soit avec l'apport au niveau des centres, Maurice Prat et Roger Martine, soit de l'ailier coté fermé, de l'arrière Henri Claverie ou de « Papillon » Lacaze intercalé. Une invention lourdaise, bien qu'également vue avec les Blacks en 1954 par Bob Scott. « Papi Lacaze pouvait déclencher des actions un peu folles, raconte Corsini. C'était un original, il gagnait des sous en dehors du rugby en remportant des courses de vélo. »

 

Guinle est l'un des rares Lourdais à ne pas avoir été international. Il n'a pas honoré une sélection en équipe de France B, « car il y avait trop de travail à la boucherie. » Il a disputé sept finales et en a gagné six.. « C'est pas mal », sourit-il. Les plus coriaces adversaires ? « Ah les Boniface... »

 
 

Les cadors : les frangins de Montfort

Montfort-en-Chalosse (Landes) était notre destination suivante. Une paisible cité. L'essentiel de la fiche Wikipédia de l'histoire la ville est consacrée à une affaire d'incendie du supermarché qui n'a fait... aucun blessé. Montfort peut néanmoins s'honorer d'avoir accueilli l'égérie des surréalistes, Lise Deharme. Mais surtout et bien entendu d'être la patrie des frères Boniface. Il convient de dépasser le centre-ville jusqu'à l'église romane du XIIe siècle.

 

On pénètre alors dans un autre magnifique petit cimetière (ce sera le dernier) qui entoure l'église. On la contourne et on parvient sur la tombe de Guy et d'André enfin réunis depuis leur déchirante séparation à la suite de l'accident de voiture du premier en 1968. Une photo dans leur prime jeunesse trône sur le marbre et derrière s'étendent majestueusement les cimes pyrénéennes.

« André venait chaque semaine sur la tombe de son frère », confie Lulu Camescasse. Juste avant l'église romane, il y a la maison de retraite de Montfort. Le personnel, d'une grande gentillesse, nous a conduits jusqu'à la chambre de Lulu. « J'ai vu naître les frères Boniface », sourit la pensionnaire. Lulu approche de ses 104 ans. Sa chambre est le véritable musée du rugby de Montfort. Lulu a punaisé au-dessus de son lit des photos de l'équipe orange et blanche.

 
Le meilleur des deux, c'était celui qui n'avait pas le ballon

Elle a tenu pendant quarante-deux ans le café des sports de Montfort. « Les joueurs venaient au café après les entraînements et les matches. Ça se passait dans le bon esprit. J'en ai vu passé des gamins. Aujourd'hui, ils viennent me voir à la maison de retraite. Mais ils sont grands-pères ! » Chaque dernier week-end de juillet, Lulu continue de se rendre aux fêtes de Monfort. Pas de paquito pour Lulu, mais un déjeuner à l'estaminet de l'ASM, le club formateur des frères Boniface, les deux autres grandes figures mythologiques du French flair avec Dauger. « C'était quelque chose les Boni, sourit Lulu. J'allais toujours voir les matches le dimanche, mon mari jouait avec eux avant qu'ils ne partent à Mont-de-Marsan. » On disait que le meilleur des deux, c'était celui qui n'avait pas le ballon. L'art de se proposer, c'est également une composante essentielle du French flair.

 
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Guy Boniface à la passe, lors de la victoire de l'équipe de France contre Galles (5-3), le 23 mars 1963. (L'Équipe)
 

Un terme admiratif au début pour les Anglo-Saxons, mais qui a parfois évolué vers une connotation plus péjorative. « C'est lorsque le joueur ne sait pas lui-même ce qu'il va faire, explique Etcheto. C'était parfois Serge Blanco qui faisait une feinte de passe sur un deux contre un, (Patrice) Lagisquet s'arrachait les cheveux mais Serge allait marquer quand même grâce à son immense talent. » Certains joueurs parviennent à envisager des espaces que d'autres n'imaginent pas. « Le French flair masquait aussi parfois des défaillances, convient Etcheto. Et permettait au XV de France de s'en sortir. »

Blanco est une autre incarnation du concept comme Bouquet, Gachassin, Maso, Aguirre, Cantoni, Castaignède... Blanco est à la conclusion de l'essai en demi-finales de la Coupe du monde 1987 contre l'Australie (30-24), emblématique du French flair, comme le sera peut-être encore davantage celui de la tournée victorieuse du XV de France en Nouvelle-Zélande en 1994, essai dit « du bout du monde ».

 

Le paradoxe est qu'il est le fait d'une équipe entraînée par Pierre Berbizier, le premier à avoir imposé une rigueur au XV de France, une forme de cadre qui visait notamment à éliminer les carences du rugby français en termes de défense et d'indiscipline. Nous étions ce jour-là dans les tribunes de l'Eden Park et sommes descendus dans le vestiaire du XV de France. C'était Verdun. Les corps des joueurs étaient en lambeaux. Stigmates de quatre-vingts minutes de sacrifice absolu ! Et trente-six secondes de génie.

 
 

Le collectif : les jeunes génies d'Auch

« Le French flair a toujours existé et ne s'est jamais perdu, assure Jean-Marc Béderède, manager de la haute performance à la FFR, que nous avons retrouvé à Auch, son club d'origine, originellement axé sur le combat. Mais Béderède a été le coach d'une folle équipe junior Crabos d'Auch en 2014. Une équipe parvenue en finale du Championnat de France, perdue face au Racing 92 (18-23), en battant tous les cadors grâce à un jeu débridé initié notamment par un jeune demi de mêlée du nom d'Antoine Dupont.

 

« C'était à la fois en raison d'une conviction personnelle de ce jeu et de l'équipe dont nous disposions », explique Béderède biberonné par les préceptes de Pierre Conquet et du Puciste Jean Devaluez dans leur célèbre ouvrage « Les fondamentaux du rugby »« En 2010, à la Fédération nous avions réalisé un séminaire sur le French flair, raconte Béderède. Ensuite, on avait collecté les données de toutes les équipes de France de 1987 à 2011 en Coupe du monde. Le trait commun sur les matches gagnés, c'était une conquête et défense forte, un jeu au pied efficace et enfin une capacité à jouer le jeu de transition, les contre-attaques dans toutes les zones du terrain. Les participants ont convenu que pour perpétuer ce French flair, il fallait favoriser l'environnement et l'état d'esprit et donc proposer des situations à l'entraînement propices au désordre... »

 
 

« Pour moi, le French flair, c'est une affaire collective. Notre credo c'était : tout seul on va plus vite, ensemble on va plus loin... »

Jean-Marc Béderède, entraîneur de l'équipe junior Crabos d'Auch en 2014

 
 

Au Café de France, la grande table où Fouroux accueillait ses amis n'est plus. Les juniors d'Auch se rendaient après les matches à la brasserie le XVIII, devenu Le Virage. Dupont, Jelonch (finale 2014) ; Alldritt, Graou, Bourgarit (demi-finales 2015). « Pour moi, le French flair, c'est une affaire collective, explique Béderède. Notre credo c'était : tout seul on va plus vite, ensemble on va plus loin... Qu'est-ce qu'on prévoit collectivement pour aller plus vite que l'adversaire, pour être moins lisible... Avoir des joueurs qui menacent comme Antoine. Ne pas les restreindre mais construire un cadre collectif dans lequel les prises d'initiatives individuelles restent cohérentes sur le jeu ». Et c'est toute la problématique du French flair dans le rugby contemporain.

Les proactifs : les Modernes de la Garonne

Pour comprendre cela, nous avons quitté Auch pour nous rendre à l'entraînement de l'Union Bordeaux Bègles, l'équipe qui incarne une certaine idée du French flair avec, bien sûr, l'autre club des bords de la Garonne. Quelques jours avant, Penaud, peut-être le joueur le plus imprévisible du Championnat, avait fait du Penaud. Son talonneur international, Maxime Lamothe expliquait sa perception de son coéquipier qui résume notre sujet.

 

« Damien fait peur à tout le monde, il est tellement imprévisible mais c'est ça aussi qui fait sa qualitéC'est un joueur de classe mondiale, mais on sait aussi qu'il a le cerveau qui se débranche, alors on fait avec. On doit être en éveil par rapport à ça. Quand lui ou d'autres comme Matthieu (Jalibert) touche un ballon, il peut se passer quelque chose d'imprévisible. On doit toujours être à l'affût car on est une équipe qui joue à l'instinct et qui cherche les espaces. Donc on doit être en réaction quand quelqu'un prend une initiative... »

 
 

« Pour moi qui joue avec l'équipe d'Irlande, évoluer avec ces joueurs imprévisibles qui jouent complètement le French flair, c'est incroyable. Ils ne sont pas effrayés de faire une erreur, quel que soit l'endroit du terrain »

Joey Carbery, demi d'ouverture irlandais de l'UBB

 
 

C'est dans ce club au jeu si éloigné de sa culture que le demi d'ouverture irlandais aux 37 sélections, Joey Carbery, a débarqué à Bordeaux l'an passé. « Pour moi qui joue avec l'équipe d'Irlande, évoluer avec ces joueurs imprévisibles qui jouent complètement le French flair, c'est incroyable. Ils ne sont pas effrayés de faire une erreur, quel que soit l'endroit du terrain. Ils ont cette confiance en eux pour tenter cela. Et aussi de faire d'une décision moyenne une très bonne décision. » Tout est dit, merci Joey.

 
 

Les joueurs sortaient de l'entraînement filmé par quatre caméras dont un drone. Le rugby moderne est totalement modélisé par les datas. Le coach bordelais Yannick Bru nous a montré la quantité colossale de données dont les multiples entraîneurs disposent pour préparer un match. Données sur chaque joueur adverse, sur la touche, la mêlée, la défense, l'arbitre... Mais dès lors cher Yannick, dans ce rugby où l'on ignore rien des intentions de l'équipe adverse, créer de l'incertitude ne redevient-il pas un concept pertinent ? Dans le vaste salon des entraîneurs du centre d'entraînement ultra moderne, Bru prépare un excellent cappuccino bien crémeux, tourne la cuillère et acquiesce : « C'est vrai, face à des défenses organisées, méthodiques, qui ont emmagasiné de la data, souvent, les choses imprévisibles sont ce qui les désarçonne le plus. »

 
 

« Quand Jalibert prend une initiative il a pris les informations, dans le scenario qu'il choisit, il peut y avoir des espaces... S'il y a une interception, c'est le prix à payer. On ne blâme pas l'erreur technique, on blâme le manque d'effort »

Yannick Bru, entraîneur de l'UBB

 
 

De sorte qu'entre Dauger et Jalibert, il y a un continuum. « Nos joueurs s'inscrivent dans cette tradition du French flair français, ils sont libres, ont confiance en eux pour tenter, ils savent qu'ils ont le droit à l'erreur dans la mesure où ils ont vu un espace, un rapport de force et ils le jouent avec leurs yeux et leur cerveau. Quand Jalibert prend une initiative il a pris les informations, dans le scenario qu'il choisit, il peut y avoir des espaces... S'il y a une interception, c'est le prix à payer. On ne blâme pas l'erreur technique, on blâme le manque d'effort. Donc on encourage une forme d'imprévisibilité, mais au sein d'une tendance codifiée. C'est un French flair qui cohabite avec un cadre. Peu d'équipes jouent dans une anarchie généralisée comme lorsque j'ai débuté au Stade Toulousain. »

 
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Matthieu Jalibert, au centre, tente une passe vers Santiago Cordero. (F. Faugère/L'Équipe)
 

C'est la grande différence entre hier et aujourd'hui. Les Français sont rentrés dans le rang, ils ont organisé leur rugby. « Toutes les équipes ont un cadre ou un projet, c'est moins rigide, disons une somme de repères communs. Et dans lequel on peut se réfugier quand ça ne va pas très bien. Une fois que tu es maître de ce cadre, des courses, des trajectoires, des sorties de jeu, c'est là que l'initiative peut s'exprimer. C'est en cela que c'est un French flair différent. » Différent aussi par le poids du monde que porte sur le dos celui qui prend l'initiative. « C'est vrai, convient Bru, ce French flair est moins insouciant qu'avant car tu engages ton équipe sur une voie. Je vais jouer dans les espaces, je l'assume. Tu peux contre-attaquer de 100 m, mais tu dois le faire avec responsabilité. »

 

Mais à partir du moment où l'on commence à réfléchir aux responsabilités, on tente moins... non ? « Les Anglais parlent "d'accountability", je suis comptable de mes décisions. Ça veut dire je connais le projet, je sais comment résonne l'équipe et si j'en sors c'est parce que cela a du sens. » Comme pour appuyer son propos sur la responsabilité et le poids du match, Bru nous montre la salle où bossent les entraîneurs des différentes spécialités, tous concentrés sur leur ordinateur à préparer la rencontre à venir.

 
Quel avenir pour le French Flair ?

Dès lors, le French flair va-t-il continuer de vivre ? « On a le droit de prendre des initiatives. Ce qui me gonfle, c'est une passe aveugle. Nos attaquants se sont toujours affranchis de cadres de jeu stricts qui nous ont précédés dans le monde anglo-saxon, où tout était cadré. Ils nous enviaient. Ils ne pouvaient pas nous étudier car c'était toujours de l'inspiration individuelle. Cette inspiration, beaucoup de clubs en France continuent à l'entretenir et à la développer. C'est une inspiration avec responsabilité, alors certains diront que ce n'est plus une forme de liberté... Disons que c'est moins d'insouciance. »

 

Et en bon talonneur auscitain, Bru rappelle « que le French flair n'existe que par la souffrance de certains. L'effort est corrélé au plaisir dans ce jeu. Les efforts des uns permettent aux autres d'être dans la lumière. C'est ça, l'histoire du rugby. Un deuxième ligne qui fait sortir le ballon d'un ruck une seconde plus tôt, en une seconde Louis Bielle-Biarrey fait dix mètres... »

 
 

« Je suis convaincu que l'évitement n'est pas perdu pour notre sport et que la vitesse, la capacité à jouer debout, à mettre du rythme, reste une chose (pertinente) »

Ugo Mola, entraîneur du Stade Toulousain

 
 

En amont de la Garonne, on ne dit pas autre chose. Quand on a évoqué le concept à Ugo Mola à la suite du festival que le Stade Toulousain venait d'infliger aux Anglais de Sale (77-7), il a aussitôt rappelé l'ordre des priorités d'un match de rugby. Même dans ce temple du French flair qu'est Ernest Wallon. Le club a toujours bâti ses titres sur un pack de fer et une grosse mêlée. « Je ne sais pas si le chaos est notre fonds de commerce, explique Mola. En tout cas on y travaille beaucoup. Mais il faut respecter les fondamentaux, ce qui permet d'avoir cette capacité à jouer ce rugby enthousiasmant. Car pour y arriver, il faut mettre les choses dans l'ordre. »

 
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L'art de la passe selon Antoine Dupont. (E. Garnier/L'Équipe)
 

Avant de pronostiquer encore une longue vie au French flair. « Je suis convaincu que l'évitement n'est pas perdu pour notre sport et que la vitesse, la capacité à jouer debout, à mettre du rythme, reste une chose (pertinente). On n'en est pas les gardiens, mais pour autant quand on est en capacité de le faire, ça donne de bonnes performances. Je ne sais pas si on est détenteur d'un bout de French flair, mais on est détenteur d'une culture du Stade toulousain. Mais je ne peux pas vanter le beau jeu sans vanter le travail de l'ombre. »

 
 

La tradition : l'oncle précepteur de Castelnau-Magnoac

On a achevé ce voyage dans les Hautes-Pyrénées, accoudé à la main courante du terrain de Castelnau-Magnoac pour assister au match contre Mauvezin en Fédérale 3. On voulait voir après l'orgie de jeu du Stade Toulousain si, au niveau inférieur, là où l'on vit sans datas, le French flair continuait d'exister. Magnoac avait pour consigne d'envoyer du jeu. C'est la marque du club. « C'est ce que moi comme d'autres au club, on a toujours enseigné aux gamins ici, explique Jean-Luc Gales, longtemps éducateur et entraîneur au club. Une année, au tournoi de Sigean, on a tenu tête à tous les grands clubs en jouant tous les ballons... Les gars nous demandaient : "mais d'où vous sortez"... »

 

Gales a distillé ses préceptes de jeu à des générations de jeunes de la région. Dont ses fils et son neveu, Antoine Dupont. Mais ce jour-là, le terrain était lourd, l'adversaire coriace, Magnoac l'a emporté sans trop de French flair. Les deux équipes se sont retrouvées autour de « french bières » au club-house sur les murs duquel on pouvait voir des articles sur le titre du club, champion de France honneur en 1995, avec une photo de Gales. Et puis, sur un autre mur, des photos de son neveu, nombre de ses maillots également.

Celui de l'équipe de France, du Stade Toulousain. La veille, à la conférence de presse après la victoire des Rouge et Noir, le neveu nous avait répondu à propos du French flair : « C'est une notion pas très éloignée de la philosophie de jeu du Stade Toulousain qui a toujours eu des avants et des trois quarts qui aiment toucher des ballons. Donc on s'inscrit dans cette définition, sans en oublier les basiques qui nous permettent de jouer ce jeu que l'on apprécie sur le terrain, comme les spectateurs dans les tribunes. » De celle de Magnoac, avec les Pyrénées comme horizon, jusqu'au Stade de France. Au ciel moins dégagé.

 



#2 Arverne03

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Posté aujourd'hui, 16:45

Joli reportage ! 



#3 Bougnat et Breton

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Posté aujourd'hui, 17:05

Le retraité de La Côte d'Azur (pléonasme) dit "c'est trop long"  :rolleyes:



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Posté aujourd'hui, 17:11

Le retraité de La Côte d'Azur dit "c'est trop long"  :rolleyes:

C'est clair !


  • Bougnat et Breton aime ceci

#5 Arverne03

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Posté aujourd'hui, 17:12

Plus c'est long, plus c'est bon ! ^_^






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