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les destins tragiques du rugby français


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#1 el landeno

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Posté 04 août 2026 - 06:16

Les destins tragiques du rugby français - Oeil crevé et 14 balles dans le corps : Marcel-Frédéric Lubin-Lebrère, le miraculé de la Somme
Marcel-Frédéric Lubin-Lebrère, ancien deuxième-ligne ou pilier du Stade Toulousain, a été grièvement blessé par balles durant la Première Guerre mondiale. Cela ne l'a pas empêché ensuite de remporter trois titres de champion de France avec son club et d'empiler 15 sélections en équipe de France.

Au Stade Toulousain, les plus anciens se souviennent forcément de Marcel-Frédéric Lubin-Lebrère (1891-1972), plus communément appelé « Lubin ». De sa voix rocailleuse et puissante, déjà, qui l'aidait à raconter comme personne les histoires les plus croustillantes du début du siècle dernier. Et de son incroyable destin, surtout, qui l'a laissé pour mort dans un champ de bataille de la Somme au début de la Première Guerre mondiale, avant de le couvrir de titres quelques années plus tard sous le maillot du Stade Toulousain.

 
 
 
 

Par quoi commencer ? Par la Guerre, forcément, et ce funeste jour de 1916 où ce grand gaillard pour l'époque (1,81 m, 90 kg), réquisitionné par l'Armée française, essuya des tirs nourris des forces allemandes. C'est là que sa vie aurait dû s'arrêter, à 25 ans. Mais il faut croire qu'il y avait quelqu'un, là-haut, qui veillait alors sur les balèzes de son espèce.

 

La légende, qu'il s'est souvent chargé d'alimenter lui-même avec son sens inégalable du récit, raconte qu'il aurait survécu à un oeil crevé et à 14 balles dans le corps. Un témoignage paru dans Lyon Républicain du 5 juin 1933, exhumé par Libération en février 2020, explique que Lubin aurait d'abord été éborgné et blessé au genou par l'explosion d'une « marmite » (un obus), tandis qu'il chargeait l'ennemi à la baïonnette.

 
 

« Le gars qui me visait s'est servi d'une mitrailleuse et m'en a mis douze dans le coffre ! Tu parles si j'étais repéré... Mais je suis rentré quand même »

Marcel-Frédéric Lubin-Lebrère, joueur du Stade Toulousain et rescapé de la Première Guerre mondiale

 
 
 
 
 

La suite y est narrée par Lubin lui-même : « Je tombe, et une ou deux heures après, je me réveille. J'étais entre les deux lignes et j'avais perdu beaucoup de sang. Je me dis : Lubin, tu ne peux pas rester là... Je me soulève et je prends une balle dans le... Je retombe. Au bout d'un moment je me dis : Lubin, il faut que tu rentres en France.'' Je me redresse. Pan ! Encore une balle qui m'attrape. J'ai essayé trois fois quand même, à chaque fois j'ai pris une balle, sauf la dernière où le gars qui me visait s'est servi d'une mitrailleuse et m'en a mis douze dans le coffre ! Tu parles si j'étais repéré... Mais je suis rentré quand même ! »

 
 

Un miracle ? Peut-être. Qu'il doit autant à sa robustesse et à son instinct de survie qu'à la vigilance des brancardiers allemands qui le repérèrent sur la ligne de front, alors qu'il gisait au sol, et le transportèrent dans un hôpital de campagne pour le soigner.

Il se passa ainsi trois ans, le temps de sa détention en Allemagne, avant que Lubin ne réapparaisse au stade des Ponts-Jumeaux (l'ancien terrain du Stade Toulousain), un beau dimanche, à la surprise générale des dirigeants et des supporters locaux qui le croyaient mort depuis longtemps. Car cet Agenais de naissance, qui portait fièrement une épaisse moustache, était joueur de rugby.

 
15 sélections avec les Bleus, en étant borgne

Après quelques années passées à Montauban, il avait rejoint le Stade Toulousain en 1914, peu avant le début du conflit mondial. Il était capable de jouer deuxième-ligne ou pilier, selon les besoins. Et il avait du talent. D'ailleurs, sa condition de borgne ne l'empêcha pas de faire partie de la première grande génération du club rouge et noir, triple championne de France entre 1922 et 1924, ni même d'obtenir 15 sélections avec les Bleus.

 

Lubin-Lebrère fit notamment partie de la première équipe de France à s'être imposée à l'extérieur dans un match du Tournoi des Cinq Nations. C'était en Irlande (7-15), le 3 avril 1920. Une histoire savoureuse reste d'ailleurs accolée à cet exploit, qui révèle beaucoup de la personnalité atypique de cet homme inclassable. Alors qu'il était parti seul dans les rues de Dublin pour y célébrer la victoire, Lubin avait terminé la soirée au poste de police pour avoir entonné avec quelques Irlandais croisés dans un pub de la capitale La Marseillaise. Le Toulousain, toujours prompt à se mêler aux élans populaires, ignorait alors que l'hymne français servait de chant de ralliement aux indépendantistes locaux qui luttaient contre l'occupant britannique...

 
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Cerclé de rouge, Marcel-Frédéric Lubin-Lebrère et son oeil droit en verre, sur une photo de l'équipe de France avant le France-Irlande du Tournoi des Cinq Nations 1925 (3-9). (L'Équipe)
 

En 1932, Charles Brennus, le « Père » du rugby français, raconta d'ailleurs dans ses mémoires cette fameuse anecdote, telle qu'elle fut également rapportée par le regretté Serge Lemaire dans son livre Stade Toulousain, une institution (Éditions Hugo Sport, 2015) : « Nous étions tombés en pleine révolution irlandaise. La ville (Dublin), à notre arrivée, était en état de siège. La veille, le premier magistrat avait été tué à coups de revolver dans un tramway. Des autos blindées circulaient dans la ville dont les rues étaient hérissées de barbelés. (...) Après la partie, les Français se répandirent dans la ville et plusieurs assistèrent à un drame rapide : un agent de police fut abattu à coups de revolver. Au moment du dîner, on chercha vainement Lubin. Il avait disparu. Personne ne l'avait vu rentrer à l'hôtel et il était introuvable. Nous étions très inquiets du sort de notre ami lorsqu'un coup de téléphone du commissaire de police nous avertit qu'il était au violon, et qu'il y resterait jusqu'à ce qu'un de nos dirigeants vienne en prendre livraison. »

 

Lubin participa aussi au France - États-Unis de sinistre mémoire de 1924, finale perdue (17-3) du tournoi de rugby des Jeux Olympiques de Paris. Un combat de rue sans limites, qui déboucha sur l'exclusion du rugby du programme olympique pendant 92 ans (jusqu'en 2016), et fit dire à l'un des acteurs de la rencontre : « C'est ce qu'on peut faire de mieux (en termes de bagarre) sans couteaux ni revolvers. »

Lubin avait un surnom, aussi. Ses partenaires l'appelaient « Monsieur le Maire ». Sans doute parce qu'il travaillait à la mairie de Toulouse, ou qu'une partie de son nom, Lebrère, rimait fort avec « Le Maire ». Le joueur s'amusait tellement de ce sobriquet qu'il lui arrivait parfois de se faire passer pour le vrai maire de Toulouse. C'est ainsi qu'un soir de banquet d'après-match à l'étranger, un chef de protocole, berné par ce « Monsieur le Maire » que lui lançaient ses coéquipiers, le prit vraiment pour ce qu'il n'était pas. Si bien que Lubin fut aussitôt présenté à toutes les sommités locales avant d'être invité à dîner à côté d'elles, à l'écart de la table des joueurs.

 
 

« Il avait une voix terrible qui contrastait avec une humilité incroyable. Il ne parlait jamais de lui, en revanche il parlait des autres comme personne »

Jean Fabre, ex-président du Stade Toulousain, au sujet de Marcel-Frédéric Lubin-Lebrère

 
 

Plus tard, après son parcours de joueur, Lubin embrassa une carrière de dirigeant au Stade Toulousain jusqu'à sa mort. Nommé membre d'honneur à vie du club en 1963, il rendit l'âme neuf ans plus tard, en 1972. Il avait 80 ans, ce qui est quand même un bel âge pour un type qui avait reçu une rafale de mitraillette dans une vie antérieure.

 

« La première fois que j'ai entendu parler de Lubin, j'avais 21 ans, j'étudiais en deuxième année à la faculté des sciences et je venais de signer au Stade Toulousain, témoigne l'ancien joueur et président du club haut-garonnais Jean Fabre, dans le livre Les 50 meilleurs joueurs du Stade Toulousain (Éditions Scotty, 2025). On m'avait demandé de représenter le club et de porter la gerbe au monument de l'Héraklès (sculpture d'Antoine Bourdelle, située à Toulouse, au square du même nom), le 11 novembre. Il y avait un monde fou autour du monument. Le dirigeant Paul Voivenel épelait un à un les noms de chaque joueur disparu pendant la Guerre.

 

Quand est venu le tour du Stade Toulousain, les noms n'en finissaient pas. Il y en avait 80, ce qui veut dire que 80 joueurs ou dirigeants du Stade Toulousain étaient morts pendant la Guerre. Et là, dans le lointain, à l'énonciation de chaque nom, on entendait une voix d'une force incroyable qui répondait ''Prrrrrésent !''. C'était Lubin-Lebrère. J'ai vécu ce jour-là un moment d'émotion qui est encore bien présent dans ma mémoire. Lubin, je l'ai souvent côtoyé par la suite car il aimait venir au Stade. Il travaillait chez Guiraud, un briquetier qui était de l'autre côté du canal. Comme il venait presque à tous les entraînements, on mangeait souvent ensemble. Ce qui était formidable, chez cet homme, en dehors de ses qualités de joueur, c'est qu'il avait une voix terrible qui contrastait avec une humilité incroyable. Il ne parlait jamais de lui. En revanche, il savait parler des autres comme personne. C'était un admirable conteur. »

 

Encore aujourd'hui, un rond-point situé à l'entrée du chemin des Sept-Deniers, tout près du stade Ernest-Wallon, porte le nom de Lubin-Lebrère. Un juste hommage pour l'une des figures les plus emblématiques de la grande histoire du Stade Toulousain.

 
 
 

 


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#2 Vynce

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Posté 04 août 2026 - 06:22

Merci. Vraiment très intéressant.

#3 el landeno

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Posté 04 août 2026 - 17:40

Les destins tragiques du rugby français - « Une époque où la route des retours de troisièmes mi-temps était meurtrière » : le drame Dominique Bouet, étouffé avec son vomi lors d'une tournée du XV de France
Trois jours après avoir vaincu les Wallabies à Sydney avec le quinze de France, le Dacquois Dominique Bouet, 26 ans, est retrouvé mort en juillet 1990 dans une chambre d'hôtel de Nouméa, victime du syndrome de Mendelson au retour d'une soirée festive.

Le mardi 3 juillet 1990, il fallait feuilleter L'Équipe jusqu'à la page 15 pour apprendre l'affreuse nouvelle. Dominique Bouet, 26 ans, pilier du quinze de France qui venait de vaincre l'Australie à Sydney trois jours plus tôt (19-28), a été retrouvé mort dans sa chambre d'hôtel à Nouméa, où toute la délégation profitait d'une escale festive sur le chemin du retour de cette tournée d'été. « Mort d'un joueur », c'est le titre en haut de la page 15 de notre journalEn dessous de cet article factuel, un second papier intitulé « Bouet de la Chalosse » s'attache à trousser le portrait du disparu.

 
 
 
 

En revanche, pas la moindre mention n'apparaît à la Une. Il n'y aura pas d'article le jour d'après. Le surlendemain, quelques lignes détailleront le déroulement des obsèques. Ensuite, on n'y reviendra plus, ou alors bien plus tard quand, de retour dans l'Hémisphère Sud pour commenter des matches de la Coupe du monde 2011, Pascal Ondarts sera saisi d'émotion et ne pourra réprimer un furtif signe de croix à l'évocation du destin brisé de Dominique Bouet, retrouvé mort dans la nuit du 2 au 3 juillet 1990 par son compagnon de chambrée Fabrice Heyer, alias Bob.

 
 

Le traitement de ce drame par la presse nationale est encore moins développé ailleurs. Un article dans L'Humanité, un autre dans Le Monde pour annoncer la nouvelle, rien de plus. Les jours suivants, on ne questionne pas les circonstances de cette soirée à Nouméa, on n'interroge pas les personnes présentes sur place. On n'ouvre pas le débat sur les troisièmes mi-temps, leurs excès et leurs morts. « Le lyrisme ordinaire des troisièmes mi-temps venait de céder à une douleur crépusculaire », écrit Christian Montaignac, dans l'Année du rugby de l'année 1990.

 
 
 
 

Les semaines passent, le quinze de France rejoue. Mais aucune minute de silence n'est observée au moment des tests d'automne contre les All Blacks, ni à Nantes ni au Parc des Princes. Notre collègue de L'Équipe Bernard Dolet s'en ouvre auprès du président de la Fédération Albert Ferrasse, qui a l'honnêteté désarmante de reconnaître que « c'est tout bête, on a carrément oublié. Il n'est pas trop tard pour qu'à l'occasion du premier match du Tournoi face à l'Écosse, les Français jouent avec un brassard noir. Je retiens votre idée. » Sur les images d'époque d'Antenne 2, aucun signe commémoratif ne sera visible avant, pendant ou après ce France-Écosse.

 
 

« C'était discret oui, trop discret sans doute. Mais on ne va pas refaire le monde. C'était une autre époque »

Daniel Dubroca, adjoint du sélectionneur Jacques Fouroux

 
 

Jamais le quinze de France n'avait perdu un des siens en tournée, dans le cadre de ses fonctions si l'on peut dire. Pourtant, la résonance médiatique reste faible. « C'était discret oui, trop discret sans doute, veut bien admettre Daniel Dubroca, adjoint du sélectionneur Jacques Fouroux. Mais on ne va pas refaire le monde. C'était une autre époque. » Une époque « moins regardante sur tout un tas de choses, résumeront plusieurs de nos interlocuteurs. L'affaire Bouet, aussi promptement enterrée que le malheureux jeune homme, résume bien cela. Une époque où la route des retours de troisièmes mi-temps était meurtrière sans qu'on s'en émeuve plus que ça. »

 
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Dominique Bouet le 30 juin 1990 lors du dernier match avant sa mort, en Australie (19-28). (Patrick Rivière/AFP)
 

Une époque où ne s'appesantit pas davantage, le 12 juillet 1993, quand tombe la nouvelle de la mort d'Armand Vaquerin (26 sélections) à l'issue d'une « partie de roulette russe » dans un bar de Béziers. Une époque où un jeune homme de 19 ans, Guy Bruley, demi de mêlée du Stade Dijonnais, paye de sa vie une saloperie de cravate en plein match, sans que les médias ou les instances ne sonnent le tocsin. C'était en avril 1985 et on avait conclu à « l'incident de jeu. »

 

Le frère de Dominique Bouet, Jean-Marie, veut bien croire, qu'aujourd'hui, « il y aurait beaucoup plus de débats après un décès pareil à celui de Dominique », mais ne s'en offusque pas. À l'évocation de cette couverture médiatique mineure, toutes les personnes contactées font valoir qu'il n'y avait pas grand-chose de plus à chercher, à questionner ou à écrire. « Que vouliez-vous dire de plus que : c'est un accident, un horrible accident ? », interroge Dubroca sans attendre de réponse.

 
 

« Je me rappelle que des rumeurs commençaient à être colportées, laissant entendre qu'on se dopait et que c'était à cause de ça. Une autopsie en bonne et due forme a été pratiquée et heureusement. Elle a conclu à un accident, une "fausse route "tragique »

Olivier Roumat, son ex-partenaire du quinze de France et de l'US Dax

 
 

« C'est la faute à pas de chance, convient Olivier Roumat, qui a perdu cette nuit-là son ami du quinze de France et de l'US Dax. Je me rappelle que des rumeurs commençaient à être colportées, laissant entendre qu'on se dopait et que c'était à cause de ça. Une autopsie en bonne et due forme a été pratiquée et heureusement, elle a conclu à un accident, une "fausse route "tragique. » Talonneur pour le dernier test à Sydney, Louis Armary suppose « qu'aujourd'hui, la famille aurait pris un avocat. Les médias étaient différents en ce temps-là, c'est vrai. La société n'était pas la même. Au début, la famille pensait qu'on ne lui avait pas tout dit, qu'on cachait quelque chose. Sa femme m'a appelé, plusieurs fois, et je lui ai toujours répété la même chose : c'est la fatalité, rien d'autre. Il ne s'est rien passé de spécial cette soirée-là. »

 

Selon l'Humanité et L'Équipe, citant un communiqué du parquet de Nouméa, les causes de la mort seraient dues à une « inhalation de liquide gastrique qui a obstrué la trachée-artère et provoqué l'asphyxie. » En d'autres termes, ajoutent les articles d'époque, « après avoir ingéré une grande quantité d'alcool, il est mort en s'étouffant avec son vomi. » Arrivé sans délai sur les lieux, le médecin du quinze de France, le docteur Jean Pène, ne peut que constater le pire.

 

« Le Samu est arrivé aussitôt après, avec un autre médecin, déclarait-il dans L'Équipe. Nous avons conclu qu'il s'agissait d'une classique fausse route, c'est-à-dire qu'il a vomi en étant allongé sur le dos et a inhalé son vomi qui a obstrué la trachée-artère et les bronches. Il est mort de ce qu'on appelle le syndrome de Mendelson. L'autopsie n'a révélé aucune trace de traumatisme crânien ou d'hémorragie interne qui auraient pu être les conséquences d'un choc reçu pendant le match à Sydney. » Dans les colonnes du Monde, le docteur Pène indique que la mort serait due à « un arrêt cardiaque par anoxie », c'est-à-dire en raison d'une diminution de l'oxygène distribué par le sang.

 
Un match amical maintenu malgré le drame

Au téléphone, Daniel Dubroca a la voix qui blanchit. « Vous voyez, j'ai l'émotion qui remonte. On avait vécu ensemble un mois au bout du monde et un peu seuls au monde. Vous imaginez le choc. On parlait de lui encore récemment avec Pascal Ondarts. Il était impossible de se fâcher avec un homme de cette qualité. C'était une soirée organisée pour célébrer notre victoire en Australie et notre passage en Nouvelle-Calédonie. À mon avis, il y a eu un problème cardiaque. Enfin, bon... La fatigue a pu jouer aussi. C'est Bob Heyer, rentré à l'hôtel deux-trois heures après lui, qui l'a retrouvé par terre. Bob a surgi dans le couloir en hurlant comme un fou. C'est un souvenir horrible. »

 

« Louisou » Armary se souvient du moindre détail. « Je suis le dernier à l'avoir vu vivant. Comme il était fatigué, je l'avais raccompagné à pied jusqu'à sa chambre. Je lui avais retiré sa veste, j'avais approché de lui la poubelle de la salle de bains, au cas où... »

 
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Olivier Roumat et Dominique Bouet. (C. Boutroux /L'Équipe)
 

À Nouméa, le sélectionneur Jacques Fouroux ne tarde pas à prendre la parole : « Le pire est arrivé, un joueur nous a quittés », annonce-t-il. Malgré le choc effroyable, il est décidé de maintenir le match amicalo-folklorique prévue le soir même de l'affreuse découverte, contre une sélection néo-calédonienne « On pense que Dominique aurait pris la même décision »,imagine alors Fouroux. 36 ans plus tard, on peine à se représenter l'atmosphère entourant cette rencontre. « Même les blessés Serge Blanco et Thierry Devergie ont tenu à fouler le terrain en hommage à leur copain », paraît-il.

 

« J'avais demandé à ne pas jouer, se remémore Roumat. Je ne pouvais pas. Je n'étais pas en état. J'ai ce souvenir affreux du voyage retour en avion pendant lequel j'ai pleuré tout du long. La saison d'après avait été très dure à Dax. On a porté la perte de "Domi "comme un fardeau. Les années ont passé mais on ne peut pas l'oublier. Ça nous a tous marqués. Quand mon fils (Alexandre) part loin, sa mère lui rappelle toujours l'histoire de Dominique et lui dit de faire attention en soirée. » Pour tous, le voyage retour reste un traumatisme absolu. Capitaine de cette tournée, Serge Blanco dira : « Quelle tragédie, putain. Dans l'avion, il n'y avait plus de vie dans le groupe. Quelque chose s'était brisé. »

 
 

« Sur le moment, j'ai pensé que c'était l'avion, un accident d'avion »

Jean-Marie, frère du défunt

 
 

L'avion, ce fut la première pensée de Jean-Marie quand on vint l'avertir du drame. « Sur le moment, j'ai pensé que c'était l'avion, un accident d'avion, se rappelle le frère du défunt. Le drame a eu lieu pendant les fêtes de Gamarde-les-Bains, notre village. Les fêtes ont été arrêtées. » Joueur de l'US Dax, salarié de la mairie, Dominique Bouet devait fêter son premier anniversaire de mariage au retour de Nouméa. De l'international numéro 766, subsiste (un peu) le souvenir de cinq sélections et (beaucoup) celui des deux premières, les 17 juin et 1er juillet 1989, à Christchurch puis à l'Eden Park d'Auckland.

 

Ces jours-là, un pilier gauche de « métier » devenait talonneur du quinze de France alors qu'il n'avait servi à ce poste que trois matches officiels à tout casser. Nez à nez avec Sean Fitzpatrick, il ne devait pas être mécontent d'être bien calé au chaud entre les fiables épaules de Pascal Ondarts et Jean-Pierre Garuet. « C'était un drôle de phénomène, dit ce dernier. Costaud, très rapide, brave. Et capable de passer de pilier à talonneur international en un rien de temps. »

 

Il faut dire que Jacques Fouroux n'avait pas son pareil pour changer les rayures de ses zèbres en faisant par exemple du deuxième-ligne Marc Pujolle un pilier, et du pilier droit Dubroca un talonneur. « Fouroux avait ce flair pour transformer les postes des mecs, abonde Roumat. Au talon ou à gauche, Dominique vivait le rêve de sa vie. C'était quelqu'un de très humble, comme toute sa famille. Un vrai brave type. Je me rappelle ses funérailles. L'extraordinaire flanker australien Simon Poidevin avait fait le déplacement, accompagné du pilier droit qui avait échangé son maillot avec Dominique à Sydney. Il avait tenu à rendre le dernier maillot à la famille. »


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Posté 05 août 2026 - 13:26

Les destins tragiques du rugby français - Jean-François Phliponeau, l'ailier « si talentueux » foudroyé en plein match
Foudroyé sur la pelouse du Michelin en plein match en 1976, l'ailier Jean-François Phliponeau n'a jamais été oublié à Clermont qui, un demi-siècle après le drame, a entretenu sa mémoire cette année.

Quand l'impressionnant festival d'éclairs qui illuminait le ciel du Stade de France a fini par convaincre les officiels de renvoyer Toulousains et Montpelliérains à l'abri, en pleine finale du Top 14, le 27 juin (28-20), toute une génération de joueurs et de supporters de Clermont a dû accueillir cette précaution avec autant de soulagement que d'approbation. Aucun Montferrandais ne peut ignorer qu'un demi-siècle plus tôt, un Jaunard est tombé, foudroyé, en plein match, au stade Marcel-Michelin.

 
 
 
 

Le 8 mai 1976, un orage violent a ôté la vie à Jean-François Phliponeau, ailier international de 25 ans, alors que l'ASM affrontait une sélection de joueurs régionaux de Vichy et d'Aurillac. Ce jour-là, elle préparait sa finale de Challenge Yves-du-Manoir, qui devait l'opposer à Graulhet la semaine suivante. « Maintenant, ils font plus attention quand il y a un orage », fait remarquer Jean-Pierre Romeu, l'emblématique ouvreur et capitaine de l'époque. Comme tout le club et la ville, le drame l'a profondément marqué, et cinquante ans plus tard, les traces sont palpables chez ceux qui l'ont vécu de près.

 
 

« Chaque fois qu'il y a eu un orage, ensuite, je faisais rentrer tout le monde de suite, avoue Michel Ringeval, l'entraîneur de l'époque. Même quand j'ai changé de club, et les gens ne comprenaient pas trop... Je ne suis plus jamais resté à l'extérieur quand il y avait un orage. C'était tellement traumatisant. Vous ne pouvez pas prendre le risque. » Jacques Cristina, coéquipier de Phliponeau, a gardé une appréhension similaire dès que les cieux s'assombrissent. « Même encore aujourd'hui, quand il y a orage, je me sauve..., admet l'ancien numéro huit. Après le drame, on avait cette appréhension, dès qu'il y en avait un, on demandait à l'arbitre si on pouvait se mettre à l'abri. Ça faisait un état d'esprit un peu particulier. »

 
 

« Impossible de le réanimer. La trace de la brûlure faisait 10-15 cm de large, elle montait du pied gauche jusqu'à la tête. Il n'y avait aucune chance... »

Jacques Cristina

 
 
 
 
 

Le 8 mai dernier, Cristina a été invité au Michelin, avec André Dubertrand, l'autre ailier de Montferrand, pour témoigner auprès des joueurs de Christophe Urios, cinquante ans après. Avec eux, les deux septuagénaires ont déposé une couronne au pied de la plaque commémorative au nom de Phliponeau qui orne sobrement un mur du Michelin. Et ils ont raconté, encore, ce jour funeste. Sa soudaineté. Sa brutalité. « On leur a demandé si le ciel était menaçant, raconte Étienne Falgoux, pilier de l'effectif 2025-2026, et pour eux, ça ne grondait pas, aux alentours. Il y a eu un nuage, un éclair... et le drame. » Tous relatent cette même surprise. Pour certains, il pleuvait, juste, peut-être que ça tonnait, mais au loin. « Tout à coup, il y a eu un nuage très lourd et ça a pété d'un coup. C'était très violent », assure encore aujourd'hui Cristina.

 

À ce moment-là, il avait, lui, la tête dans une mêlée, côté tribune principale, quand Phliponeau était sur son aile, à l'opposé. « Je me suis relevé de la mêlée et j'ai regardé autour de moi : j'ai vu trois gars allongés par terre, se remémore le troisième-ligne. Pascal Décotte et Bernard Quinsat, eux, n'avaient pas pris la foudre, c'était l'onde de choc qui les avait fait tomber. J'ai couru vers eux, et Jean-François était couché sur le ventre, les mains repliées sur la tête. Il ne bougeait plus. »

 

Le surlendemain, l'article de L'Équipe qui relate la tragédie précisait que Cristina s'était vite précipité vers Phliponeau pour lui prodiguer des soins, avec Jean-Luc Safin, le kiné, et le docteur Lafargue, médecin du club. Lui-même médecin, Cristina voulait aider. Éviter, aussi, que d'autres coéquipiers prennent une décharge. « Impossible de le réanimer, nous a-t-il dit, la voix basse. La trace de la brûlure faisait 10-15 cm de large, elle montait du pied gauche jusqu'à la tête. Il n'y avait aucune chance... »

 
Sa femme lui avait demandé de quitter le jeu à la mi-temps

Ringeval et d'autres en sont persuadés aujourd'hui, Phliponeau est mort sur le coup, foudroyé. « Le souvenir que j'en ai, c'est qu'il est tombé d'un seul trait. Vous voyiez qu'il était mort instantanément », souffle le coach désormais octogénaire. De mémoire, Ringeval rajoute le centre Michel Luciani comme victime de ce coup de tonnerre. Notre archive du 10 mai 1976 l'inclut aussi parmi les joueurs touchés, « commotionné sans gravité ». Il a été brièvement hospitalisé, comme Quinsat et Decotte, rajoute l'article.

 

Le CHU de Clermont ne put rien pour Phliponeau, dont la femme, Annick, épousée deux ans auparavant, était présente au stade lors de l'orage. « Elle lui avait dit à la mi-temps, alors qu'il était venu lui confier qu'il souffrait d'une épaule, de quitter le jeu », rapportera même notre correspondant, Robert Boisson. Face à l'inconcevable, on cherchera des raisons où on peut, et certains de l'époque se demandent si « les conduites de l'arrosage automatique du stade auraient transmis l'arc de la foudre », voire si « les crampons en aluminium de l'époque n'avaient pas fait conducteur ». Impossible à savoir. Reste alors la mémoire.

 
 

« À Clermont, c'est indélébile et ça fait partie de l'histoire du club. Quand Dubertrand et Cristina sont venus nous voir, on sentait leur émotion, même cinquante ans après »

Christophe Urios, manager de l'ASM

 
 

« J'avais entendu parler de cette histoire à l'époque, se souvient Christophe Urios, qui avait alors 10 ans. Ça m'avait marqué. À Clermont, c'est indélébile et ça fait partie de l'histoire du club. Et l'histoire s'écrit parfois avec des titres mais aussi avec des drames. Quand les gars sont venus nous voir, Dubertrand et Cristina, on sentait leur émotion, même cinquante ans après. C'était important de ne pas l'oublier. » L'ASM version XXIe siècle cultive la mémoire de son ailier. Elle a inauguré une tribune à son nom, en mars 2007. En fin de saison dernière, elle a brodé son patronyme sur le col de son maillot d'échauffement.

 
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La tribune Jean-François Phliponeau a été inaugurée en 2007 au stade Marcel-Michelin de Clermont. (P. Boutroux/L'Équipe)
 

Mais cela dit trop peu de qui était Jean-François Phliponeau. Né en 1950 dans ce qui était alors l'Algérie française, à Fort-de-l'Eau (aujourd'hui Bordj El Kiffan), il avait rejoint Clermont en 1971, depuis la Normandie. Joueur au RC Rouen, il aura créé le club du lycée agricole, là-bas, relatait son ami Daniel Boyer dans les colonnes du Courrier Cauchois, en février 2018. Avec le temps, à Clermont, on ne saurait plus dire ce qui l'avait attiré en Auvergne. Peut-être la poursuite de ses études au lycée agricole de Marmilhat, abandonnées ensuite pour un cursus de kiné. « Et il avait dû nous être recommandé par quelqu'un », poursuit Ringeval. « Quand il est arrivé, on ne savait pas s'il allait jouer en équipe une ou pas, resitue Cristina, parce qu'il y avait quand même de la concurrence au poste de trois-quarts aile. Et il s'est fait sa place très vite ! »

 

Jean-Pierre Romeu embraye : « On ne le connaissait pas trop... Et au bout de quelques entraînements, on s'est aperçu que c'était un mec très rapide, un crocheteur, courageux en défense. C'était un petit gabarit mais tanké, quand même. Il était puissant des jambes, difficile à plaquer. On a vu qu'il avait des qualités de joueur de rugby ! Il a joué pratiquement de suite en équipe première. » Ringeval, le coach, ne tarit pas d'éloges, lui non plus, sur ce joueur « que vous remarquiez tout de suite quand il était sur le terrain », parce qu'il avait « ces changements d'appuis et de rythme » et était « capable de faire des différences sur de petits périmètres ».

 
Il a porté deux fois le maillot de l'équipe de France

Autant d'atouts qui ont ouvert à Phliponeau les portes des Bleus, en 1973. L'ailier a d'abord été convoqué pour faire partie d'une « sélection française » destinée à affronter la Nouvelle-Zélande dans un match de semaine, à Lyon, début février. Face à ces Blacks en tournée hivernale en Europe, le Montferrandais a livré duel face à un ailier de poche en pleine ascension, Grant Batty, et inscrit un essai, sans pouvoir éviter la défaite à Gerland (8-23). Qu'importe, les sélectionneurs repensent à lui pour le Tournoi des Cinq Nations, dans la foulée, et fin mars il sera titulaire pour la victoire sur le pays de Galles, au Parc des Princes (12-3).

 

« Il a, pour un débutant, affiché une belle combativité et beaucoup de bonne volonté », le notera L'Équipe dans son compte rendu. Trois semaines plus tard, pour le dernier match à Dublin, il mettra même les Bleus en position de remporter le Tournoi grâce à son essai en fin de rencontre. Mais son coéquipier Romeu manquera la transformation du match nul, qui aurait donné le titre aux Tricolores (défaite 4-6). « Je voulais la mettre, parce qu'en plus c'était le dernier match de Walter (Spanghero), se remémore l'ouvreur. Je me suis tellement appliqué... que je l'ai manquée ! Elle n'était pas dure. Mais comme je tapais du pointu, elle était du mauvais côté. »

 
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Jean-François Phliponeau avec Michel Pebeyre (à gauche) et Jean-Pierre Romeu (à droite) devant la gare de Lyon, avant le match France-pays de Galles dans le Tournoi des Cinq Nations 1973. (L'Équipe)
 

Un souvenir revient à Romeu, qui ramène un peu de sourire dans sa voix quand il évoque le destin de Phliponeau : « Il était un peu écologiste avant l'heure. D'ailleurs, on se foutait souvent de lui pour ça ! » Ringeval confirme sans hésiter. « Il était très attaché à la nature, dit le coach. Je crois bien qu'il avait, comme animal de compagnie, chez lui, un petit crocodile ! » Cristina se souvient aussi « d'un caïman. Quand je passais chez lui, ça faisait un peu peur ! C'était original... » Le troisième-ligne tient à affiner le portrait de celui qui était « non seulement un coéquipier, mais aussi un ami très proche. C'était un garçon d'une grande gentillesse, quelqu'un sur qui on pouvait vraiment compter. Il était très ouvert, on discutait beaucoup et il était toujours prêt à rendre service. » Romeu le décrit « un peu fleur bleue, qui défendait tout le monde », quand Ringeval ajoute qu'il n'avait pas « une once de méchanceté en lui ».

 

Tous ces anciens lui ont aussi rendu hommage en mai. Cinquante ans plus tard, l'émotion était toujours là. « Quand on est allé déposer la gerbe au stade, la moitié des gars pleurait encore. C'était inimaginable ce qui est arrivé. Un jeune si talentueux, si gentil. Une catastrophe comme ça », se lamente Romeu. L'association des anciens s'est occupée cette année de remettre à neuf le caveau de famille et en a racheté la concession « pour 20 ou 30 ans, dit Romeu. Et après... » Ses amis et coéquipiers ne seront sans doute plus là. Mais l'ASM continuera d'entretenir la mémoire de son ailier tombé sur la pelouse du Michelin un jour d'orage.

 
Une finale du Manoir remportée en son honneur

Programmée à la mi-ma i 1976, la finale du Challenge Yves-du-Manoir entre Montferrand et Graulhet a été reportée d'une semaine à la suite de la mort de Jean-François Phliponeau. Sous le choc pendant une semaine, jusqu'aux obsèques de leur coéquipier, les Jaunards se sont remobilisés pour le rendez-vous de Colombes. « On avait à coeur de lui rendre hommage à travers ce match, ça avait été une motivation très importante », confirme Michel Ringeval, le coach de l'époque.

 

Alors que le Championnat s'apprête à livrer son verdict le dimanche au Parc des Princes, entre un SU Agen joueur et un Béziers double tenant du titre, les Auvergnats rencontrent les Tarnais la veille, un peu plus au nord. Clermont et les alentours ont beau avoir la tête au Championnat d'Europe de basket féminin, qui se dispute dans la région avec des Bleues portées par sept joueuses du Clermont Université Club et deux anciennes Demoiselles de Clermont, tout le monde veut suivre cette finale. Et Montferrand ne la ratera pas. Ailier gauche, André Dubertrand avait tenu à porter le maillot floqué du numéro 14 de son coéquipier et ami, pour inscrire trois essais. Avec un brassard noir autour du bras gauche, les Auvergnats survolent le match 40-12, sous les yeux de l'épouse de Phliponeau. Jean-Pierre Romeu en est encore convaincu aujourd'hui : « Personne n'aurait pu nous arrêter ce jour-là. »


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#5 ZACH

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Posté 05 août 2026 - 16:55

Je me souviens encore de l’annonce à la radio ce dimanche après midi.

Comme un autre coup de foudre dans les oreilles 



#6 el landeno

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Posté 06 août 2026 - 12:08

Les destins tragiques du rugby français - Armand Vaquerin, une carrière légendaire avant une mort étrange entre roulette russe et fantasme du règlement de compte
Armand Vaquerin, pilier de légende du grand Béziers, est décédé en 1993 à 42 ans dans un bar de la ville. Une mort accidentelle au cours d'une partie de roulette russe, selon l'enquête de l'époque. Une version officielle avec ses zones d'ombre, remise en cause par certains ces dernières années.

C'était le grand Béziers, une équipe incroyable qui dominait tous les débats et les combats sur le sol français. Dix fois championne de France entre 1971 et 1984, elle est restée invaincue à domicile plus de 12 ans. Sur les forums des supporters et des nostalgiques, on lit que cette équipe était alors certainement la meilleure du monde, et que si la Coupe des champions avait existé, elle l'aurait remportée à de très nombreuses reprises.

 
 
 
 

La réussite d'un coach, Raoul Barrière, d'un collectif cohérent et puissant, composé de génies du jeu, de combattants, de solides gaillards surtout, des taiseux aussi. On peut citer Richard Astre le demi de mêlée, Alain Paco le talonneur, Michel Palmié le deuxième-ligne, Olivier Saïsset et Alain Estève, les troisième-ligne.

 

Et puis il y avait Armand Vaquerin, ce pilier gauche capable de dépanner à droite. Un phénomène (1,83 m, près de 100 kg), un monstre né en 1951 à Béziers, qui était pour les témoins de l'époque un précurseur, un pilier qui aurait pu évoluer aujourd'hui car il savait courir longtemps et manier le ballon. Vaquerin faisait peur et n'avait peur de rien, ni de personne.

 
 
 
 
 
Dix Brennus avec Béziers et une relation complexe avec le quinze de France

Il y a quelques années, Stephen Jones, journaliste du Times, l'avait placé parmi les 10 joueurs français les plus effrayants de l'histoire du rugby. Il occupait la 6e place de ce classement. Il aurait sans doute apprécié cet honneur, lui qui commençait les matches avec l'idée première de marquer son territoire et la farouche volonté de se faire respecter, de montrer qui était le patron en mêlée. L'arbitrage vidéo n'existait pas et offrait aux acteurs un peu plus de liberté dans leurs (mauvaises) manières.

 

Il avait découvert le rugby sur le tard, vers 16, 17 ans. « Comme beaucoup de joueurs de l'époque », raconte Jean Crépin, ancien journaliste de L'Équipe, qui l'a fréquenté de longues années. Vaquerin avait commencé par le foot. Il jouait attaquant. Malgré sa découverte tardive de l'ovalie et son inexpérience, il allait rapidement gravir les échelons, pour se retrouver en équipe première, la grande, celle dirigée par Raoul Barrière, lancé dans un bain dangereux, en première ligne, en face de vieux roublards, de trentenaires vicieux.

 
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Vaquerin compte 26 sélections avec les Bleus, dont ici face aux Gallois (14-13) lors du Tournoi, le 17 février 1979 au Parc des Princes. (L'Équipe)
 

En 1971, il disputait et gagnait sa première finale de Championnat de France. Il avait 20 ans. Un an plus tard, c'est le deuxième titre. Le talonneur est aussi un Vaquerin : Élie, l'un de ses frères. À Béziers, où il est né, a grandi et joué, Armand Vaquerin est une légende. Il a soulevé dix fois le Bouclier de Brennus, un record qui tient depuis 1984 et qui semble aujourd'hui impossible à battre.

Il a aussi été international à 26 reprises, jouant son dernier match contre l'Irlande (19-18, le 1er mars 1980). Il a entretenu une relation complexe avec la sélection. « C'est le moins qu'on puisse dire », se remémore Jean Crépin. Il a parfois été écarté pour des raisons obscures et nocturnes.

 
 

« Armand Vaquerin a joué son dernier match samedi dans un bar de sa ville »

Extrait de l'article de L'Équipe après sa mort

 
 

En tournée, il lui arrivait de s'éclipser, seul, dans les rues sombres et interlopes des capitales, comme en Argentine. Il ne disait jamais où il allait, et revenait quand il revenait. « Un jour, il a été rappelé, et il était tellement heureux qu'il avait décidé de fêter ça, raconte Crépin. Il m'a donc appelé pour m'inviter à manger, au Mondial, le café qu'il tenait à Béziers, avec ses parents et l'un de ses frères. On s'était retrouvés à une quinzaine dans l'arrière-salle, à manger le cassoulet préparé par sa maman. »

 
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Armand Vaquerin, ici en 1983, a remporté dix Brennus avec le grand Béziers. (L'Équipe)
 

Devant la tribune d'honneur du stade de la ville, une statue du phénomène a été érigée. Armand Vaquerin est mort il y a plus de 30 ans, le 10 juillet 1993. Mais là-bas, sur les bords de la Méditerranée, il semble bien vivant. Les anciens en parlent encore, parfois au présent. Ils ont des milliers d'histoires à raconter, certaines à dormir debout, et des anecdotes hallucinantes. En revanche, quand on aborde les circonstances de sa mort, les bouches se ferment, comme si ce qui s'était passé, à l'heure de l'apéritif, dans ce bar des Amis, place Garibaldi, devait rester dans ce petit troquet d'habitués et surtout ne pas en sortir. Les rumeurs les plus folles ont alors commencé à fleurir...

 

Le 12 juillet de la même année, L'Équipe évoquait la disparition du célèbre pilier gauche dans un article. C'est Jean Crépin qui l'avait écrit. Il était assez court, environ 2500 signes, et placé en bas de page. Le titre : « Vaquerin meurt accidentellement » Notre ancien confrère avait commencé le papier de la manière suivante : « Armand Vaquerin a joué son dernier match samedi dans un bar de sa ville, Béziers. L'ancien pilier international a en effet trouvé la mort vers 13 heures au bar des Amis au cours d'une partie de roulette russe. » Mort à 42 ans, huit ans après la fin de sa carrière...

 

Si un tel drame survenait aujourd'hui, le journaliste de L'Équipe sauterait dans un train, louerait une voiture pour se rendre sur le lieu de l'accident, afin d'essayer de comprendre les circonstances, de voir de ses yeux le lieu de l'accident, l'environnement, à la recherche sans doute d'un témoin, ou de quelques indices. Jean Crépin n'a pas bougé. « Je le confirme, et je pense qu'il ne faut pas comparer les époques. Nous, on se concentrait sur le sport, uniquement sur le sport. L'extra-sportif, on en parlait, on faisait un article, mais il n'y avait aucun travail d'investigation, on donnait l'information, quelques éléments sur la personnalité, quelques souvenirs. »

 
Un homme secret qui aimait la nuit et les soirées alcoolisées

Crépin connaissait pourtant très bien Vaquerin. « Je l'avais rencontré alors que je n'étais pas encore à L'Équipe, je travaillais pour un quotidien régional à Poitiers, et Poitiers, à l'époque, jouait en Première Division. Béziers était venu pour jouer. Armand était au bataillon de Joinville. Il n'était pas rentré avec le reste de l'équipe, il avait préféré rester deux jours supplémentaires à Poitiers avant de se rendre à Paris. Et quand je suis arrivé à L'Équipe, et que je me suis rendu à Béziers, je l'ai retrouvé. Il m'a reconnu. Ce n'était pas un grand communicant. C'était un personnage complexe, particulier. »

 

Insaisissable et étrange aussi, comme cette mort violente. Un accident donc, c'est ce que l'enquête de police a déterminé. Elle fut rapidement menée, et le dossier classé. La famille n'a pas porté plainte, ne s'est pas constituée partie civile et a accepté, sans broncher, sans chercher plus loin, la version officielle. Il a donc joué à la roulette russe avec un autre client, et a perdu, c'est ce qu'ont raconté les témoins de la scène qui n'étaient pas très nombreux : deux ou trois clients, la serveuse du bar, deux amis, et puis c'est tout. Il a tiré, le coup est parti, il s'est effondré, devant le bar.

 

C'est Alexandre Mognol qui nous apprend cela. Jeune journaliste originaire de Béziers, il s'est procuré les conclusions de l'enquête. En 2018, intrigué par les circonstances de disparition de la légende locale, il décidait de produire un podcast, « Le canon sur la tempe »Son père et son oncle ont joué à Béziers et fréquenté la star. Quatre ans après la diffusion de ce document radiophonique, sollicité par quelques témoins anonymes, il remettait ça, avec une suite, tout aussi passionnante, « La dernière tournée ». L'ensemble est un régal. Il offre, grâce à de multiples témoignages, un voyage dans la vie et la tête d'Armand Vaquerin, un homme secret qui aimait la nuit, les longues soirées alcoolisées et le Ricard. Juste avant d'appuyer sur la gâchette, il en avait commandé trois.

 
 

« On a entendu beaucoup de choses sur Armand, surtout après sa carrière »

Jean Crépin, ancien journaliste de L'Équipe

 
 

Alexandre Mognol a des doutes, ça se sent, ça s'entend. Le rapport ne le convainc pas. L'enquête a été bâclée. Un policier en convient. Il manque des morceaux au puzzle. Béziers aussi s'interroge, à voix basse, pour ne pas éveiller les soupçons. Est-ce qu'il a joué à la roulette russe, ou fait semblant de jouer à la roulette russe ? Peut-être pensait-il qu'il avait totalement vidé le chargeur ? Et si c'était un pur accident, le coup qui part, en manipulant le pistolet ? Il y a aussi le fantasme du règlement de compte : un meurtre, donc ? Dans les deux podcasts, on découvre que Vaquerin consommait de la cocaïne, et qu'il pouvait fréquenter, dans les lumières tamisées des discothèques, quelques individus peu recommandables.

 

« On a entendu beaucoup de choses sur Armand, poursuit Crépin, surtout après sa carrière. » Des choses pas très catholiques, des histoires de moeurs ont circulé. Du fantasme ? Des rumeurs ? Qu'est-il allé faire au Mexique ? Il a effectivement passé quelques années, à Manzanillo, une ville portuaire de la côte pacifique.

 

Mais pourquoi s'est-il exilé si loin ? Par amour ? Pour la beauté des fonds marins, lui qui adorait pêcher ? Pour échapper à son passé, à des amis qui ne lui voulaient pas que du bien ? Il est revenu à Béziers, au début des années 1990, seul, et quelques mois plus tard, il tombait, mort, tué par son arme. Mais pourquoi avait-il ce Smith et Wesson 357 Magnum, un calibre énorme ? Beaucoup de questions toujours sans réponses...


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#7 el landeno

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Posté 07 août 2026 - 11:28

Les destins tragiques du rugby français - « Personne ne connaît réellement les conditions de sa mort » : Pierre Lacans, la vie brisée du Peter Pan de Béziers
Fauché à 28 ans dans un accident de voiture dont les circonstances demeurent floues plus de quarante après, Pierre Lacans a laissé derrière lui un double héritage. Le souvenir d'un joueur moderne avant l'heure. Mais surtout celui d'un homme profondément bon.

Le 30 septembre, ils se réuniront de nouveau au cimetière de Conilhac-Corbières, comme ils le font depuis quarante ans maintenant. Les proches de Pierre Lacans entoureront sa mère, Maryse, déposeront une gerbe sur sa tombe, puis iront manger tous ensemble, pour saluer sa mémoire comme il a vécu sa vie, un éternel sourire aux lèvres. « Cette journée d'hommage, elle n'est jamais triste », affirme son grand pote Bernard Viviès, ancien ouvreur d'Agen et des Bleus

 

Au petit matin du 30 septembre 1985, en revanche, les larmes ont coulé aux quatre coins du Languedoc et bien au-delà. À 4h40 cette nuit-là, Pierre Lacans, âgé de 28 ans, est mort dans un accident de voiture sur la nationale 9 entre Coursan et Narbonne. Un drame qui conserve au fil des ans une part de mystère insupportable pour tous ceux qui l'ont aimé.

 

Et ils étaient nombreux à être tombés sous le charme d'un garçon « solaire », unanimement encensé. « Pour beaucoup, c'était comme perdre un membre de sa famille, témoigne Viviès. Pierre était un gars très apprécié dans le milieu. » « C'était très difficile de ne pas accrocher avec mon Pierrot, rigole Gérald Martinez, ancien demi de mêlée international du Stade Toulousain. C'était un homme tellement bon, agréable, à l'écoute. Tu ne pouvais être que fusionnel avec lui. »

 
 
 
 
 
Un treiziste devenu quinziste et qui couvrait tous les postes

Lacans était destiné à devenir le fils chéri de la famille du rugby, mais la famille élargie, puisqu'il est né 

 

 

 

 
La bétaillère, elle, fut complètement disloquée contre un platane. Ses deux passagers - Jean-Pierre Fabre (43 ans) et Henri Reilles (73 ans) - ont également été retrouvés morts. Beaucoup de points d'interrogations demeurent. La camionnette était-elle à l'arrêt au moment du choc ? Des faisceaux d'indice tendent à le prouver. Les pompiers ont relevé la présence d'une lampe électrique près du corps de l'un des deux occupants, découvert hors des débris du véhicule, comme s'il était descendu pour vérifier quelque chose. Ou pour courir après le cheval qu'ils convoyaient ? À trois kilomètres du lieu de l'accident, un équidé a été retrouvé aux abords de Narbonne, en liberté, complètement indemne.
 
La disparition du héros local a rapidement provoqué les réactions du milieu. « Il représentait pour moi le symbole de la droiture, l'archétype du garçon bien sous tous rapports, saluait le président de l'ASBH, Gaston Rouquette. Je le comparais un peu à Robin des Bois ou à Peter Pan. » Dans L'Équipe du 1er octobre 1985, le journaliste Jean Crépin avait laissé l'émotion écrire à sa place : « J'en ai chialé ! Pierre était un ami, mais ce n'est pas là le plus important. L'essentiel était qu'il n'avait que des amis, et il était apprécié partout, et par tous. »

 

 

 

 

<a data-cke-saved-href="https://www.lequipe.fr/Rugby-a-xiii/"href="https://www.lequipe.fr/Rugby-a-xiii/" _blank"="" style="background-color: transparent; color: rgb(56, 115, 184); text-decoration-line: none; line-height: 26px;">Les années ont conféré à l'accident de Lacans une symbolique crépusculaire pour le club biterrois. Après le drame, l'ASBH n'a plus tutoyé les sommets du Championnat. Son étoile a pâli. Fini le temps de l'abondance. L'instabilité a craquelé des piliers que l'on pensait inébranlables. Sans l'homme de la concorde, les querelles entre la direction et les joueurs ont rejailli. Et c'est toute une époque qui s'est éteinte, la nuit du 30 septembre 1985, dans les flammes cruelles d'un feu maudit.


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#8 Tchou

Tchou

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Posté 07 août 2026 - 12:19

Merci el landeno pour le partage de ces articles.


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#9 Le vieux Tullois

Le vieux Tullois

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Posté hier, 21:23

https://www.lamontag...rtrier_1356774/

 

 Dans le genre tragique , il y a aussi celui-là 

 

Et il y a aussi un rugbyman inconnu François Teillé, âgé de 28 ans, modeste  joueur d'un modeste petit club, le Sporting Club Tulliste, qui fut un des 99 pendus de Tulle  le 9juin 1944.






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