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les destins tragiques du rugby français


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#1 el landeno

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Posté aujourd'hui, 06:16

Les destins tragiques du rugby français - Oeil crevé et 14 balles dans le corps : Marcel-Frédéric Lubin-Lebrère, le miraculé de la Somme
Marcel-Frédéric Lubin-Lebrère, ancien deuxième-ligne ou pilier du Stade Toulousain, a été grièvement blessé par balles durant la Première Guerre mondiale. Cela ne l'a pas empêché ensuite de remporter trois titres de champion de France avec son club et d'empiler 15 sélections en équipe de France.

Au Stade Toulousain, les plus anciens se souviennent forcément de Marcel-Frédéric Lubin-Lebrère (1891-1972), plus communément appelé « Lubin ». De sa voix rocailleuse et puissante, déjà, qui l'aidait à raconter comme personne les histoires les plus croustillantes du début du siècle dernier. Et de son incroyable destin, surtout, qui l'a laissé pour mort dans un champ de bataille de la Somme au début de la Première Guerre mondiale, avant de le couvrir de titres quelques années plus tard sous le maillot du Stade Toulousain.

 
 
 
 

Par quoi commencer ? Par la Guerre, forcément, et ce funeste jour de 1916 où ce grand gaillard pour l'époque (1,81 m, 90 kg), réquisitionné par l'Armée française, essuya des tirs nourris des forces allemandes. C'est là que sa vie aurait dû s'arrêter, à 25 ans. Mais il faut croire qu'il y avait quelqu'un, là-haut, qui veillait alors sur les balèzes de son espèce.

 

La légende, qu'il s'est souvent chargé d'alimenter lui-même avec son sens inégalable du récit, raconte qu'il aurait survécu à un oeil crevé et à 14 balles dans le corps. Un témoignage paru dans Lyon Républicain du 5 juin 1933, exhumé par Libération en février 2020, explique que Lubin aurait d'abord été éborgné et blessé au genou par l'explosion d'une « marmite » (un obus), tandis qu'il chargeait l'ennemi à la baïonnette.

 
 

« Le gars qui me visait s'est servi d'une mitrailleuse et m'en a mis douze dans le coffre ! Tu parles si j'étais repéré... Mais je suis rentré quand même »

Marcel-Frédéric Lubin-Lebrère, joueur du Stade Toulousain et rescapé de la Première Guerre mondiale

 
 
 
 
 

La suite y est narrée par Lubin lui-même : « Je tombe, et une ou deux heures après, je me réveille. J'étais entre les deux lignes et j'avais perdu beaucoup de sang. Je me dis : Lubin, tu ne peux pas rester là... Je me soulève et je prends une balle dans le... Je retombe. Au bout d'un moment je me dis : Lubin, il faut que tu rentres en France.'' Je me redresse. Pan ! Encore une balle qui m'attrape. J'ai essayé trois fois quand même, à chaque fois j'ai pris une balle, sauf la dernière où le gars qui me visait s'est servi d'une mitrailleuse et m'en a mis douze dans le coffre ! Tu parles si j'étais repéré... Mais je suis rentré quand même ! »

 
 

Un miracle ? Peut-être. Qu'il doit autant à sa robustesse et à son instinct de survie qu'à la vigilance des brancardiers allemands qui le repérèrent sur la ligne de front, alors qu'il gisait au sol, et le transportèrent dans un hôpital de campagne pour le soigner.

Il se passa ainsi trois ans, le temps de sa détention en Allemagne, avant que Lubin ne réapparaisse au stade des Ponts-Jumeaux (l'ancien terrain du Stade Toulousain), un beau dimanche, à la surprise générale des dirigeants et des supporters locaux qui le croyaient mort depuis longtemps. Car cet Agenais de naissance, qui portait fièrement une épaisse moustache, était joueur de rugby.

 
15 sélections avec les Bleus, en étant borgne

Après quelques années passées à Montauban, il avait rejoint le Stade Toulousain en 1914, peu avant le début du conflit mondial. Il était capable de jouer deuxième-ligne ou pilier, selon les besoins. Et il avait du talent. D'ailleurs, sa condition de borgne ne l'empêcha pas de faire partie de la première grande génération du club rouge et noir, triple championne de France entre 1922 et 1924, ni même d'obtenir 15 sélections avec les Bleus.

 

Lubin-Lebrère fit notamment partie de la première équipe de France à s'être imposée à l'extérieur dans un match du Tournoi des Cinq Nations. C'était en Irlande (7-15), le 3 avril 1920. Une histoire savoureuse reste d'ailleurs accolée à cet exploit, qui révèle beaucoup de la personnalité atypique de cet homme inclassable. Alors qu'il était parti seul dans les rues de Dublin pour y célébrer la victoire, Lubin avait terminé la soirée au poste de police pour avoir entonné avec quelques Irlandais croisés dans un pub de la capitale La Marseillaise. Le Toulousain, toujours prompt à se mêler aux élans populaires, ignorait alors que l'hymne français servait de chant de ralliement aux indépendantistes locaux qui luttaient contre l'occupant britannique...

 
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Cerclé de rouge, Marcel-Frédéric Lubin-Lebrère et son oeil droit en verre, sur une photo de l'équipe de France avant le France-Irlande du Tournoi des Cinq Nations 1925 (3-9). (L'Équipe)
 

En 1932, Charles Brennus, le « Père » du rugby français, raconta d'ailleurs dans ses mémoires cette fameuse anecdote, telle qu'elle fut également rapportée par le regretté Serge Lemaire dans son livre Stade Toulousain, une institution (Éditions Hugo Sport, 2015) : « Nous étions tombés en pleine révolution irlandaise. La ville (Dublin), à notre arrivée, était en état de siège. La veille, le premier magistrat avait été tué à coups de revolver dans un tramway. Des autos blindées circulaient dans la ville dont les rues étaient hérissées de barbelés. (...) Après la partie, les Français se répandirent dans la ville et plusieurs assistèrent à un drame rapide : un agent de police fut abattu à coups de revolver. Au moment du dîner, on chercha vainement Lubin. Il avait disparu. Personne ne l'avait vu rentrer à l'hôtel et il était introuvable. Nous étions très inquiets du sort de notre ami lorsqu'un coup de téléphone du commissaire de police nous avertit qu'il était au violon, et qu'il y resterait jusqu'à ce qu'un de nos dirigeants vienne en prendre livraison. »

 

Lubin participa aussi au France - États-Unis de sinistre mémoire de 1924, finale perdue (17-3) du tournoi de rugby des Jeux Olympiques de Paris. Un combat de rue sans limites, qui déboucha sur l'exclusion du rugby du programme olympique pendant 92 ans (jusqu'en 2016), et fit dire à l'un des acteurs de la rencontre : « C'est ce qu'on peut faire de mieux (en termes de bagarre) sans couteaux ni revolvers. »

Lubin avait un surnom, aussi. Ses partenaires l'appelaient « Monsieur le Maire ». Sans doute parce qu'il travaillait à la mairie de Toulouse, ou qu'une partie de son nom, Lebrère, rimait fort avec « Le Maire ». Le joueur s'amusait tellement de ce sobriquet qu'il lui arrivait parfois de se faire passer pour le vrai maire de Toulouse. C'est ainsi qu'un soir de banquet d'après-match à l'étranger, un chef de protocole, berné par ce « Monsieur le Maire » que lui lançaient ses coéquipiers, le prit vraiment pour ce qu'il n'était pas. Si bien que Lubin fut aussitôt présenté à toutes les sommités locales avant d'être invité à dîner à côté d'elles, à l'écart de la table des joueurs.

 
 

« Il avait une voix terrible qui contrastait avec une humilité incroyable. Il ne parlait jamais de lui, en revanche il parlait des autres comme personne »

Jean Fabre, ex-président du Stade Toulousain, au sujet de Marcel-Frédéric Lubin-Lebrère

 
 

Plus tard, après son parcours de joueur, Lubin embrassa une carrière de dirigeant au Stade Toulousain jusqu'à sa mort. Nommé membre d'honneur à vie du club en 1963, il rendit l'âme neuf ans plus tard, en 1972. Il avait 80 ans, ce qui est quand même un bel âge pour un type qui avait reçu une rafale de mitraillette dans une vie antérieure.

 

« La première fois que j'ai entendu parler de Lubin, j'avais 21 ans, j'étudiais en deuxième année à la faculté des sciences et je venais de signer au Stade Toulousain, témoigne l'ancien joueur et président du club haut-garonnais Jean Fabre, dans le livre Les 50 meilleurs joueurs du Stade Toulousain (Éditions Scotty, 2025). On m'avait demandé de représenter le club et de porter la gerbe au monument de l'Héraklès (sculpture d'Antoine Bourdelle, située à Toulouse, au square du même nom), le 11 novembre. Il y avait un monde fou autour du monument. Le dirigeant Paul Voivenel épelait un à un les noms de chaque joueur disparu pendant la Guerre.

 

Quand est venu le tour du Stade Toulousain, les noms n'en finissaient pas. Il y en avait 80, ce qui veut dire que 80 joueurs ou dirigeants du Stade Toulousain étaient morts pendant la Guerre. Et là, dans le lointain, à l'énonciation de chaque nom, on entendait une voix d'une force incroyable qui répondait ''Prrrrrésent !''. C'était Lubin-Lebrère. J'ai vécu ce jour-là un moment d'émotion qui est encore bien présent dans ma mémoire. Lubin, je l'ai souvent côtoyé par la suite car il aimait venir au Stade. Il travaillait chez Guiraud, un briquetier qui était de l'autre côté du canal. Comme il venait presque à tous les entraînements, on mangeait souvent ensemble. Ce qui était formidable, chez cet homme, en dehors de ses qualités de joueur, c'est qu'il avait une voix terrible qui contrastait avec une humilité incroyable. Il ne parlait jamais de lui. En revanche, il savait parler des autres comme personne. C'était un admirable conteur. »

 

Encore aujourd'hui, un rond-point situé à l'entrée du chemin des Sept-Deniers, tout près du stade Ernest-Wallon, porte le nom de Lubin-Lebrère. Un juste hommage pour l'une des figures les plus emblématiques de la grande histoire du Stade Toulousain.

 
 
 

 


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#2 Vynce

Vynce

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Posté aujourd'hui, 06:22

Merci. Vraiment très intéressant.




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