Plus de deux mois se sont écoulés depuis la victoire de Toulouse - la quatrième de rang - en finale de Top 14 face à Montpellier (28-20). Quelques semaines de vacances (ou de tests pour les internationaux) puis une préparation intense, et revoici le Top 14 qui pointe le bout de son nez pour une saison qui s'annonce prometteuse, dont voici certains enjeux.
Quels entraîneurs ont la pression ?
On aurait envie de dire : tous ! Même si on imagine mal Ugo Mola prendre la porte en cas de faux départ du Stade Toulousain. La fonction reste fragile, et une mauvaise série peut inciter un président à appuyer sur le bouton du siège éjectable. À l'aube de ce nouvel opus, Christophe Urios semble à un tournant avec Clermont. Sous contrat jusqu'en juin 2027 (avec une année en option), le technicien (60 ans), arrivé en Auvergne en janvier 2023, va démarrer sa quatrième saison à l'ASM. C'est souvent celle de tous les dangers concernant l'ex-talonneur. À Castres (2015-2019), il était parti fâché. À l'UBB (2019-2022), il avait été démis de ses fonctions en cours de saison. Quid à Clermont ?
Sachant que le club ne s'est pas qualifié pour la phase finale l'an dernier et que deux cadres sont déjà annoncés partants du côté de Toulon l'an prochain (Régis Montagne et Léon Darricarrère). Autres situations à surveiller : celle de Karim Ghezal au LOU, qui reste sur trois 11es places, et celle de Laurent Travers à Bayonne après le départ de Grégory Patat. M. R.
Quel club a le mieux recruté ?
Le temps des recrutements XXL à coups de joueurs estampillés « All Blacks » ou « champion du monde » est révolu, même si quelques noms ont débarqué en Top 14 (Sevu Reece, Tommaso Menoncello, Tom Willis). Idem pour les stars du quinze de France : pas de mouvement d'envergure à un an de la Coupe du monde. La stabilité est de mise. Il faut donc recruter malin.
Montpellier, sur le papier, a réussi quelques jolis coups en misant sur la stabilité, avec seulement cinq recrues. Les arrivées du pilier international Reda Wardi et du demi de mêlée Sébastien Bézy - pour compenser les départs d'Enzo Forletta (Perpignan) et Léo Coly (Montpellier) - puis du deuxième-ligne sud-africain Ruben Van Heerden, de l'ouvreur écossais Adam Hasting et du polyvalent trois-quarts Dimitri Delibes pour amener un brin de concurrence au groupe finaliste du dernier Top 14 apparaissent pertinentes. Le recrutement du Stade Français, 3e du dernier exercice, semble guidé par les mêmes intentions avec des arrivées comme celles du talonneur Tomasi Maka et des ailiers Alivereti Duguivalu et Israel Leota, qui devraient booster encore un peu plus la formation parisienne. M. R.
Qui sera la recrue star ?
Comme souvent, le Stade Toulousain n'a pas été le plus actif sur le marché des mutations. Mais en recrutant un seul joueur en la personne de Tommaso Menoncello, le quadruple champion de France en titre a frappé un grand coup. Le centre italien (24 ans, 41 sélections) est considéré comme l'un des meilleurs du monde à son poste. Élu meilleur joueur du Tournoi des Six Nations en 2024, il vient renforcer un secteur déjà riche chez les Rouge et Noir (Pierre-Louis Barassi, Kalvin Gourgues, Santiago Chocobares). Un joueur athlétique, puissant, rapide et technique. Depuis son arrivée à Toulouse, Menoncello a déjà fait forte impression. « C'est un monstre » ou « ça va être du très lourd », a-t-on déjà entendu dans les travées d'Ernest-Wallon. Côté adaptation, pas trop de doute non plus avec la présence de son compatriote Ange Capuozzo. M. R.
Qui va descendre en Pro D2 ?
Depuis trois ans, le promu fait la navette (Oyonnax, Vannes puis Montauban). Pourtant, pour son retour dans l'élite, le club breton n'a pas la tête de la victime désignée. Si Montauban n'a pas existé l'an dernier (7 points, une seule victoire), le promu de cette saison a les atouts pour se maintenir et faire mieux que ses 36 points de la saison 2024-2025. Vannes aura cette fois l'atout de ne pas découvrir le Top 14 et s'est renforcé en conséquence. Des équipes comme Perpignan, habitué à la 13e place, Bayonne (12e) ou Lyon (11e depuis trois saisons) devront sans doute batailler pour s'extirper de la course au maintien. Et un cador n'est pas à l'abri d'une sortie de route. Souvenez-vous du Stade Français, demi-finaliste au printemps 2024 et sauvé lors de la dernière journée l'année suivante. M. R.
L'UBB va-t-elle prioriser le Top 14 ?
Au soir de la dernière journée, après une quatrième défaite à domicile, contre Clermont (31-34), qui les éjectait du top 6 et les privait de phase finale de Top 14, les Bordelais ont fait un constat d'échec : cette élimination gardait un goût honteux, malgré le second titre en Coupe des champions quelques semaines auparavant. Après le sacre de Bilbao, Yannick Bru avait laissé entendre à quel point cette campagne européenne avait vampirisé l'énergie et l'attention de ses joueurs. Et l'entraîneur s'interrogeait à haute voix sur l'exercice suivant : faudrait-il encore s'investir si fort dans cette compétition ?
La gifle domestique a pu accélérer la réflexion d'un club qui sortait de deux finales de Top 14, et dont le président, Laurent Marti, rêve du Brennus. Il ne serait donc pas étonnant de voir l'UBB aborder la Coupe des champions différemment, même si sa poule, cette saison, est moins compliquée. Mais les Girondins ne voudront pas revivre une seconde saison sans phase finale en Top 14, d'autant plus que les demi-finales sont programmées au stade Atlantique, chez eux (18-19 juin). A. Bo.
Quels records individuels vont tomber ?
À 40 ans, ce n'est sans doute pas sa seule motivation pour prolonger encore et encore sa carrière, mais elle a dû peser au moment de rempiler avec l'USAP : Benjamin Urdapilleta sait qu'il n'a plus qu'un drop à claquer, une pénalité à passer, un essai à planter ou même une simple transformation à assurer, et il deviendra le meilleur réalisateur de l'histoire du Top 14. L'ouvreur argentin en comptabilise déjà 2 611 depuis son arrivée en France en 2013, et il est resté bloqué à une longueur de Romain Teulet la saison dernière. Les 26 journées de saison régulière devraient lui permettre de s'emparer du record.
Parmi les autres individualités à même de s'illustrer, Jiuta Wuainiqolo a le potentiel pour devenir le meilleur marqueur d'essais sur une saison. Le record de l'ère moderne appartient à Chris Ashton depuis la saison 2017-2018 (à Toulon), une barre placée assez haut, à 24 essais, mais l'ailier lyonnais en a aplati 18 en 20 matches la saison dernière, dans une équipe si inconstante. Pour peu que le LOU trouve sa voie, le Fidjien virevoltant a les arguments pour déloger l'Anglais. A. Bo.
Perpignan va-t-il encore jouer un access-match ?
Allez, soyons audacieux. Parions que, cette saison, l'USAP échappe à cette 13e place de la saison régulière qui lui colle aux basques depuis sa remontée dans l'élite en 2021. En cinq ans, il a dû se coltiner quatre access-matches et s'imposer à Mont-de Marsan (16-41, en 2022), deux fois à Grenoble (19-33 en 2023 et 11-13 en 2025) et à Provence Rugby (24-47, en juin dernier) pour sauver sa peau en Top 14.
Cette année, le club catalan paraît mieux armé. Il y a ce recrutement quatre étoiles, d'abord, notamment incarné par l'ailier all black Sevu Reece, le demi de mêlée irlandais Luke McGrath ou l'ouvreur italien Paolo Garbisi. Les deux victoires en match de préparation à Biarritz (21-24) et contre Bath (53-42), aussi, semblent montrer qu'il sera capable de lutter à armes égales avec quelques-unes des équipes qui le précédaient au classement la saison dernière. N'oublions pas aussi que l'USAP reste sur la dynamique d'une bonne fin de Championnat 2025-2026, puisqu'il avait gagné plus de points (24) que Castres (22), Toulon (20) et Bayonne (17) lors de la phase retour. L. C.
À quoi va ressembler la saison des internationaux ?
À un an de la Coupe du monde en Australie, elle fera forcément l'objet d'une attention particulière. Pas question, alors que les Bleus ont une vraie chance de s'installer sur le toit du monde, de se tirer une balle dans le pied en les soumettant à une cadence infernale. Le temps de jeu de 33 d'entre eux (leur identité n'a pas été révélée) sera donc encadré selon un protocole mis en place par la LNR et la FFR. En gros, même si ce n'est pas une obligation absolue, les clubs devront laisser au repos les joueurs de la liste au moins deux fois sur un bloc de huit matches en Top 14.
De son côté, le sélectionneur Fabien Galthié s'engagera à ne pas utiliser plus de 9 fois un même joueur sur la saison internationale, qui comprend 12 matches (7 dans le Championnat des nations, 5 dans le Tournoi des Six Nations). En Championnat, si l'on tient compte aussi des 8 vrais ou faux doublons qui se disputeront juste avant, pendant ou juste après chaque période internationale, les sélectionnés ciblés ne pourront donc disputer qu'à peine plus d'un match sur deux. L. C.
Toulouse peut-il être déstabilisé par son été ?
Une amende record de 2,72 M€ pour manquements au règlement du salary-cap, deux joueurs aussi essentiels que Thomas Ramos et François Cros qui annoncent leur départ du club dans un an, à la fin de leur contrat... Le Stade Toulousain a connu des intersaisons moins anxiogènes. Mais il a sûrement plus à craindre de la proximité de la Coupe du monde en Australie (du 1er octobre au 13 novembre 2027), qui risque forcément de trotter dans la tête de ses nombreux internationaux, que de ces quelques contrariétés estivales.
Le club rouge et noir, qui s'est renforcé en recrutant Tommaso Menoncello, a suffisamment de talent, d'expérience et d'ambition dans son effectif pour poursuivre sa marche en avant. Ramos et Cros vont partir, certes, mais seulement dans un an. D'ici là, ils feront sans doute partie des plus déterminés pour aller chercher un exploit majeur et inédit : faire de Toulouse le premier club français de l'histoire à soulever cinq Boucliers de Brennus d'affilée. L. C.


























