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les romanciers de l'Equipe


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#1 el landeno

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Posted Today, 12:41 PM

Les romanciers de « L'Équipe » (3/6) : Guy Lagorce, le journaliste qui écrivait comme il sprintait
Mort en 2023, à 86 ans, Guy Lagorce était passé des pistes d'athlétisme aux rayons des librairies après un passage remarqué à « L'Équipe » puis dans différents journaux. Une carrière sous le signe du sport et de l'écriture, comme le rappelle son épouse.
 
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Un regret. Décédé en 2023, à 86 ans, Guy Lagorce n'a jamais écrit ses souvenirs. Il aurait eu pourtant de quoi raconter, ce fils de boulanger de La Bachellerie, en Dordogne. Rugbyman poussé sur les pistes d'athlé pour sa vitesse, remplaçant du relais 4x100 m français aux Jeux Olympiques de Rome, en 1960, détenteur du record d'Europe du 4x200 m en 1'23''9, il avait basculé très vite dans le journalisme. « Après qu'il lui avait envoyé son journal des JO, intitulé Au village sans prétention, clin d'oeil à Brassens, Gaston Meyer lui avait annoncé cinq jours après les Jeux qu'il l'embaucherait à l'issue de son service militaire », écrit Vincent Duluc dans Le Roman de L'Équipe (éd. Stock), paru cette année.

 
 

Lagorce restera dix ans à L'Équipe, de 1962 à 1972, couvrant les Jeux cette fois depuis les tribunes, son passé lui assurant cependant ses entrées au village olympique. Les sprinteurs américains levant le poing à Mexico en 1968, la sanglante prise d'otages des sportifs israéliens par le commando palestinien Septembre noir à Munich en 1972, l'ancien athlète était souvent en première ligne.

 

Il quittera le journal après Munich pour d'autres journaux, France Soir, Le Figaro... Rédacteur en chef de L'Express, de 1986 à 1993, il y rencontre la traductrice et journaliste Sylvie Girard qui deviendra sa seconde épouse. En parallèle de son activité journalistique, il se met aussi à l'écriture de romans. Il en publiera treize, de Ne pleure pas, en 1976, à Quelqu'un de bien en 1999, chez Grasset. Avec de nombreuses adaptations à la télé ou au cinéma (voir par ailleurs) et plusieurs prix. Comme le Goncourt de la nouvelle 1980 pour son recueil Les Héroïques (éd. Julliard). Comme le raconte à L'Équipe, Sylvie Lagorce, il abandonnera l'écriture après 1999 pour déménager l'année suivante à Dax, dans les Landes. Pas loin de son ancien collègue journaliste et romancier Denis Lalanne, installé, lui, dans le Pays basque voisin. Mais ça, c'est une autre histoire.

 
 
 
 

« Guy Lagorce était-il fier de son parcours, de la boulangerie paternelle à ses romans primés ?
Oui, Enfin, fier, je ne sais pas si c'est le terme exact. Mais comme il disait, il est sorti des maïs. Comme journaliste, il est quand même passé par L'Équipe, France Soir, Le Figaro, L'Express... Plus un petit détour par Paris Match et TF1, dont il ne gardait pas un très bon souvenir.

 

Quels étaient ses modèles en littérature ?
Antoine Blondin, avec qui il a couvert je ne sais combien de Tours de France. Et Jean Cau. C'est grâce à ce dernier qu'il a publié son premier roman (Ne pleure pas). Il avait été envoyé spécial à la fin de la guerre du Cambodge et en revenant dans l'avion, il a eu un gros coup du mou. Il ne voulait plus du tout faire du journalisme. Après, il a recommencé...

 
 

« J'ai sous les yeux la dédicace de Jacques Goddet (le créateur de L'Équipe) : "À Guy Lagorce, que je regretterai toujours de n'avoir pas su garder près de moi" »

Sylvie Lagorce

 
 

Comment a-t-il rencontré Jean Cau ?
Il ne le connaissait que de renom. Comme il l'admirait beaucoup, il lui a envoyé le manuscrit de son premier roman. Cau l'a lu rapidement. Guy m'avait raconté que le week-end suivant, il lui a dit : "OK, bienvenue chez les écrivains." Et il l'a fait publier chez Grasset. Tout de suite ils ont été proches. Ils déjeunaient une fois par semaine, ensemble, chez Lipp. La grande préoccupation de Guy, c'était le style. C'est pour ça qu'il s'entendait très bien avec Cau. Sinon, ses références parmi les écrivains, c'était William Faulkner, JD Salinger, Jean-Patrick Manchette. Un panorama très large.

 

Comment écrivait-il ses romans ?
Il avait la réputation d'écrire très vite. Les romans, c'était du rapide, en deux mois, deux mois et demi généralement. Et j'étais bien placée pour le savoir car les quatre ou cinq derniers, je les ai tapés ! Il n'a jamais voulu se servir d'une machine à écrire ou d'un ordinateur. Il a toujours écrit tout à la main. Et il avait une écriture pas facile à déchiffrer.

 

La rapidité d'écriture, c'est une qualité de journaliste...
Je le voyais à L'Express. Il rageait contre ces rédacteurs qui n'arrivaient pas à sortir leurs papiers. Il disait : "Donne-moi ça, je te le rebâtonne en cinq minutes." Curieusement, ce point-là nous a rapprochés. J'écrivais des articles à L'Express sur la gastronomie, le tourisme et, un jour, je l'ai entendu dire à mon propos : "Non seulement, il n'y a rien à réécrire derrière, mais en plus, elle rend à l'heure. Très bien ! "

 

Pourquoi a-t-il quitté « L'Équipe » en 1972 ?
Pour sortir du sport, je crois. Pour ouvrir son horizon, découvrir d'autres choses et ça a tout de suite fonctionné. Au Figaro, il avait été embauché pour diriger les pages culturelles, pas pour le sport. J'ai retrouvé le bouquin de Jacques Goddet (le créateur et patron de L'Équipe), L'Équipée belle (éd. Robert Laffont/Stock, 1991). J'ai sous les yeux sa dédicace : "À Guy Lagorce, que je regretterai toujours de n'avoir pas su garder près de moi".

 
 

« Il m'a toujours dit qu'il courait pour gagner. À partir du moment où il s'est aperçu que d'autres couraient bien plus vite que lui, ça ne l'intéressait plus »

Sylvie Lagorce

 
 

Votre mari était aussi un grand ami de Frédéric Dard. Il aurait voulu que l'auteur des San Antonio devienne chroniqueur de L'Équipe ?
C'est ce qu'il m'a dit. Et à L'Équipe, ils n'ont pas voulu...

 

Jacques Ferran, rédacteur en chef du journal et patron de « France Football », s'y serait opposé...
La peur de déchoir ? Blondin, ok, mais Frédéric Dard, non, quand même pas! Alors que ça aurait pu faire quelque chose de pas mal, de très drôle, je crois.

 

Et pourquoi votre mari avait-il abandonné très vite sa carrière d'athlète ?
Il m'a toujours dit qu'il courait pour gagner. À partir du moment où il s'est aperçu que d'autres couraient bien plus vite que lui, ça ne l'intéressait plus. Quand il a vu Roger Bambuck arriver, il s'est dit : "OK, d'accord, j'arrête." Et après, plus jamais il n'a couru. Aucun footing.

 

Au siège historique de L'Équipe, au 10 rue du faubourg Montmartre, à Paris, il détenait pourtant le record du tour du deuxième étage.
Oui, j'ai lu ça. Et à L'Express, dans les locaux près de l'Étoile, il y avait ce qu'on appelait la piste Hô-Chi-Minh, qui faisait tout le tour, là aussi, d'une cour intérieure. C'était pareil, il avait battu le record. Dans une petite vitrine, j'ai encore ses trophées d'athlète, dont le témoin du relais record du 4x200 m, signé par les quatre coureurs (Paul Genevay, Claude Piquemal et Jocelyn Delecour, outre Lagorce).

 

Comme athlète, il avait l'esprit de compétition. Et comme écrivain, les prix littéraires, ça comptait pour lui ?
Ça comptait d'être reconnu par ceux qu'il estimait. Et il était très fier du Goncourt de la nouvelle pour Les Héroïques. Je crois que c'est un de ses livres que je préfère. Jean Cau lui en avait soufflé l'idée. Guy m'a raconté qu'il a écrit une nouvelle par jour (il y en a treize).

 

Dans le livre, il n'évoque pas que l'athlétisme mais parle aussi de tennis, d'escrime, de football, de rugby...
En réalité, son tout premier sport avant l'athlétisme, c'est le rugby. Je ne sais pas qui l'a repéré et lui a dit : "Essaie l'athlétisme, quand même." Avec la tauromachie, la grande passion de Jean Cau aussi, le rugby est l'une des raisons de notre installation à Dax. Moi, je suis née à Paris, j'y ai fait mes études et j'y ai rencontré Guy. Mais j'ai été tout de suite emballée. En plus à Dax, il y avait Pierre Albaladejo, Jean-Pierre Bastiat, Jean-Pierre Lux, Jean-Louis Bérot... Que des amis.

 

Son dernier livre, que vous cosignez, est aussi sur le sport, "Portraits légendaires de la boxe" (éd. Tana, 2014).
On l'a écrit ensemble. Je l'avais poussé. Je connaissais un éditeur qui avait fait plusieurs bouquins sur les grandes figures du jazz, du cinéma, etc. Je lui ai dit qu'il fallait écrire sur la boxe. Comme je n'étais pas sûre que mon nom suffise à le convaincre, je lui ai dit : "J'amène Guy Lagorce." Sinon, ça faisait douze, treize ans que Guy n'avait rien écrit.

 

Pourquoi ?
Il ne voulait plus. Il disait : "J'ai assez écrit, maintenant, je lis les autres." Sinon, il écrivait de temps en temps pour Sud-Ouest quand on le sollicitait. Mais ça ne lui manquait pas. »

 
 
Plusieurs romans adaptés sur petit et grand écran
Guy Lagorce a eu le bonheur de voir plusieurs de ses livres adaptés à la télévision et au cinéma. « Il aimait ça, confie sa veuve, Sylvie Lagorce. Il signait les adaptations de ses romans. Et, moi, je les tapais. Taper un roman, ça va, mais un scénario, vraiment, c'est terrible. Il faut centrer les dialogues, tout ça... Non, la mise en page des scénarios, bonjour. »
Son premier roman, Ne pleure pas (éd. Grasset, 1976), Prix Maison de la presse, devient, deux ans après sa sortie, un film réalisé par Jacques Ertaud. TF1 coproduit, au casting Sylvain Joubert, Charles Vanel, Ginette Garcin et Charles Gérard qui joue un entraîneur de boxe. Goncourt de la nouvelle en 1980, Les Héroïques (éd. Julliard) est adapté en téléfilm dès 1981 avec Joël Santoni à la réalisation. Dans la distribution, Caroline Cellier, Guy Marchand, Mort Schuman, André Pousse...
Autre téléfilm, La Vitesse du vent, diffusé en 1983 sur TF1, tiré du roman éponyme datant de 1977. À la réalisation, Patrick Jamain, avec encore une fois Sylvain Joubert, Georges Beller et Michel Constantin, ancien international de volley et lui aussi, ancien journaliste de L'Équipe.
Le grand réalisateur Yves Boisset (Dupont Lajoie, Le Prix du danger...) est, lui, un ami proche. « Avec Yves, on se voyait pratiquement tous les quinze jours, se souvient Sylvie Lagorce. C'était un passionné de boxe et on l'avait fait venir dans le Sud-Ouest, il voulait découvrir la tauromachie. » Boisset met en scène deux scénarios de Lagorce : Les Carnassiers, en 1992, avec Jean Carmet, Wadeck Stanczak et Catherine Wilkening, d'après un roman du même nom paru en 1981. Puis Une leçon particulière, avec Roland Giraud et Clotilde Courau, d'après un scénario signé de Guy Lagorce et de son fils Guillaume Lagorce, en 1997. Autre scénario, très sportif, celui des Duchesnay, la glace et le feu, de Richard Martin avec Geneviève Rioux et Michel Bérubé dans le rôle des deux patineurs médaillés d'argent pour la France aux Jeux d'Albertville en 1992. Une production soutenue par Canal+ et M6.
Enfin, en 1994, le réalisateur de La Gifle et de La Boum, Claude Pinoteau, sort Cache cash tiré des Dieux provisoires, roman de 1992. Avec un casting prestigieux : Michel Duchaussoy, Georges Wilson, Sophie Broustal, Jean-Pierre Darroussin, Jean Carmet, dont c'est le dernier film et les tout jeunes Aurélien Wiik et Joséphine Serre. V. H.

 



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Série Les romanciers de « L'Équipe » (1/6) : Antoine Blondin et les Hussards à l'assaut de la Grande Boucle
Dès ses premières années, « L'Équipe » accueille des écrivains dans ses colonnes comme chroniqueurs, pour couvrir notamment le Tour de France. Parmi eux, Antoine Blondin bien sûr, et plusieurs de ses amis.

En quatre-vingts ans, L'Équipe a toujours fait appel à des écrivains pour assurer des chroniques dans ses pages. Une vielle habitude de la presse, notamment de L'Auto, son ancêtre interdit à la Libération. Sur le Tour de France 1939, le quotidien sportif confie ainsi une tribune à tour de rôle à vingt auteurs différents, de Pierre Mac Orlan à Henri Jeanson.

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Avec le retour du Tour, à partir de 1947, L'Équipe reprend cette tradition. Sur l'édition 1949, Jacques Goddet, le patron du journal et de la Grande Boucle, ne fait pas appel à un écrivain mais à deux chansonniers, Gabriello et Jacques Grello. Ce dernier est aussi présent les deux Tours suivants. On lui doit l'expression « le pédaleur de charme » collée à Hugo Koblet, le vainqueur 1951. « Ses chroniques portaient le témoignage d'une réelle compétence, nourrie par sa profonde passion pour le Tour, écrit Goddet, dans L'Équipée belle (éd. Robert Laffont/Stock, 1991). Nous lui devons cet aphorisme plein de sensibilité : "Il a dû être bien malheureux le petit garçon qui n'a pas rêvé un jour de gagner le Tour de France." »

 
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Roger Nimier stylo à la main, en 1954. (Roger Viollet)
 
 
 
 

En 1952, pas de Grello sur le Tour mais un nouveau chroniqueur ainsi présenté : « Un romancier célèbre dans L'Équipe du Tour ». Ce « romancier célèbre » n'est pas encore Antoine Blondin mais un confrère, Prix Interallié l'automne précédent pour Bande à part (éd. Gallimard) : Jacques Perret. L'auteur du Caporal épinglé (1947, adapté au cinéma par Jean Renoir en 1962) a commencé à écrire dans L'Équipe en mars 1952, pour les Six Jours de Paris, puis pendant Roland-Garros. « Enfin je sais gré au Tour de m'avoir offert, sur plus de 4 000 kilomètres, un défilé presque ininterrompu de visages radieux, affirme Perret à la fin de l'épreuve. J'ai passé en revue les Français, ils avaient tous le sourire et l'enthousiasme, c'est une vision qui vaut le déplacement. »

 

Cet ancien résistant écrit en parallèle dans d'autres journaux, beaucoup plus marqués politiquement. Comme Aspects de la France, qui a pris la suite de l'Action Française royaliste et antisémite. Au milieu des années 1950, on retrouve sa signature dans la revue hebdomadaire Arts que dirige Jacques Laurent, et dans laquelle écrivent également Roger Nimier et Antoine Blondin. Le trio Laurent-Nimier-Blondin est au coeur d'un texte de Bernard Frank dans Les Temps modernes, en 1952, Grognards et Hussards.

 
Ancrage politique à droite toute et mépris pour la littérature engagée issue de la résistance

Voilà ces Hussards donc, à qui on associe souvent Michel Déon. Des écrivains jeunes, à peine 30 ans, à la plume alerte et vive et au mode de vie désinvolte. Politiquement, ils sont à droite toute, défendront plus tard l'Algérie française, et n'affichent que mépris pour la littérature engagée à gauche issue de la résistance, Albert Camus et surtout Jean-Paul Sartre. « En fait, les Hussards, c'était d'être contre Sartre », résume Blondin à Pierre Assouline dans Le Flâneur de la rive gauche (éd. François Bourin, 1988). Par ailleurs, ce sont pour la plupart de grands amoureux de sport, comme un de leurs modèles, Paul Morand.

 

Le hussard Blondin débarque sur le Tour de France, en plein milieu de l'épreuve, le 19 juillet 1954. Première chronique : « Du Pin et des jeux ». Le peloton traverse alors les Landes... Ce n'est pas son premier texte pour L'Équipe, pour qui il collabore depuis avril de la même année. « Blondin a été invité à écrire sur le Tour car Jacques Perret ne pouvait pas assurer la totalité de la course cette année-là, indique Alain Cresciucci, auteur d'Antoine Blondin (éd. Gallimard, 2004). Il a fait quatre étapes. Puis Perret lui a succédé... » Le 23 juillet, Perret commence ainsi son texte : « La rubrique où me voici engagé fonctionne comme une course de relais, et mon tour est venu d'entrer en piste. Haletant et poussiéreux, Antoine Blondin me tend son crayon pointu, tiède encore des dernières métaphores. Je le saisis au vol et je démarre. La succession n'est pas si facile. »

 
Blondin, 524 chroniques sur le Tour et plusieurs Jeux Olympiques

Par la suite, l'auteur de L'Europe buissonnière (éd. Froissart, 1949) ne va rater aucune Grande Boucle pour L'Équipe jusqu'en 1982. Sauf en 1958, pour écrire, enfin tenter d'écrire, Un singe en hiver pour son éditeur, La Table ronde. Au total, Blondin signe 524 chroniques sur le Tour mais, pour le journal, il couvre tous les sports, suit ainsi plusieurs Jeux Olympiques et Championnats d'Europe d'athlétisme. « Il paraîtrait que sur l'ensemble des écrivains qui se sont intéressés au sport, je serais peut-être finalement un des meilleurs, confie-t-il ironiquement à Assouline. Je serais presque plus fort que Montherlant et Giraudoux. »

 
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Jean Gabin et Jean-Paul Belmondo dans « Un singe en hiver », film réalisé par Henri Verneuil et adapté du roman éponyme d'Antoine Blondin. (United Archives GmbH/Alamy Stock Photo/Icon Sport)
 
 
« Un Singe » plutôt que le Tour
En 1958, Antoine Blondin est forfait pour le Tour de France. Déjà à l'ouvrage sur la Grande Boucle en 1952 et en 1954, Jacques Perret le remplace. « S'il n'a pas suivi le Tour 1958, c'est pour livrer Un singe en hiver, rappelle son biographe, Alain Cresciucci. Enfin, en principe... » Une fois Charly Gaul vainqueur à Paris, le roman n'est guère plus avancé. Et Blondin reprend ensuite sa collaboration avec L'Équipe pour les Championnats d'Europe d'athlétisme, fin août, à Stockholm.

Dans Antoine Blondin (éd. Gallimard, 2004), Cresciucci raconte l'accouchement difficile du roman. Son éditeur à La Table ronde, Roland Laudenbach, espère maintenant le livre le 20 juin 1959, à cinq jours du départ d'un Tour que Blondin suivra bien cette fois. Le manuscrit sera envoyé, depuis Biarritz, le 8 septembre... Après de nombreux allers-retours, Un singe en hiver paraît fin octobre. Ce sera un succès public, 85 000 exemplaires vendus les premiers mois selon Cresciucci citant Paris Presse. Plus le Prix Interallié.

Dans sa biographie, Cresciucci relève plusieurs références à L'Équipe dans le roman. Gabriel Fouquet, le personnage principal (joué par Jean-Paul Belmondo dans l'adaptation au cinéma par Henri Verneuil, en 1962), évoque Blondin lui-même. Albert Quentin (Jean Gabin), l'hôtelier de Tigreville, partage, lui, outre le prénom, certains traits avec Albert Baker d'Isy, « le meilleur journaliste de sport de toute sa génération », selon son collègue de la rubrique cycliste, Pierre Chany.

Compagnon de Blondin sur les routes du Tour, Chany apparaît aussi, via le « boulevard Aristide-Chany ». Ancien athlète devenu journaliste, Michel Clare, lui, a droit au « calvaire de Saint-Clare ». Le responsable du secrétariat de rédaction, Bernard Kroutchtein, devient Sir Walter Kroutchtein. Quant aux deux spécialistes de rugby, et amis de Blondin, Denis Lalanne et Henri Garcia, déjà figurants en gendarmes dans son roman précédent, L'Humeur vagabonde (éd. La Table ronde, 1955), les voilà de retour. « Ceux-ci (les gendarmes), qui se nommaient Garcia et Lalanne, fraîchement mutés d'un village des Charentes, n'avaient pas l'oreille du pays. Autant admettre qu'ils n'entendaient rien à ces témoignages formulés dans le style bas-normand. »
Le 1er décembre 1959, L'Équipe annonce en une le succès d'Antoine Blondin à l'Interallié. Et lui consacre quasiment l'intégralité de la dernière page. Avec ce message écrit en lettres capitales : « LES LECTEURS DE L'ÉQUIPE AVAIENT DEPUIS LONGTEMPS APPRÉCIÉ SON TALENT ».

Sur les routes de France, dans la voiture 101 du journal, avec Pierre Chany, la plume cyclisme de L'Équipe, l'écrivain n'en oublie pas pour autant la littérature. Le 4 juillet 1961, il consacre sa chronique à la mort d'Ernest Hemingway, « Hemingway parmi nous ». « Le lendemain, Nimier m'appelle. "Petit con ! Hemingway, c'est bien mais Céline, c'est mieux." Il venait de mourir lui aussi, alors le lendemain, j'ai fait un papier sur Céline à la place de je ne sais plus quelle étape... » (Le Flâneur de la rive gauche).

 

Roger Nimier ne pourra bientôt plus engueuler son meilleur ami : le 28 septembre 1962, l'auteur du Hussard Bleu (éd. Gallimard, 1950) se tue au volant de son Aston Martin. Une mort dont Blondin ne se remettra jamais vraiment.

 
Un amour immodéré pour l'alcool, et une passion guère plus modérée pour le sport

Nimier aussi a écrit dans le quotidien de la rue du Faubourg-Montmartre. Au moins une fois comme le relève Alain Cresciucci, le 6 mars 1956, à l'occasion des Six Jours de Paris. « Ça s'appelle "Perse à Grenelle", détaille le biographe de Blondin. Comme toujours chez Nimier, c'est un peu hermétique, très snob, un peu désinvolte. Il a dû écrire ça très vite. Mais bon, c'est assez marrant. Et à la fin, il cite Perret : "Vers trois heures tous les matins, Jacques Perret vient s'installer sur les gradins supérieurs et souffle dans un cor de chasse pour exprimer des sentiments indéfinissables." »

 

Avec Nimier, le meilleur ami de Blondin s'appelle peut-être Kléber Haedens. Une sorte de grand frère des Hussards, né en 1913, neuf ans avant Blondin. L'auteur d'Une histoire de la littérature française (éd. Julliard, 1943) partage beaucoup avec lui, les idées politiques au départ, un amour immodéré pour l'alcool, et une passion guère plus modérée pour le sport, notamment le tennis et le rugby.

 
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Kléber Haedens, Antoine Blondin et Roger Nimier. (Frédéric Haedens/Archives BDIC-La Contemporaine)
 

Comme Blondin, Haedens parle sport et littérature dans différents journaux mais aussi dans des livres, comme dans son roman Adios (éd. Grasset, Grand Prix du roman de l'Académie française 1974). « Haedens, c'est l'un des personnages clés de cette époque, selon Alain Cresciucci. Il faut lire Adios, son testament romanesque. Ça commence par un Galles-France à Cardiff, où Jean Gachassin avait vu sa passe interceptée alors que la France était sur le point de gagner (défaite 8-9 lors du Tournoi des Cinq Nations 1966). »

 
Défenseurs des frères Boniface et promoteurs du French Flair

« En tennis, une de ses idoles, c'était Ken Rosewall, se souvient de son côté son neveu, Francis Haedens, ancien journaliste tennis à L'Équipe. Parce qu'il avait un jeu extrêmement élégant par rapport aux cogneurs. En matière de sport, il préférait l'élégance et la finesse à la puissance. » En rugby, grands défenseurs des frères Boniface, Haedens et Blondin sont ainsi les promoteurs de ce qu'on va appeler « le French Flair ». Et si, a priori, il n'a pas écrit dans L'Équipe, à sa mort, en 1976, Kléber Haedens a droit à une belle nécrologie dans le journal, signée Henri Garcia (« Adios, Kléber »). En plus d'un article dans France Football !

 

« Kléber Haedens était notre bon maître, écrit Garcia, qui dirigera la rédaction de L'Équipe à la fin des années 1980. À l'heure où tant d'intellectuels de salon donnent du sport de compétition une image monstrueuse, inquiétante, et voudraient le voir réduit à n'être plus qu'un exercice de style, Kléber, avec sa carrure, son goût épicurien de la vie, son étonnant équilibre entre la sagesse d'un vieux druide et la passion d'un junior, était là pour nous montrer le chemin. »

 

Le chemin indiqué par Haedens et Blondin, plusieurs plumes du quotidien vont le suivre. Pierre Chany, Guy Lagorce, Denis Lalanne... tous se mettront à écrire des romans, parfois poussés par Blondin lui-même. Et souvent dans la maison d'édition historique des Hussards, La Table ronde. Mais ça, c'est une autre histoire.



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Série Les romanciers de « L'Équipe » (2/6) : Comment Pierre Chany rata de peu l'Interallié pour son premier et unique roman
En 1971, pour son premier et unique roman, « Une longue échappée », l'historique plume du cyclisme dans « L'Équipe » a raté de peu ce prix prestigieux. Une désillusion pour celui qui renoncera dès lors à la fiction.
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Tout sauf une surprise. Le 6 décembre 1971, le dernier des grands prix de la saison littéraire, l'Interallié, est décerné depuis le restaurant Lasserre, à Paris, à Pierre Rouanet, pour Castell, publié chez Grasset. Attendu donc. L'Interallié est traditionnellement dévolu aux journalistes. Ça tombe bien, Rouanet dirige le service politique du Nouvel Observateur. Le prix a aussi la réputation d'être une chasse gardée de Grasset. La maison de la rue des Saints-Pères l'emporte à huit reprises entre 1965 et 1973... La victoire de Rouanet est acquise dès le premier tour, par 7 voix contre 1 à Claude Breuer, pour Une journée un peu chaude (éd. Robert Morel) et 3 à Pierre Chany pour Une longue échappée (éd. La Table ronde). Le premier roman du grand spécialiste du cyclisme à L'Équipe. Le dernier aussi.
Début décembre 1971, Pierre Chany doit bientôt fêter ses 49 ans. Ce « jeune » romancier est un des piliers d'un journal qu'il a rejoint en 1953. Et où il s'est vite imposé comme la référence absolue du cyclisme. Jacques Anquetil ne répète-t-il pas : « Ne me demandez pas de vous raconter ma course, il y a plus compétent que moi. J'attends de lire demain l'article de Pierre Chany dans L'Équipe pour savoir ce que j'ai fait, pourquoi et comment je l'ai fait... »
 

En 1960, il publie son premier livre, Les rendez-vous du cyclisme ou Arriva Coppi, à La Table ronde déjà. Un ouvrage didactique sur son sport favori, inspiré de Mort dans l'après-midi (éd. Gallimard, 1938), d'Ernest Hemingway, sur la tauromachie. Quant au choix de son éditeur, c'est simplement celui de son compagnon de la voiture 101 sur les routes du Tour de France, Antoine Blondin. Entre l'écrivain marqué à droite, chroniqueur de L'Équipe depuis 1954, et l'ancien résistant, passé par le quotidien communiste Ce Soir, une amitié indéfectible existe.

 
 
 
 
 

« Je lui promets d'écrire un livre s'il s'y met lui aussi »

Pierre Chany évoquant un défi lancé à Antoine Blondin

 
 

Blondin est aussi à l'origine d'Une longue échappée, comme l'a confié Chany à Christophe Penot dans Pierre Chany, l'homme aux 50 Tours de France (éd. Cristel), paru juste après la mort du journaliste, en 1996. Après Monsieur Jadis ou L'école du soir, sorti en 1970, Blondin hésite à entamer un nouveau livre. « Fatalement, on en vient à se lancer des défis, raconte Chany. Je lui promets d'écrire un livre s'il s'y met lui aussi. On se tape dans la main. Je commence mon roman... J'y travaille... Je l'ai presque terminé... » Blondin, lui, n'a rien commencé.

 

Fin août 1971, sort donc Une longue échappée. Chany, « échappée », l'ombre de Blondin... le roman parle forcément de vélo. En réalité, pas du tout. « Le titre était raté, il l'a toujours regretté », avançait Christophe Penot en 2022. On trouve bien des références cyclistes au fil des pages mais elles sont rarissimes. Comme cette évocation furtive du double champion de France Émile Idée (mort à 104 ans, fin 2024).

 

La dimension autobiographique de l'ouvrage se rapporte plutôt à la première partie de la vie de Chany : son origine auvergnate, son passé de serrurier, sa guerre, sa résistance... L'histoire est âpre, dure, ambiguë. C'est celle de Jean Pradier, serrurier donc, résistant mais aussi cambrioleur la nuit et détrousseur de cadavres. Un héros déserteur, qui rappelle parfois L'Étranger d'Albert Camus.

 

De son côté, pendant l'été 1971, Blondin se démène pour le roman de son ami. Il écrit ainsi à Roland Laudenbach, le patron de La Table ronde : « Demande-lui (à François Triomphe, l'attaché de presse maison) par la même occasion d'envoyer un livre de Pierre à René Fallet (passage de la Réunion, Paris) que j'ai alerté pour qu'il essaye d'écrire un article dans Les Lettres françaises où il a ses entrées (ou partout ailleurs). J'ai également écrit à Gabrielle Rolin (impérativement à la Roger) et à Kléber (suggestivement), que je dois rencontrer en douce dans une auberge des Landes avec Boniface (André)... P.S. J'écris un autre article sur Pierre pour le Popu du Centre » (À mes prochains, lettres de Blondin réunies par Alain Cresciucci, éd. La petite Vermillon, 2009). Il conseille aussi le livre à son ami Kléber Haedens : « Rien à voir avec le vélo dans cet étrange premier livre où l'auteur ne parle pas de soi. »

 
 

« D'entrée de jeu, les marques éclatantes de la réussite colorent ce premier livre, qui présente tant de maîtrise pour si peu de roublardise »

Antoine Blondin, dans « Le Figaro », à propos du roman de Pierre Chany

 
 

Le lobbying de Blondin semble payer, les critiques sont bonnes. Dans Le Monde : « Pierre Chany, un de nos meilleurs chroniqueurs sportifs, mène tambour battant ce récit amer et gouailleur où la tendresse rôde bouche cousue. C'est une sorte de Pépé le Moko dépoussiéré qui n'attend qu'un nouveau Gabin ». C'est signé « G.R. », peut-être Gabrielle Rolin...

 

Dans Le Nouvel Observateur : « Il (l'auteur) raconte tout simplement, mais avec une attention extrême, une rare précision, un sens de l'écriture qui étonne dans un premier roman. » Dans Le Figaro, Blondin lui-même, soutient son ami. « J'ignore quelle sera la carrière littéraire de Pierre Chany, que j'ai rencontré au long des routes du Tour de France, où la rigueur de sa pensée, la droiture de son propos, la richesse de sa plume, lui assurent une espèce de papauté sur le cyclisme écrit sous la dictée du vent. Mais d'entrée de jeu, les marques éclatantes de la réussite colorent ce premier livre, qui présente tant de maîtrise pour si peu de roublardise. »

 
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Pierre Chany, assis devant, et Antoine Blondin, debout à droite, dans la mythique 403 de « L'Équipe » sur le Tour de France 1959. (L'Équipe)
 

Le livre se retrouve alors dans la sélection de l'Interallié. Un prix que Blondin connaît bien : il l'a emporté en 1959 pour Un singe en hiver et il siège dans le jury. Comme un de ses meilleurs amis, à qui il a conseillé le Chany : Kléber Haedens. Dans Le Flâneur de la rive gauche, ses entretiens avec Pierre Assouline (éd. François Bourin, 1988), Blondin dévoile quelques coulisses peu reluisantes des prix littéraires : « Je me suis aperçu d'une chose (...), c'est qu'en fait certains jurés essaient de toucher de l'argent pour voter. (...) Un de mes amis que j'aimais beaucoup, intime, quand on votait le lundi, le mercredi précédent, il avait pratiquement vendu pour 500 000 anciens francs sa voix. Mais si le samedi, un autre lui offre un million, alors il a voté pour son million. » Si Blondin ne cite pas de nom, Assouline évoque, lui, celui d'Haedens, un auteur Grasset...

 

Aurait-il voté Rouanet, de la même maison ? A priori non, si l'on en croit cette fois Jacques Brenner. Dans le tome IV de son Journal (éd. Pauvert, 2008), ce critique et écrivain indique qu'Haedens a voté pour... Claude Breuer, arrivé en troisième position derrière Rouanet et Chany avec une seule voix, la sienne donc.

 

Parmi les trois voix pour Chany, on imagine celle de Blondin. Car, contrairement à ce qu'il affirmera plus tard à Pierre Assouline, il est toujours membre du jury au début des années 70. Il ne le quittera qu'en 1975, avec comme explication, « une immense lassitude devant les inévitables pressions exercées sur les membres du jury. Habitant le Limousin, je considère que ce jeu ne vaut pas le voyage à Paris. »

 
 

« On peut très bien vivre sans écrire des romans ! On peut même vivre sans écrire du tout ! »

Pierre Chany

 
 

Lors du déjeuner chez Lasserre, Blondin a-t-il vraiment défendu son ami ? « Chany m'a raconté avoir été hyper déçu de ne pas avoir l'Interallié, assure Christophe Penot. Il soupçonnait même Antoine de ne pas avoir été à fond pour qu'il ait le prix. Mais bon, Antoine n'était pas toujours fiable... Un coup de trop et c'était fini. »

 

Après cet échec, relatif, Chany paraît désabusé sur la suite de sa carrière littéraire. « Il trouvait que le milieu littéraire avait ce désavantage par rapport au milieu sportif, qu'on ne sait jamais qui est le vrai vainqueur, estime Penot. Quand on perd de quelques voix l'Interallié, on n'est pas sûr que tout se soit passé comme il faut. Bref, en littérature, il n'y a pas de vérité. »

 
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Pierre Chany (lunettes), Georges Brassens et Raymond Poulidor sur Paris-Roubaix 1971. (L'Équipe)
 

Il n'y aura donc jamais de deuxième roman signé Pierre Chany, malgré un projet intitulé « le Forcené ». Dans le magnifique papier consacré à son maître et ami Pierre Chany dans L'Équipe magazine, en 1996, Philippe Brunel, écrit ainsi : « Certains voyaient en lui un futur Goncourt mais, bizarrement, ce coup d'essai n'eut pas de suite. Il en conçut de l'amertume, un vague sentiment d'injustice, l'idée que les cartes seraient toujours biseautées dans les hauts lieux de l'édition. »

 

Interrogé par Christophe Penot, Chany livre cette réponse : « D'abord, on peut très bien vivre sans écrire des romans ! On peut même vivre sans écrire du tout ! » Avant d'ajouter : « C'est vrai que j'ai toujours rêvé d'en écrire un deuxième - le Forcené ou un autre -, mais le temps, ou le courage, ou la concentration m'a manqué. Je n'ai jamais su briser cette spirale qui fait qu'on me demande sans cesse d'écrire des papiers ou des livres sur le cyclisme. »

 

Peut-être aussi que Chany n'était pas fait pour la fiction. « Pour lui, un fait est un fait, avance Penot. C'est un romancier de l'action mais il lui manque la sensibilité d'un Joseph Kessel par exemple. À L'Équipe par exemple, Pierre était un soupçon meilleur journaliste que Denis Lalanne. Et Lalanne, un soupçon meilleur romancier que Pierre Chany. »

 

Parmi ses collègues au 10 rue du Faubourg Montmartre, certains en effet, comme Denis Lalanne ou Guy Lagorce, s'aventureront bien plus loin dans l'écriture de romans. Mais ça, c'est une autre histoire.

 
 
Jean Portelle, primé puis oublié
Le Prix Interallié a récompensé plusieurs chroniqueurs de L'Équipe. Comme Jacques Perret en 1951 pour Bande à part (éd. Gallimard), Antoine Blondin pour Un singe en hiver (éd. La Table ronde), en 1959, Louis Nucéra, avec Chemin de la lanterne (éd. Grasset), en 1981, ou plus récemment Laurent Binet (éd. Grasset, 2015) avec La Septième fonction du langage.
Dans L'Équipée belle (éd. Robert Laffont-Stock), le créateur de L'Équipe, Jacques Goddet, évoque un autre nom, aujourd'hui bien oublié. « Nous eûmes un jour la surprise de découvrir que nous avions abrité un authentique Prix Interallié au sein de notre rédaction de L'Équipe. Il se nommait Jean Portelle et il était pigiste occasionnel. Sa littérature dans nos colonnes se résumait aux résultats brefs d'un interclubs du dimanche. Cela confirme combien L'Équipe est une excellente école d'écriture... »
Jean Portelle a bien remporté l'Interallié en 1960, à 25 ans, pour Janitzia ou la Dernière qui aima d'amour (éd. Denoël). Mais, contrairement à ce qu'écrit Goddet, il ne s'est pas contenté d'écrire des « résultats brefs d'un interclubs du dimanche ». En 1955, il publie ainsi dans L'Équipe une série sur les coulisses peu reluisantes de la boxe.
Le jeune écrivain disparaîtra tragiquement deux ans après avoir reçu son prix. En compagnie de Claude Chaliès, auteur d'un roman policier, et de l'explorateur Robert Vergnes, il part en expédition sur l'île Cocos, au large du Costa Rica, dans le Pacifique, à la recherche d'un trésor de pirates, pour le magazine Spirou. Chaliès et lui se noient quand leur canot pneumatique chavire. Seul survivant, Vergnes sera un temps soupçonné mais bénéficiera finalement d'un non-lieu. V. H.

 


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Posted Today, 13:30 PM

Les romanciers de « L'Équipe » (4/6) - Denis par Lalanne, une vie de romans
Plume légendaire de « L'Équipe » pendant près de quarante ans, spécialiste de rugby, de tennis et de golf, Denis Lalanne a aussi publié une vingtaine d'ouvrages en parallèle, et parmi eux cinq romans, souvent à teneur autobiographique.
 
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« Il fut le grand conteur du quinze de France ». Ainsi titrait L'Équipe le 8 décembre 2019, au lendemain de sa mort, à 93 ans, pour rendre hommage à Denis Lalanne. De 1955 à 1992, le journaliste a illuminé les pages rugby mais aussi tennis et golf du journal, trois sports qui l'ont passionné toute sa vie. « Enfant du jazz et fan d'Yves Montand, qu'il imitait joliment dans Battling Joe, Denis Lalanne n'eut pas son égal pour mettre cette passion en musique, écrit alors Pierre Michel Bonnot. Une petite musique des mots très personnelle et des titres frisant l'alexandrin, sous lesquelles perçait une animosité tenace pour la race des « gros pardessus » fédéraux - terme de son invention au même titre que « cadrage-débordement » ou « troisième mi-temps » - et un dédain farouche pour des règles toujours plus liberticides et pour les arbitres qui les appliquaient sans discernement... »

 
 

Sa petite musique, Lalanne l'a fait aussi entendre dans une vingtaine de livres, de l'acclamé Grand Combat du XV de France (éd. La Table ronde) en 1959, à un cinquième et dernier roman, Dieu ramasse les copies (éd. Atlantica) publié l'année de sa mort. À chaque fois, Lalanne en profitait pour se raconter d'une manière ou d'une autre. En 1992, officiellement retraité du journal, il sera une année encore chroniqueur à L'Équipe. Comme beaucoup d'écrivains avant lui, et beaucoup d'autres après. Mais ça, c'est une autre histoire.

 
Son récit culte : « Le Grand Combat du XV de France »

En 1958, l'équipe de France de rugby sort victorieuse de sa première tournée en Afrique du Sud. Denis Lalanne est l'envoyé spécial de L'Équipe mais en raison du coût des transmissions, ses articles sont en vérité largement écrits par son collègue Robert Roy, qui brode à partir de ses courts télégrammes. De retour en France, il reprend ses notes non utilisées et grâce à Antoine Blondin, La Table ronde publie dès début 1959 Le Grand Combat du XV de France. Dans Le Temps des Boni (éd. La Table ronde, 2000), Lalanne évoque, avec beaucoup de modestie, ce livre qui le lancera comme une référence de la littérature de sport, au point qu'un prix à son nom est attribué depuis 2012 (voir par ailleurs) : « Pressé par l'envie comme par le temps, j'avais pissé deux cents pages d'un seul jet, sans relire et sans respirer. (...) Les lecteurs du Grand Combat, et même de redoutables critiques, n'ont pas été regardants à maintes faiblesses d'écriture, accrochés qu'ils étaient par la fougue, la sincérité et jusqu'aux enfantillages du récit. »

 
 
 
 
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En novembre 1964, Denis Lalanne présente son ouvrage « Dans la peau des Springboks » aux joueurs du quinze de France. (L'Équipe)
 

En 2002, le journaliste rendra hommage à son ami Antoine Blondin, qui l'avait appelé « le seizième homme du quinze de France », dans Rue du Bac, salut aux années Blondin (éd. La Table ronde). Sollicité une première fois pour écrire une biographie de l'auteur d'Un singe en hiver, Lalanne avait d'abord refusé : « Alors je m'étais récusé, de crainte que la biographie d'un écrivain de ce calibre eût à souffrir de mon étiquette de journaliste sportif, l'équivalent d'un bonnet d'âne au goût de l'institution littéraire. (...) C'est que nous avons eu de la chance, nous, les sportifs, les bonnets d'âne. Antoine Blondin était un frère. Il a mis de l'éclat dans notre vie et nous avons peut-être adouci la sienne. »

 
Son roman préféré : « Le Devoir de français »

Après le succès du Grand Combat, Denis Lalanne se met à la fiction, toujours à la Table ronde : Les Coquelicots de Cardiff, des nouvelles, en 1965, un premier roman, en 1968, La Girouette en deuil... En 2019, interrogé par Philippe Brunel dans L'Équipe, Lalanne reconnaissait que, pour lui, la limite entre fiction et journalisme était ténue : « disons comme (Blaise) Cendrars, oui, j'ai sublimé, à mon insu ». L'écrivain journaliste précisait alors : « Depuis ma jeunesse sous l'Occupation, j'éprouvais le besoin d'inventer, d'enjoliver les choses. Les événements étaient tellement terribles et décevants ».

 

Denis Lalanne avait 13 ans en 1939. La période de l'Occupation est au coeur de son deuxième roman, paru en 1974, Le Devoir de français : « Une romance inventée de toutes pièces, un tricot espiègle et sentimental, au sens où l'on y trouve, cousus entre eux, des rêveries de mon jeune temps et des événements certifiés par des auteurs sérieux ».

 
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Denis Lalanne et Henri Garcia en 2010. (B. Papon/L'Équipe)
 

Le héros, Julien Gasquet, partage beaucoup avec le jeune Denis Lalanne. Pensionnaire malheureux en région parisienne, Julien passe la guerre réfugié chez sa grand-mère, à Pau. Après-guerre, celui qui a aussi parfois tendance à « sublimer » la réalité, deviendra un temps journaliste sportif et couvrira notamment Wimbledon. Découverte de l'amour, auprès de sa professeure d'anglais, du jazz, du rugby, le roman aborde aussi des sujets plus graves, les engagés à la LVF, les femmes tondues à la Libération, la déportation. « Le Devoir de français fut accueilli par une critique unanime, autrement dit par un silence assourdissant, regrette Denis Lalanne dans l' « avertissement » à une réédition de son roman en poche, en 2001. Mais peut-être ne méritait-il pas un autre sort. L'auteur était novice, le propos était trop impertinent, trop blessant pour des sensibilités encore à vif, trente ans seulement après la Libération. »

 

Lalanne profite de cette réédition pour redonner le titre qu'il souhaitait au départ : « La Guerre à l'envers ». Il l'avait abandonné en raison de la parution, un peu plus tôt, de La Guerre à neuf ans, les souvenirs du scénariste Pascal Jardin, fils de l'ancien directeur de cabinet de Pierre Laval (et père du romancier Alexandre Jardin). « L'histoire que racontait mon narrateur imaginaire était, à la lettre, celle d'une "guerre à treize ans ". Il fallait empêcher les enfants de se disputer. » En plus du changement de titre, Lalanne retouche aussi légèrement son texte, de l'ajout d'une dédicace (« À Colette, tendrement, et après tout ce temps ») à la modification de la dernière page.

 
Son drôle de feuilleton : « Allez la rafale ! »

Malgré son peu de succès, Le Devoir de français devient un téléfilm, diffusé en deux parties en juillet 1978 sur TF1 et réalisé par Jean-Pierre Blanc. Ce n'est pas la première oeuvre de Lalanne adaptée sur petit écran. En 1970, avec Jean Chouquet, Denis Lalanne avait écrit pour France Inter le feuilleton radiophonique, Le Ballon d'or (ovale bien sûr). En 1977, pour Antenne 2, Yannick Andréi en tire un feuilleton en 6 épisodes, Allez la Rafale !. La rivalité assez caricaturale entre deux villages du Sud-Ouest et leur équipe de rugby respective : la Rafale de Sainte-Colombe contre la Fierté de La Bastide. Jeux de mots à foison, acteurs qui forcent sur les accents... la série, toujours visible sur le site de l'INA, n'est pas vraiment une réussite.

 

Denis Lalanne, lui-même, en convient dans Sud-Ouest, en 2017, « en raison d'un laisser-aller pendant le tournage dans les Landes. L'abondance des agapes a nui à la qualité des raccords d'une scène à l'autre. Il y a eu des bisbilles entre le producteur et le réalisateur. Je ne suis pas fier du résultat, heureusement que j'étais très ami avec Yannick Andréi, sinon cela m'aurait écoeuré. »

 

Pas totalement écoeuré, Lalanne écrira une nouvelle série pour la télévision, Salut champion, 13 épisodes diffusés sur TF1 en 1981. Les aventures d'un journaliste de sport, joué par Jacques Charrier. Au scénario, au côté de Lalanne, André-Jean Lafaurie et Charles Biétry, à la réalisation Christian Gion (Le Pion) et Just Jaeckin (Emmanuelle). « Avec Salut Champion, Denis passait à l'étage supérieur par rapport à Allez la Rafale !, a confié son compère de la rubrique rugby Henri Garcia, au magazine L'Équipe en 2021. Denis s'attaquait à des sports qu'il connaissait moins bien que les siens. Il ne se serait jamais aventuré à raconter des bêtises, alors il se documentait auprès des journalistes de L'Équipe. Le résultat est crédible. »

 
Son dernier livre : « Dieu ramasse les copies »

Denis Lalanne et Henri Garcia, directeur de la rédaction de L'Équipe à la fin des années 80, font des apparitions en gendarmes dans deux romans d'Antoine Blondin, L'Humeur vagabonde (éd. La Table Ronde, 1955) puis Un Singe en hiver (1959). Dans son dernier roman, Dieu ramasse les copies (éd. Atlantica, 2019), au tour de Lalanne d'offrir à Blondin un second rôle avec un personnage d'écrivain forcément alcoolisé.

 
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Paru en mars 2019, neuf mois avant sa mort, le livre semble comme un écho au Devoir de français de 1974, au-delà même des deux titres qui se répondent. L'action se déroule encore en partie à Pau pendant l'Occupation, avec un jeune lycéen réfugié, il y est à nouveau question d'un devoir de français noté 19 sur 20, d'une jeune professeure qui suscite l'émoi chez ses élèves, de rugby, de jazz, d'engagement dans la résistance ou la collaboration, etc., etc. Le héros s'appelle cette fois Robert Gabault dit « le Gab » (comme Lalanne était surnommé « le Dab »), futur journaliste lui aussi, avec un parcours qui évoque à la fois Jacques Chancel et le grand reporter de l'AFP, François Pelou. Comme Lalanne, Gabault passe sa retraite dans le Pays basque et écrit ses souvenirs : « On pouvait se demander comment quelqu'un qui avait tant roulé sa bosse, au lieu d'écrire le grand livre de ses aventures, pouvait s'éterniser sur le cas du petit garçon qu'il avait été, si ce n'est que la guerre l'avait marqué à la culotte, mais enfin il n'était pas le seul. »

 

Pour Dieu ramasse les copies, Denis Lalanne obtient le Prix d'Académie de la part de l'Académie française. Il ne sera pas présent à la remise du prix, le 12 décembre 2019, avec une bonne excuse : c'était le lendemain de son enterrement.

 
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Laurent Favre, journaliste du Temps (SUI), prix Denis-Lalanne en 2024. (Jean-Charles Caslot / Cristel Éditeur d'Art)
 
 
Un Prix Denis-Lalanne depuis 2012
Créé en 2012 par Christophe Penot, déjà à l'origine des prix Pierre-Chany et Jacques-Goddet dans le cyclisme, le Prix Denis-Lalanne récompense un article écrit lors de l'édition précédente de Roland-Garros. Une manière de rendre hommage à celui qui adorait tout autant le rugby, le golf que le tennis, comme il l'a raconté dans son livre de souvenirs, Trois B alles dans la peau (éd. La Martinière, 2011). Un ouvrage préfacé par Yannick Noah : « Bien sûr, Denis Lalanne, je le lisais dans L'Équipe et dans Tennis Magazine et j'en tenais toujours compte. Aux conférences de presse, je sentais qu'il me surveillait, n'en perdait pas un mot, mais qu'il ne me jugeait pas, lui, ne me condamnait pas, même quand il y avait matière. »

Les journalistes de L'Équipe ont plusieurs fois été primés : Frédéric Bernès (2013), Franck Ramella (2014 et 2021) et David Loriot (2017). En 2025, le 13e prix Denis-Lalanne est allé à Yann Bouchez, du Monde.


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Posted Today, 18:26 PM

Ça ne nous rajeunit pas....

 

 mais passionnant ...   :flowers: 






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