Top 14 : et si La Rochelle avait montré la voie à l'ASM Clermont pour battre le Racing ?
L’ASM s’apprête à jouer un match capital dans la course aux phases finales, dimanche (21 h 05), face au Racing 92. Un adversaire réputé pour la puissance de ses individualités, mais qui semble parfois souffrir dès lors que le jeu s’accélère. En ce sens, la victoire surprise de La Rochelle à la Paris La Défense Arena, lors de la 23e journée, pourrait être une piste stratégique pour l’ASM.
Au soir de ce dimanche 10 mai, on a d’abord haussé le sourcil. Interloqué par la victoire de La Rochelle sur la pelouse du Racing (24-26) et par les conséquences que celle-ci allait avoir au classement vis-à-vis de l’ASM.
Passés ces calculs qui ont tout à coup refroidi l’ambiance, on s’est alors dit que le week-end suivant serait peut-être plus favorable à Clermont. Que nenni?! Malgré le point acquis sur la pelouse de Pau, le succès bonifié du Stade Rochelais face à Toulouse n’a fait que confirmer qu’à deux journées de la fin du championnat, quatre formations (ASM, UBB, Racing, Stade Rochelais) allaient se disputer les deux dernières places de barragistes (le top 4 paraissant désormais difficile d’accès).
Dans cette lutte infernale, l’ASM a la chance de disposer de son destin à deux journées de la fin. Christophe Urios et ses hommes disent d’ailleurs ne vouloir dépendre que d’eux et visent donc deux victoires face à ses deux adversaires directs que sont le Racing et Bordeaux-Bègles. Pour une fois, on reprendra à notre compte l’expression galvaudée qui veut qu’il est important de « prendre les matchs les uns après les autres ». Car se projeter sur la 26e et dernière journée du championnat en tenant pour acquis une victoire de Clermont sur le Racing serait une vilaine erreur.
« Capables de mettre en difficulté toutes les équipes »
En ce sens, cette ultime rencontre de la saison au Michelin en phase régulière, nécessitera forcément une approche mentale et tactique particulière. Et si le staff clermontois assurait en fin de semaine dernière ne pas s’être encore pleinement penché sur cette rencontre capitale, on est à peu près certain qu’il planche sur son plan de bataille depuis le drôle de coup de sifflet final à Pau.
À l’idée de cette ultime réception donc, nous est alors revenu en mémoire ce fameux Racing - La Rochelle du 10 mai dernier. Après revisionnage de la rencontre, on s’est alors demandé s’il n’y avait finalement pas de quoi s’inspirer de la production maritime pour se défaire des Franciliens ? « Ils ont joué sur un terrain synthétique, chaque match est différent. La Rochelle joue avec ses forces et ses qualités. Nous, on va surtout s’efforcer de bien jouer notre jeu et d’être capables de poser des problèmes au Racing. On est capables d’être dangereux et de mettre en difficulté toutes les équipes du Top 14 », nous a expliqué un Frédéric Charrier (entraîneur des arrières) visiblement soucieux de ne pas dévoiler la stratégie imaginée…
Ce qui est sûr, c’est que le jeu prôné par les Rochelais ce soir-là - fait de beaucoup de rythme et de vitesse, de passes après-contact et d’une réelle volonté de toucher les couloirs - a fait des merveilles. Le lendemain, Gaël Fickou, le centre international du Racing, ne pouvait d’ailleurs que constater les dégâts dans le podcast Rugby Confidential qu’il co-anime.
« Ils l’avaient dit, ils se sont entraînés en “mode toulousain” à faire des passes debout. Ce n’est pas le jeu qu’ils ont l’habitude de prôner, eux qui sont plutôt directs et qui privilégient généralement les rucks aux offloads. Mais je pense qu’ils se sont dit qu’on était costauds, lourds, et que s’ils arrivaient à faire vivre le ballon, ils nous mettraient en difficulté. Ils ont réussi leur pari. »
Gaël Fickou (Trois-quarts centre du Racing 92)
Les deux essais rochelais ne viennent que confirmer cette analyse. À chaque fois, les Racingmen se sont fait prendre sur des renversements ultra-rapides qui ont permis de faire la différence dans le couloir des 5 m. Les statistiques de la rencontre sont aussi très éloquentes.
Le salut par la vitesse ?
Car même si La Rochelle a franchement souffert en mêlée (seulement 63 % de gagnées sur sa propre introduction) et été plus pénalisée (12 contre 5), sa volonté de mettre beaucoup de vitesse et de faire vivre le ballon à tout prix (214 passes contre 114 ; 21 offloads contre 5) a fait des ravages. Dans ce contexte, Davit Niniashvili s’est régalé en portant le ballon à 21 reprises (un sacré total pour un ailier?!), en battant 10 défenseurs et en réalisant 6 passes après-contact. Une autre individualité a aussi pu se mettre en évidence : le toujours inspiré demi de mêlée, Nolann Le Garrec. Dans cette partie, sa capacité à vite libérer le ballon derrière les phases de jeu au sol a été déterminante avec 66 % de rucks rapides (moins de 3 secondes).
Autant d’éléments qui peuvent donner à Clermont quelques pistes de réflexion pour contourner les bulldozers franciliens (Tupou, Taofifenua, Joseph, Tuisova, Habosi…) et s’éviter quelques soucis dans l’axe. L’ASM en a les moyens, elle l’a prouvé à plusieurs reprises ces derniers temps. Elle semble même monter en puissance au niveau de sa vitesse d’exécution avec 56 % de rucks rapides à Toulouse, 63 % face à l’USAP et 67 % à Pau. La victoire de La Rochelle au Racing pourrait au moins avoir servi à quelque chose…