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Quand les managers ont les burnes out !


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#1 el landeno

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Posté 19 mars 2026 - 21:35

« Je montais dans ma voiture et je pleurais » : manager de rugby, le métier qui peut rendre fou
clipboard.jpgSébastien Piqueronies (Pau), Yannick Bru (Bordeaux-Bègles) et Grégory Patat (ex-Bayonne) © Crédit photo : archives David Le Deodic, Guillaume Bonnaud et Emilie Drouinaud.

Publié le 19/03/2026 à 18h00.
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La récente « décompensation » du Toulonnais Pierre Mignoni illustre à quel point la fonction de manager peut dégrader la santé mentale de ceux qui l’occupent avec un dévouement parfois excessif

Faites-vous partie de ceux qui vivent mal d’avoir des notifications non consultées sur leur smartphone ? Sachez que Yannick Bru n’appartient pas à ce club. L’écran de son iPhone est une constellation de petits badges rouges. En bas à gauche, une icône indique qu’il a… 979 appels en absence. Et on ne parle pas des messages WhatsApp ou sur son répondeur. « Au début, ça me stressait, confie le manager de l’Union Bordeaux-Bègles. Maintenant, non. Je prends ce qui est urgent, important. Le reste, je ne peux pas. Il faut que je me protège. »

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Tech XV, le syndicat des entraîneurs de rugby, se penche depuis des années sur la santé mentale des coachs et managers. La Ligue lui emboîte le pas

Joueurs, membres du staff, dirigeants, agents, partenaires, journalistes… Pour lui comme pour ses confrères, les sollicitations sont incessantes. Quand elles se cumulent avec la mission première, préparer toute la semaine son équipe pour qu’elle gagne le week-end, le risque de trop-plein est vite arrivé. Mi-février, Pierre Mignoni a subi « une décompensation ». « Mon corps m’a lâché », a expliqué le manager de Toulon, qui a pris un mois de repos, du jamais-vu dans le championnat de France. « Ce n’est pas tant la charge de travail sur le terrain qui est lourde, c’est la charge mentale. »

Staffs et effectifs élargis

Si la parole autour de la santé mentale se libère progressivement dans le sport de haut niveau, elle restait assez tue dans le rugby, notamment chez ceux qui pilotent le secteur sportif. Pas toujours facile d’évoquer un rythme harassant, une fatigue psychologique voire un épuisement général, quand le salaire moyen d’un manager de Top 14 s’élève à environ 30 000 euros brut par mois. « Même si c’est parfois dur, je veux relativiser : dans la vie ‘civile’, plein de gens vivent des moments plus chargés en responsabilités et en stress », glisse d’ailleurs Sébastien Piqueronies, à la tête de la Section Paloise.

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Le professeur Pierre Dantin, fondateur du laboratoire de recherche en management du sport d’Aix-Marseille, évoque les problématiques auxquelles sont confrontés les managers de Top 14

« Je me suis reconnu dans ce qu’a expliqué Pierre, témoigne Franck Azéma, entraîneur en chef successif de Clermont, Toulon et Perpignan de 2014 à 2025. On a le privilège de bien vivre de notre passion. Tu as envie de performer, d’être le plus précis dans ce que tu apportes à ton groupe, sachant qu’au fil du temps, les staffs et les effectifs n’ont cessé de s’élargir. Des personnes à ‘driver’, des opinions à canaliser… Ça demande une grosse organisation. Et chaque décision compte. D’où l’importance de bien s’entourer pour ne pas devoir tout contrôler et tout faire soi-même. » Surtout dans des saisons de dix mois où les coupures sont quasiment inexistantes.

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Début 1995, Rupert Murdoch et Kerry Packer, deux magnats australiens, se livrent une guerre éclair pour professionnaliser le monde du rugby. Pour parvenir à ses fins et convaincre les joueurs de rejoindre son projet, le second milliardaire s’octroie les services d’un inconnu du milieu, Éric Blondeau. En passant sous les radars des instances et des médias, ce directeur d’une tonnellerie en Charente, aujourd’hui préparateur mental à l’UBB, va convaincre en catimini les plus grands noms de l’époque
Déconnexion relative

En Top 14, le championnat professionnel le plus concurrentiel au monde, la pression du résultat est omniprésente : une qualification pour la Coupe d’Europe ou une relégation peut avoir un impact direct sur des emplois. « Tu veux tout optimiser, aller chercher un gain marginal… Tu as toujours des idées pour mieux faire. Il faut lutter contre soi-même pour se dire qu’on ne va pas tout faire, sinon tu peux aller jusqu’à l’épuisement », estime Piqueronies. Lui dort entre 5 et 7 heures par nuit et parvient de temps en temps à amener ses trois filles à l’école, son grand plaisir. La déconnexion est relative : quand il prend de – très – rares vacances, lui et son directeur général ne s’appellent que tous les deux jours.

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Après trois finales en deux ans et un premier titre en Champions Cup, Yannick Bru, le manager de l’UBB, veille à ce que son groupe et son staff soient toujours en mouvement

Bru, lui, a profité du Tournoi des Six-Nations pour partir avec sa famille, un voyage qu’il repoussait depuis trois ans. Il avait quand même son président Laurent Marti au téléphone une heure par jour. N’empêche, voilà les « batteries rechargées » pour replonger dans la lessiveuse : réveil quotidien à 5 h 45, retour au domicile à 19 heures pour dîner avec femme et enfant, puis boulot sur l’ordinateur jusqu’à 23 heures. « Tu ne travailles pas autant pour te rassurer, mais parce que si tu veux dire aux joueurs ce qui est important, tu dois avoir tout compris avant : l’attaque, la défense, le jeu au pied, l’adversaire, la psychologie des mecs… »

Épée de Damoclès

En Top 14 comme en Pro D2, les places de manager sont chères et chacun avance avec une épée de Damoclès au-dessus de la tête, prête à tomber si les mauvais résultats s’enchaînent. Un lien de confiance avec sa direction est alors primordial. Quand Ugo Mola et Sébastien Piqueronies ont été installés à leur poste à Toulouse et Pau, respectivement en 2015 et 2021, ils n’ont pas été menacés malgré des premières saisons difficiles. Une rareté. Depuis, le premier a tout gagné et le second a amené la Section au deuxième rang du championnat, du jamais-vu depuis sa remontée il y a dix ans.

Bru apprécie également d’être « bien loti » avec son président Laurent Marti, « une super relation dans laquelle il est capable de me dire : ‘Yannick, ça va le faire, ne t’inquiète pas’. Quand ton supérieur t’explique en permanence que tu es nul et que tu n’y arriveras pas… » À Bayonne, le président Philippe Tayeb ne faisait aucun mystère de sa défiance envers Grégory Patat. Épuisé nerveusement, celui-ci a coupé son téléphone pendant deux semaines après sa mise à l’écart en février. Un ex-manager de Top 14 se replonge quelques années en arrière : « Malgré de bons résultats, la direction nous crachait dessus en interne. Quand je montais dans ma voiture, j’allumais la radio et je pleurais. J’aurais pu rester au club, j’ai préféré arrêter. »

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Le mariage forcé entre Grégory Patat et Laurent Travers n’a jamais fonctionné à l’Aviron Bayonnais. Il s’est achevé ce 18 février. Le manager ne sera pas à l’entraînement du jeudi. Le directeur du rugby, lui, va étendre son périmètre, comme le souhaitait son président Philippe Tayeb. Récit d’un échec écrit dès le départ
Chacun sa soupape

Dans ce métier « quelque part égoïste, où tu passes plus de temps avec tes joueurs et ton staff qu’avec ta femme et tes enfants » (Azéma), le socle familial est paradoxalement essentiel. « Il faut être sacrément bien entouré, que ton premier cercle comprenne que tu es moins disponible, très souvent sous forte pression, souligne Piqueronies. Et donc ça suppose que l’autre moitié du couple en fasse davantage, que tes enfants accèdent à l’autonomie un peu plus vite qu’ailleurs. Je serais en grande souffrance si mon métier devait les impacter plus que de raison. »

À chaque manager sa soupape pour éviter l’implosion. Parfois une séance de sport en famille plutôt qu’une demi-journée au club pour Bru. Des échanges réguliers avec un coach spécialisé pour Piqueronies et ses adjoints, qui peuvent évoquer doutes et questionnements. Une prise volontaire de quelques mois de recul pour Laurent Labit après la fin de son aventure au Stade Français en février 2025. Pierre Mignoni se lève désormais une heure plus tard et délègue davantage. Azéma, qui a quitté Perpignan en mars, est convaincu qu’il « réduira le nombre d’intervenants et de réunions » s’il replonge dans un club. A priori, il devrait bientôt prendre la tête de la sélection fidjienne. Un autre rythme.

 


Santé mentale des managers de rugby : « Ce sont des éponges émotionnelles, ils savent ce qu’être seul veut dire »
20231223235510-97848712.jpgUgo Mola et Pierre Mignoni font partie des managers conseillés par Pierre Dantin. © Crédit photo : VALENTINE CHAPUIS / AFP

19 mars 2026  Mis à jour le 19/03/2026 à 19h51.
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Le professeur Pierre Dantin, à la tête de l'unité management sport cancer d’Aix-Marseille, évoque les problématiques auxquelles sont confrontés les managers de Top 14

Professeur des universités et vice-doyen de la faculté des sciences du sport d’Aix-Marseille, Pierre Dantin a notamment créé, avec l’ancien sélectionneur de l’équipe de France de handball Claude Onesta, l’Académie des coachs. Il conseille plusieurs managers de Top 14, dont le Toulousain Ugo Mola et le Toulonnais Pierre Mignoni.

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La récente « décompensation » du Toulonnais Pierre Mignoni illustre à quel point la fonction de manager peut dégrader la santé mentale de ceux qui l’occupent avec un dévouement parfois excessif

Quels « symptômes » constatez-vous le plus souvent chez les managers de rugby ?

La pression sur un manager est quasiment quotidienne. Il est à la fois très entouré et très isolé. Il prend toute la pression : des supporters, des médias, du secteur économique (un club qui ne gagne pas, ça a des conséquences sur son environnement), des joueurs. Ce sont des éponges émotionnelles. Parfois, ils arrivent à un état de saturation mentale à laquelle ils ont des difficultés à faire face. Ce qui vaut pour eux vaut aussi pour un chef d’entreprise, ou n’importe quelle profession à impératif de résultats avec un jugement très fort venu de l’extérieur. Surtout avec les réseaux sociaux qui sont arrivés ces dernières années. On parle de leaders avec une capacité hors-norme à guider, à transformer, et qui sont jugés par des gens qui n’ont aucune idée de ce qu’ils font.

Qu’attendent-ils de vous ?

Une relation d’aide. On sait très bien qu’on n’est jamais fort tout seul. Toute fonction extraordinairement exposée nécessite des rapports de confiance qui autorisent à poser des questions, à remettre en cause, à chercher ses propres insuffisances. Ils attendent donc que je les questionne : est-ce que tu vas bien dans ta vie ? Est-ce que tu es en situation de faire face ?

La fonction de manager est-elle de plus en plus chronophage, exigeante et épuisante ?

Elle l’a toujours été. Mais le développement de la connaissance amène le manager à investir de multiples territoires. Qui aurait pu penser, il y a dix ans, qu’un entraîneur de Top 14 devrait se saisir des enjeux liés à l’intelligence artificielle ? Quand on est très « staffé », on ne manage pas que des fonctions, on manage des êtres humains. Les enjeux émotionnels sont très importants. Ajoutez à ça l’exigence de résultats et le faible temps de repos, vous imaginez le combo… Vient alors la capacité que l’on a à faire face. À partir du moment où ils ont choisi ce destin, ils savent ce qu’être seul veut dire. Comme les grands patrons. Ils ont choisi ce qu’ils subissent. Mais ils sont humains.

pierre-dantin-photo-edition-michel-lafonPierre Dantin.
Editions Michel Lafon

Malgré tout, le plus grand risque est l’isolement ?

Oui, et une forme de non-acceptation d’un état qui se dégrade. Parfois, quand on est pris au piège dans le feu de l’action, on ne s’en rend pas compte. Un coach est seul face à ses décisions. D’où l’importance du contexte global : équilibre familial, sentiment de maîtrise, alignement avec les valeurs qui guident mon action. L’enjeu est de se connaître pour éviter de basculer vers le burn-out. Et ne pas se laisser saturer par son ego – car il en faut beaucoup pour choisir un tel destin.

Est-ce que ça ne fait pas partie des contreparties à un salaire souvent généreux ?

Je connais des chauffeurs de bus qui ont une charge mentale phénoménale et un salaire très faible. Et des entraîneurs de Fédérale 3 qui sont dépressifs quand ils ne parviennent pas à être compris par leur équipe. Ce n’est pas un enjeu d’argent.

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Tech XV, le syndicat des entraîneurs de rugby, se penche depuis des années sur la santé mentale des coachs et managers. La Ligue lui emboîte le pas

Les managers de rugby parlent-ils plus facilement de ces sujets aujourd’hui, ou ça reste un peu tabou ?

Ils en parlent normalement car c’est faire montre qu’on est humain. Je connais très peu de managers ou de grands patrons qui ne sont pas en permanence en train de questionner ce pourquoi ils sont là et ce qu’ils peuvent faire de mieux. Il y a des cadres théoriques très puissants sur ce sujet. Rien n’est plus complexe que la nature humaine. Et comme disait Victor Hugo : « Rien n’est plus puissant qu’une idée dont le temps est venu ». On parle de santé mentale dans le sport depuis deux ou trois ans. Et je suis sûr, en tout cas j’espère, que le cas de Pierre Mignoni libérera la parole de beaucoup d’autres.

 


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#2 el landeno

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Posté 19 mars 2026 - 22:17

« Que personne ne soit laissé au bord du chemin » : la santé mentale, enjeu central du rugby français
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Juan Imhoff et Jean-Marc Doussain, ici au duel lors d'un match de Top 14 en 2018, évoque les dangers de l'après-carrière lors d'une web-série de la LNR. (A. Mounic/L'Équipe)

La LNR a fait ce jeudi un point d'étape des avancées de son plan santé mentale déployé auprès des joueurs. Et évoqué le cas des managers.

« Il faut trouver une façon de rentrer dans la tête des jeunes joueurs pour leur faire comprendre que ce qu'on dit c'est vrai. Et la dépression... Quand on parle de crise de panique, on croit que c'est une connerie, j'étais le premier à en rigoler, mais quand ça t'arrive, ce n'est pas drôle du tout. Tu peux tout perdre. » Assis dans un salon de la Paris La Défense Arena aux côtés de Rodrigo Capo Ortega, Jean-Marc Doussain et Tom Ecochard, l'ancien ailier du Racing Juan Imhoff (37 ans) souligne les dangers de l'après-carrière et l'importance de s'y préparer. Cette scène est issue d'un des quatre épisodes d'une web-série produite par la Ligue Nationale de Rugby (LNR), mise en ligne ce jeudi.

 
 
 
 
 
 

Elle a pour but de mettre en images et en mots le plan santé mentale (avec pour piliers la prévention, la détection et la prise en charge), consacrée aux joueurs et déployée par l'instance sur la période 2023-2027. Un peu plus tôt dans la matinée, la LNR avait effectué un point sur le déploiement de ce plan. Dans les clubs, un questionnaire a été transmis, pour que les joueurs puissent s'exprimer et potentiellement être accompagnés.

 
 
Ligne téléphonique et ateliers de sensibilisation menés par d'anciens joueurs

D'anciens joueurs passent également dans les clubs depuis la saison dernière pour prévenir les risques liés à la santé mentale. Accompagné du psychologue Jean-Luc Douillard, Raphaël Poulain avait sillonné la France et visité les 30 clubs de Top 14 et Pro D2 en 2024-2025. Cette saison, une vingtaine de clubs s'est portée volontaire pour accueillir Rodrigo Capo Ortega et Jean-Marc Doussain.

 
 
 
 

Une ligne téléphonique a été par ailleurs ouverte pour les joueurs qui en ressentent le besoin. En 2024-2025, 40 personnes l'ont utilisé dont la moitié issue des centres de formation. « C'est une ligne directe vers Jean-Luc Douillard, qui évalue et réoriente, précise Bernard Dufour, président de la commission médicale de la LNR. Ça a notamment mené à une hospitalisation. La réorientation se fait dans le réseau territorial qu'il a mis en place. Ce qu'on souhaite, c'est que personne ne soit laissé au bord du chemin. Il faut qu'au moment où il y a ça (un risque suicidaire), le patient puisse se dire qu'il a un numéro, celui de Provale (le syndicat des joueurs), de la FFR ou celui-ci. Il faut que le joueur puisse se raccrocher à quelque chose, ne pas le laisser dans le vide, qu'il ait un port d'attache dans la tempête. »

Le tabou autour des problèmes de dépression des rugbymen a commencé à être levé ces dernières années, entre prises de parole et drames. Le 18 janvier 2022, la mort de Jordan Michallet (29 ans, alors ouvreur de Rouen), reconnu l'été dernier en accident du travail, avait notamment plongé le rugby français dans la stupeur. Et provoqué une amorce de prise de conscience.

 

Responsable des affaires médicales de la LNR, Olivier Petit identifie : « Les causes de déclenchement de problèmes de santé mentale (chez les rugbymen) peuvent être liées au sportif : les suites de commotion, la gestion de la blessure, notamment la blessure longue, la concurrence interne, les relations avec le staff, le changement de statut, d'amateur à pro, ce qui est relatif aux changements de contrat, la gestion de l'après-contrat etc. Mais elles peuvent être liées à la vie de tous les jours. »

 

Bernard Dufour ajoute : « Le problème de santé mentale est un problème de santé publique. Toutes les professions en ont. Le problème c'est d'arriver à les détecter et à pouvoir les traiter. (...) On n'a pas attendu 2025 pour en parler. »

 
 

« Les managers sont performants sur le management des joueurs, mais ils sont maintenant devenus managers d'une équipe. C'est une surcharge »

Bernard Dufour

 
 

Ces dernières semaines, la santé mentale des managers a été à son tour mise en lumière avec le recul temporaire pris par Pierre Mignoni à Toulon, victime de ce qu'il a nommé une décompensation, due à une surcharge de travail. Que compte faire la LNR à ce sujet-là ?

 

« Nous sommes en train d'y réfléchir, on a déjà eu une réunion avec Tech XV (le syndicat des entraîneurs et éducateurs du rugby professionnel français), avance Bernard Dufour. Le rugby est en perpétuelle évolution, les staffs sont de plus en plus nombreux. Les managers sont performants sur le management des joueurs, mais ils sont maintenant devenus managers d'une équipe. C'est une surcharge. On réfléchit sur notre rôle de commission médicale, est-ce qu'on va l'étendre à tout le monde ? On est à la limite entre le sport de haut niveau et la médecine du travail. On dit (aux managers) que s'ils ont un problème, ils peuvent appeler notre numéro de téléphone. Mais nous sommes devant une nouvelle problématique. Nous en avons pris conscience. Il faut voir la stratégie qu'on peut mettre en place pour eux. Mais ça ne peut pas être la même que celle mise en place pour les joueurs. (...) En prenant la parole, Pierre Mignoni a amorcé quelque chose. »

 
 
 


#3 darkminimouf

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Posté 19 mars 2026 - 22:41

Javoue avoir les idées un peu arrêtées là dessus

Je ne comprends pas quon continue dans ce genre de responsabilités/métiers pour les personnes évoquées.

#4 RCV06

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Posté 20 mars 2026 - 15:24

Responsable des affaires médicales de la LNR, Olivier Petit identifie : « Les causes de déclenchement de problèmes de santé mentale (chez les rugbymen) peuvent être liées au sportif : les suites de commotion, la gestion de la blessure, notamment la blessure longue, la concurrence interne, les relations avec le staff, le changement de statut, d'amateur à pro, ce qui est relatif aux changements de contrat, la gestion de l'après-contrat etc. Mais elles peuvent être liées à la vie de tous les jours. »

 

En gros comme pour tout le monde quoi !

S ils intègrent de grandes entreprises après le rugby, ils seront confrontés aux mêmes problémes, Il faut juste remplacer blessures par maladies et garder tout le reste.

Le rugbyman pro est un employé comme les autres.


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#5 Alex chocolatines

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Posté 20 mars 2026 - 15:28

Responsable des affaires médicales de la LNR, Olivier Petit identifie : « Les causes de déclenchement de problèmes de santé mentale (chez les rugbymen) peuvent être liées au sportif : les suites de commotion, la gestion de la blessure, notamment la blessure longue, la concurrence interne, les relations avec le staff, le changement de statut, d'amateur à pro, ce qui est relatif aux changements de contrat, la gestion de l'après-contrat etc. Mais elles peuvent être liées à la vie de tous les jours. »

 

En gros comme pour tout le monde quoi !

S ils intègrent de grandes entreprises après le rugby, ils seront confrontés aux mêmes problémes, Il faut juste remplacer blessures par maladies et garder tout le reste.

Le rugbyman pro est un employé comme les autres.

J'aime bien tes analyses, j'avais la flemme de lire un truc aussi long  :D


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#6 RCV06

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Posté 20 mars 2026 - 15:29

J'aime bien tes analyses, j'avais la flemme de lire un truc aussi long  :D

Tu peux compter sur moi pour synthétiser  :D 


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#7 el landeno

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Posté 21 mars 2026 - 07:28

« Ce qui est arrivé à Pierre, ça met un coup de frein à main » : les managers de Top 14 reviennent sur leurs difficultés, après le coup de fatigue de Mignoni
La « décompensation » qui a contraint le Toulonnais Pierre Mignoni à se mettre sur pause pendant trois semaines a mis en lumière la vulnérabilité des coaches du Top 14. Outre les cadences de travail infernales, ils font face à une passion qui les dévore et dont ils doivent se préserver.

Le Top 14 est une grande roue qui ne peut se mouvoir sans écraser quelqu'un. On a parfois senti plus que de la lassitude dans les soupirs de Grégory Patat. Faisant face à tant de fronts, le coach de Bayonne a fini par jeter l'éponge le mois dernier. Sage résignation. On a aussi perçu des lueurs telluriques dans l'iris de Ronan O'Gara certains soirs. Le coach irlandais de La Rochelle menace comme un volcan jamais éteint.

 
 
 
 

Le mois de février, qui marque la mi-saison, a laissé des traces. À Toulon, l'incandescent Pierre Mignoni a dû mettre un genou au sol, tel un boxeur sonné. Victime de ce qu'il appelle une « décompensation », il lui a fallu consentir à un repos forcé, trois semaines pour préserver sa santé. Son corps lui a interdit ce que sa volonté voulait lui imposer. « J'ai passé cinq jours à dormir », nous confiait-il la semaine dernière. Vidé de tout, incapable de sortir de son lit. « C'est effrayant, confessait l'entraîneur toulonnais. Quand tes enfants ne reconnaissent pas leur papa... ». On en est là. Le Top 14 est le Championnat le plus exigeant : il broie les corps des joueurs, ronge l'âme des entraîneurs.

Paul Gustard dit avoir ressenti de la tristesse face à ce qu'a vécu son homologue toulonnais. « C'est terrible de voir quelqu'un passionné contraint de s'en éloigner parce qu'il est épuisé. » L'Anglais du Stade Français détaille cette détresse à plusieurs visages : « elle est mentale, émotionnelle, sociale, physique ». Il sait qu'à mesure qu'on chemine sur les cimes des responsabilités, l'air se raréfie.

 
 
 
 
 

Ce week-end, le Top 14 reprend son cours et Pierre Mignoni, 49 ans, est annoncé de retour sur le banc du RCT. À Mayol, son équipe affrontera celle de Paul Gustard, 50 ans. L'accolade des deux coaches sera chargée en densité. Dans leur métier de déséquilibre, ils jonglent avec le temps et une charge mentale comprimés dans des journées sans fin.

 
 
 
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Morgan Parra et Paul Gustard, au Stade Français. (F. Faugère/L'Équipe)
 

« On flirte avec la limite de l'engagement », synthétise le Palois Sébastien Piqueronies, 47 ans. Les clubs étalonnent l'effort de leurs joueurs en mesurant « l'intensité courue » ou « l'intensité combattue ». Mais « l'intensité vécue » des coaches ne se quantifie pas, elle se subit.

 
 

« Si j'avais continué, j'aurais peut-être eu un souci comme Pierrot »

Laurent Labit sur sa situation lorsqu'il entraînait le Stade Français

 
 

Autre trajectoire, autre usure : Laurent Labit, 57 ans, rembobine son passé récent. Il est arrivé en novembre à Perpignan, urgentiste au chevet du club catalan. Il se remémore avoir pris ses fonctions dans son club précédent (le Stade Français à l'automne 2023) diminué émotionnellement. L'ex-entraîneur des trois-quarts tricolores (2020-2023) avoue qu'il n'était pas encore remis émotionnellement de la défaite en quarts de finale de la Coupe du monde face à l'Afrique du Sud (28-29, le 15 octobre 2023). « Je suis rentré dans le projet Stade Français déjà en n'étant pas très bien... quasiment avec une petite dépression. » Le job est précaire, Labit fut licencié par Paris en mars 2025. « Si j'avais continué, j'aurais peut-être eu un souci comme Pierrot », reconnaît-il avec clairvoyance.

 

La passion tient les coaches, elle est leur élixir autant que leur poison. Piqueronies rationalise, parle de « sur-engagement professionnel ». Et ajoute : « C'est bien que ce ne soit plus tabou... Ça peut arriver à tout le monde et il faut s'en protéger. »

 

Avec courage Pierre Mignoni s'est exprimé sur ce qu'il a vécu. On jurerait avoir senti en lui un empressement à reprendre son activité. Et aussi poindre en lui une once de culpabilité. Comme s'il avait failli, alors qu'il a juste été humain. « Personne n'est à l'abri, prévient le manager castrais Xavier Sadourny, 48 ans. C'est arrivé à Pierre Mignoni, c'est peut-être arrivé à d'autres, mais on ne l'a pas su. J'ai explosé il y a une dizaine d'années quand je suis passé de joueur à manager, c'était à Lyon. Je n'avais pas les codes. Je pense que cela m'a servi de leçon, et ça m'aide aujourd'hui. »

 

Il y a chez tous ces coaches que nous avons interrogés cette injonction à ne pas se plaindre, comme si exposer leur réalité s'apparentait à geindre. « On a un métier passion, bien rémunéré, nuance Piqueronies. Beaucoup de Français vivent des temps durs dans leur environnement professionnel ou familial. On n'est pas hors sol. » Gustard dit s'efforcer de relativiser : « Je suis très conscient de la chance que j'ai de faire ce métier. Il y a des guerres dans le monde, des gens ont du mal à se nourrir... »

 
 

« On a toujours un truc à faire, on peut toujours faire plus, mais est-ce mieux ? Mon père me disait toujours : "Regrette les choses que tu fais, pas celles que tu ne fais pas " »

Paul Gustard, manager du Stade Français

 
 

Reste une question : Pierre Mignoni est-il remis, vraiment ? On lui souhaite. Sa franchise a permis une prise de conscience générale. « Ce qui est arrivé à Pierre, ça met un coup de frein à main », dit Joan Caudullo, 44 ans. Le Montpelliérain a bien noté le rappel. Durant le Tournoi des Six Nations, il a coupé : « Une semaine au ski, en famille et avec des amis. Pour mieux repartir. »

 

Paul Gustard dit s'octroyer des petits moments de vie : « On a toujours un truc à faire, on peut toujours faire plus, mais est-ce mieux ? Mon père me disait toujours : "Regrette les choses que tu fais, pas celles que tu ne fais pas." Alors s'il y a une occasion de partager un moment avec quelqu'un, de boire une bière ou de profiter de Paris, j'essaie de le faire... »

 
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Laurent Labit, avec ses joueurs, à Perpignan. (F. Lancelot/L'Équipe)
 

Laurent Labit reconnaît avoir besoin d'un sas. « J'habitue toujours mon staff, ma direction, mon président à des moments où ce n'est pas la peine de m'appeler... Il y a 20 ans, il n'y avait pas les téléphones portables. Désormais, il y a les montres connectées. » Comme un bracelet électronique pour les détenus de la fonction, avec des impulsions au poignet en permanence. « Aujourd'hui, tout semble devenu urgent, 24 heures sur 24, déplore l'entraîneur. Alors qu'il y a des choses qui peuvent attendre le lendemain. On peut t'appeler pour une connerie, tu ne sais même pas pourquoi le mec t'a appelé. » Pour l'anecdote, il avait assuré être dispo jeudi, journée off, avant de nous répondre finalement ce même jeudi à 15 h 30 en sortant du centre d'entraînement, et d'ajouter : « Une journée off, dans notre métier ça n'existe pas. »

 

Le temps s'est compressé dans une immédiateté délétère. « Il y a 20 ans, manager c'était déjà 7 jours sur 7, poursuit Labit, ça ne change pas. Sauf que tu avais des journées de construction, des rendez-vous avec le président et la direction pour anticiper la saison suivante, les évolutions, les investissements... C'était moins oppressant. Aujourd'hui c'est à plus court terme. À chaque réunion, tout est tendu. Et il est devenu quasiment anormal de perdre. »

 
 

« Une des certitudes de ce métier, c'est qu'on ne peut pas tout faire seul. On est totalement dépendants des autres »

Sébastien Piqueronies, manager de Pau

 
 

À Castres, Xavier Sadourny se recentre sur son cercle proche pour tamponner l'impact des résultats. « Je suis bien entouré avec mon épouse et nos deux filles. Ma compagne est psychologue, on parle beaucoup. Et puis, je fais du sport. Arsène Wenger expliquait qu'il avait quasiment la même hygiène de vie qu'un sportif de haut niveau. C'est Matthias Rolland, le directeur général de Castres, qui m'a rappelé cette phrase. Le vélo, la course à pied, la musculation, ça m'aide à décompresser, à rester en forme. »

 

Anciens joueurs devenus cadres, tous ont été confrontés à la difficulté de déléguer. Un apprentissage du lâcher-prise paradoxal pour des managers qui, en bout de chaîne, restent comptables des résultats. « La clé, c'est d'assumer de déléguer, insiste Piqueronies. Accepter que les choses soient parfois imparfaites ou différentes de ce qu'on avait imaginé. Il faut assumer et vivre avec cette frustration. Une des certitudes de ce métier, c'est qu'on ne peut pas tout faire seul. On est totalement dépendants des autres. »

 
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Sébastien Piqueronies, manager de Pau. (R. Perrocheau/L'Équipe)
 

Si déléguer n'est pas une option, l'accepter n'est pas se résigner, c'est juste un mot-clé pour éviter la fracture. « J'ai réussi à déléguer davantage que par le passé, se réjouit Gustard. J'ai la chance d'avoir de super adjoints et ils ont confiance en moi. J'ai réparti les rôles pendant la Challenge Cup, laissé d'autres prendre en charge les choses. C'est très important, le partage des décisions. C'est un socle sur lequel se bâtit la confiance mutuelle. » Un manager ne gère pas que le groupe de joueurs, il gère le staff des entraîneurs, le staff médical. « Cette année, Julien Dumora est sur les trois-quarts et ça me soulage beaucoup », reconnaît Sadourny.

 
 

« Ce métier est tellement beau, intéressant, exigeant... que ça donne sans cesse envie d'y retourner »

Joan Caudullo, entraîneur de Montpellier

 
 

Tous sont au club dès six heures et les journées s'étirent jusqu'à pas d'heures en raison de la masse de travail, de leur sens du devoir et de la passion qui les dévore. « Ce métier est tellement beau, intéressant, exigeant... que ça donne sans cesse envie d'y retourner », reconnaît Caudullo qui mesure la difficulté de faire preuve de discernement : « La tension subie au quotidien, c'est aussi l'huile dans le moteur qui fait avancer. »

 

Le métier de coach est devenu envahissant, continu et sans limite claire. La mésaventure de Pierre Mignoni a offert un miroir à tous. Et fait sonner un rappel de ce qui était silencieux. Encaisser ne suffit plus. C'est même devenu dangereux tant la passion est délétère : elle exige tout, même ce qu'on ne devrait jamais lui donner.

 
 
 

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Posté 23 mars 2026 - 21:13

Au final, MIGNONI a fait un "burn out" ! Beaucoup de formules ont été employées sans jamais employer ce mot Je n'aime pas employer des formules Anglaises mais c'est celle qui me parait la plus appropriée pour définir le problème ! 



#9 Pâquerette

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Posté 23 mars 2026 - 22:23

Au final, MIGNONI a fait un "burn out" ! Beaucoup de formules ont été employées sans jamais employer ce mot Je n'aime pas employer des formules Anglaises mais c'est celle qui me parait la plus appropriée pour définir le problème ! 

 

 Si tu veux éviter de passer sous les fourches caudines de B&B prof.gif, utilise plutôt "épuisement professionnel", voire "surmenage"...  ^_^


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#10 Arverne03

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Posté 24 mars 2026 - 18:24

 

 Si tu veux éviter de passer sous les fourches caudines de B&B prof.gif, utilise plutôt "épuisement professionnel", voire "surmenage"...  ^_^

Je sais. Mais il doit me connaître assez pour savoir que je n’emploie pratiquement jamais la langue de Shakespeare; sauf pour ce cas bien sûr !  B) 
 


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Posté 26 mars 2026 - 21:09

« J'ai dit plusieurs fois à mes proches que j'allais arrêter » : Jonny Wilkinson se livre sur la santé mentale L'ancien numéro 10 de l'Angleterre Jonny Wilkinson raconte comment le stress et l'angoisse de l'échec ont alimenté le quotidien de son parcours sportif et de sa vie d'homme. La santé mentale est un sujet qui lui tient à coeur.

Durant sa carrière achevée en 2014, Jonny Wilkinson s'est constamment rongé le cerveau pour se rapprocher de l'excellence. L'ouvreur anglais aux 91 sélections était un perfectionniste à l'extrême. Pour ne pas dire névrosé. Alors quand il accepte de parler en longueur de santé mentale, on l'écoute attentivement et on repense aux douleurs invisibles que traversent tant de joueurs professionnels et d'entraîneurs à l'image du coach toulonnais Pierre Mignoni, au repos forcé voilà quelques semaines.

 
 

De passage à Paris en milieu de semaine dans le cadre des « Rencontres Terrain Favorable » organisées par la Ligue Nationale de Rugby et la Société Générale, le champion du monde 2003 s'est posé une trentaine de minutes dans un petit vestiaire tout vert du Rugby Club Paris 15 mercredi midi près de Balard. En français dans le texte, Wilkinson (46 ans) dégage toujours le même charisme. La même lucidité aussi sur la complexité de mener sa quête de réussite sportive et sa vie d'homme.

« Pierre Mignoni, le manager de Toulon, que vous connaissez bien depuis votre passage au RCT (2009-2014), a récemment été victime de ce qu'il a appelé "une décompensation" qui l'a contraint notamment à dormir "cinq jours d'affilée". Qu'est-ce que ça vous inspire ?
La santé mentale est essentielle. Elle fait, en très grande partie, partie de la performance, ce n'est pas quelque chose à côté. Arriver au plus haut niveau nécessite une vraie mission là-dedans (il montre son ventre). Ce n'est pas quelque chose que tu décides tranquillement chez toi en te disant : "tu sais quoi, je vais devenir rugbyman de haut niveau." Tu nais avec et elle te pousse (il le répète trois fois). Mais parfois trop. Cette énergie occupe toute ta vie. Tu y penses tout le temps, même pendant tes vacances, et tu ne peux pas arrêter. Le soir, impossible de dormir après le match. Tu ne penses qu'aux fautes, qu'à tes erreurs, qu'aux regrets. Avant le match, c'est l'angoisse. Tu es dans un espace difficile où il y a trop de stress, la peur, le doute, la frustration. Parfois aussi la dépression et le chaos. Tout ça, c'est un symptôme.

 
 

Cette pression est-elle d'autant plus forte avec les impératifs de résultats actuels ?
Quand tu as une mission, tu ne peux pas rater l'opportunité de réussir. C'est extrêmement puissant mais ça engendre de la souffrance. J'ai passé beaucoup de temps dans un état de survie, à essayer de finir le match en me disant juste : "ok, ça, c'est fait, on continue." Des personnes comme Pierre (Mignoni) doivent trouver le bon équilibre. Il a l'intensité, la qualité, le génie, le talent inspirant. Son chemin va être plein de challenges pour trouver la sagesse. J'imagine que ça doit être difficile pour quelqu'un comme lui qui ne pense qu'à ça. Il a ça en lui comme moi je l'ai en moi. Quand tu as une mission, la motivation n'est jamais un problème. C'était impossible pour moi de ne pas aller faire deux ou trois tirs au but après une séance.

 
 
 
 
 

« Parfois, le stress est bon pour la performance, mais parfois ça te bloque. Ça devient une résistance »

 
 

Étiez-vous parfois terrifié avant les rencontres ?
Oui, ça m'est arrivé de m'enfermer dans les toilettes. Parfois, c'était trop pour moi. Et après les matches, j'ai dit plusieurs fois à mes proches que c'était fini, que j'allais arrêter, que je ne pouvais plus supporter ça, que les attentes me concernant étaient trop fortes. C'est pour ça qu'il faut soutenir d'une façon peut-être différente ceux qui sont en mission. Imaginez ce qu'ils vivent lorsque leurs carrières s'arrêtent. Ils n'ont plus l'outil pour s'exprimer. Ils sont perdus. J'ai passé toute ma vie à chercher à tout maîtriser. J'avais le talent et je travaillais bien mais je n'avais pas créé le bon environnement pour développer l'inspiration et la performance.

 

J'ai passé beaucoup de temps à me dire : "est-ce que quelque chose va m'arriver ? Et si ça m'arrive, qu'est-ce que je vais faire ? Je ne pourrai pas le faire." C'est un combat intérieur. Parfois, le stress est bon pour la performance, mais parfois ça te bloque. Ça devient une résistance. Je ne sais pas du tout ce que Pierre Mignoni est en train de ressentir mais c'est quelqu'un pour lequel j'ai le plus grand respect. C'est intéressant quand il dit qu'il a dormi cinq jours de suite. Je peux tout de suite comprendre ce qu'il exprime vu l'intensité de cette vie. La vraie récupération du stress n'est pas simple. Je ne savais pas du tout comment faire pour ma part. La semaine, je pouvais m'entraîner deux, trois ou quatre heures par jour sans problème mais c'était impossible de retourner chez moi tout de suite après et ne rien faire.

 
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Wilkinson avec Pierre Mignoni en 2011. (F. Golési/L'Équipe)
 

Avez-vous vraiment parfois pensé à raccrocher ?
Oui, et pas qu'une fois. C'était régulier. Mais intérieurement ma mission me disait de retourner sur le terrain, de prendre le ballon et de taper deux heures. J'ai fonctionné comme ça jusqu'à ma dernière saison. Là, je savais que c'était le moment d'arrêter. Je n'avais plus le désir d'être le meilleur dans l'équipe. Je me disais : "ok, quelque chose a changé en moi." Plus tôt dans ma carrière, j'ai été blessé pendant cinq ans. À un moment, après la Coupe du monde 2003, j'étais un peu perdu. Je ne voulais pas être challengé. J'essayais, je donnais tout mais je me sentais mal aligné. Puis j'ai déménagé à Toulon, en 2009. Et là, il y a eu un alignement, un changement en moi, une évolution. Les choses ont commencé à s'arranger. J'étais plus libéré. Je me suis reconnecté avec moi-même.

Pourriez-vous devenir coach avec la pression que cela entraîne ?
Je fais ce boulot d'entraîneur mais de manière individuelle avec des joueurs. J'adore ça. Après la fin de ma carrière, une partie de moi ne voulait pas retourner dans le sport. Elle était en train de dormir. Ça m'a pris environ dix ans pour retrouver la mission qui était en moi. Avec tous les chocs physiques et le stress mental accumulé, j'avais besoin de prendre une autre direction et de faire beaucoup de choses différentes. Il y a neuf mois environ, je me suis dit : "ok, je vais réattaquer, je suis prêt à revenir dans le rugby." À ce moment-là, j'ai recommencé à publier des choses sur les réseaux sociaux.

 

Avez-vous le sentiment que votre cerveau a été trop souvent en ébullition ?
Oui, et ce presque toute ma carrière. Mon objectif dans la vie était d'essayer de tout gagner et de devenir le meilleur. Dans un sens, c'était un peu de révolutionner mon sport avec le désir de tout faire : passe main gauche, main droite, pied gauche, pied droit, plaquage, attaque avec le ballon et travail. Je devais donner l'exemple. J'avais des moments de succès et des moments d'échec. C'est dur parfois et le chemin passe par un retour au calme. Mais quand quelqu'un a cette énergie, il faut l'entourer et construire l'équipe autour de lui. C'est ce qu'a fait Pierre pour moi pendant mes trois dernières saisons à Toulon. En tant qu'entraîneur (des lignes arrières), il a révolutionné notre jeu.

 
 

« Ce que vous m'avez raconté sur lui (Pierre Mignoni) me touche. Il fait partie de ma vie. Je vais l'appeler »

 
 

Votre combat intérieur est-il terminé aujourd'hui ?
Non, et je ne veux pas qu'il soit terminé. Si je n'ai plus ce combat intérieur, comment je pourrais découvrir un nouvel espace en moi. Je suis toujours en train d'explorer et de me demander « qu'est-ce que je pense ? Pourquoi je le pense ? Est-ce que je suis vraiment ici à 100 % ? Qu'est-ce que je peux faire de plus ? » Parfois, il faut accepter d'apprendre des choses étonnantes pendant notre chemin. Je suis complètement différent aujourd'hui de ce que je m'étais imaginé il y a dix ans mais je me sens plus authentique.

 

Je crois que je suis en train de vivre un peu plus ma vérité. Je suis motivé à me confronter à ma vulnérabilité. Le talent que j'avais, ce n'était pas moi. Mon boulot était de bien le traiter, d'essayer de le transmettre et de le canaliser grâce à des gens magnifiques qui m'ont soutenu. J'essaie de faire exactement pareil pour les autres, et spécialement pour ceux qui ont cette mission et cette souffrance, comme Pierre. Ce que vous m'avez raconté sur lui me touche. Il fait partie de ma vie. Je vais l'appeler. »


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