Son rôle d'éducateur, son goût retrouvé pour le rugby, sa vision du MHR... Entretien avec Julien Malzieu avant ASM - Montpellier
Après ses passages à Clermont (2001-2015) et Montpellier (2015-2017), Julien Malzieu ne voulait plus entendre parler de rugby. C’est en entraînant l’équipe de son fils Sacha que l’ancien joueur a repris goût. De son rôle d’éducateur à sa vision de l’ASM et du MHR... Entretien avec un homme droit dans ses crampons.
Par Arnaud Clergue (La Montagne)
Publié le 18 mars 2026 à 06h00
Auvergnat d’origine (il est né en 1983 au Puy-en-Velay), Julien Malzieu avait en tête de revenir dans sa région natale après son dernier contrat à Montpellier (2015-2017). Mais la vie n’est jamais écrite à l’avance. Avec la naissance de son fils Sacha en 2018, l’ancien ailier, qui a écrit les plus belles heures de l’ASM, a choisi de rester dans l’Hérault.
C’est d’ailleurs en entraînant l’équipe de son fils qu’il a retrouvé le goût du rugby, alors qu’il ne voulait plus en entendre parler. Avant ASM-Montpellier, ce samedi (14 h 30) au stade Michelin, nous l’avons interrogé sur sa nouvelle vie ainsi que sur sa vision du MHR.
La première question est simple... Que devenez-vous Julien Malzieu ?
Je profite de la vie, je m’occupe de mon fils Sacha. J’entraîne aussi les petits au rugby de Jacou, un club à côté de Montpellier. Et voilà, tout simplement.
Vous avez l’air de prendre beaucoup de plaisir dans ce rôle d’éducateur.
Ah oui ! Je me suis fait alpaguer la saison dernière car le club était à la recherche d’éducateurs pour la génération 2018, celle de mon fils Sacha. J’en ressentais un peu l’envie, mais rien d’exceptionnel. Quand j’ai commencé à m’en occuper, je me suis pris au jeu et je me suis investi à fond. J’ai essayé de leur transmettre un maximum de choses. On s’est régalés, on a fait une superbe fin de saison. On a eu la chance de remporter plusieurs tournois. Les gamins étaient heureux. Et moi, j’étais encore plus heureux qu’eux (rires). Ils sont à fond, ils me challengent toutes les semaines, et je me régale vraiment avec ça.
"J’avais complètement coupé avec le rugby"
Qu’est-ce que vous appréciez le plus ?
C’est de voir que ces petits prennent conscience que ce que je leur raconte a une importance. J’adore quand ils viennent me voir et qu’ils me disent : « On a fait comme tu nous as dit et ça a marché », ou encore : « On a fait comme à l’entraînement et ça a marché aussi ». Je ne vais pas dire que je formate les enfants à ma façon de voir, mais j’essaie de les rendre exigeants envers eux-mêmes. Ça peut paraître tôt, voire un peu exagéré pour des gamins de 7 ans qui vont en avoir 8, mais j’essaie de leur inculquer cet état d’esprit : ne jamais lâcher, toujours être les premiers debout, les premiers en place. Je n’imaginais pas que m’occuper des petits allait me procurer autant de plaisir. Les voir s’éclater sur le terrain me donne énormément de satisfaction. Cette génération, j’ai envie de l’accompagner le plus longtemps possible. Avec les parents, on s’entend super bien, on partage des repas, on organise des événements autour des matchs. Bref, on essaie de créer quelque chose autour de cette catégorie, pour bien vivre ensemble sur le terrain et en dehors.
Vous avez coupé totalement avec le rugby après la fin de votre contrat avec Montpellier (2017). Pour quelles raisons ?
J’avais complètement coupé avec le rugby. J’ai fait une overdose, tant physique que mentale. Je n’avais plus du tout envie d’en parler. Du coup, j’ai complètement zappé. De temps en temps, je regardais des matchs à la télé, mais je suivais surtout les résultats sur internet ou dans les journaux. Ça a duré deux ou trois ans. Et puis c’est revenu petit à petit. Certains arrivent à enchaîner et à se reconvertir rapidement, à devenir entraîneurs par exemple… Moi, pas du tout. Pourtant, Anthony Floch, mon ancien partenaire à l’ASM et au MHR, m’avait sollicité pour m’occuper des jeunes à Montpellier avec lui. Ce qui m’a fait revenir, c’est quand mon fils a commencé le rugby.
Si l’on vous offrait la possibilité d’entraîner chez les pros ou en seniors, qu’est-ce que vous diriez ?
Chez les pros ? Ah non, sûrement pas ! Mon pote Ludovic Zanini a son fils qui joue avec le mien. Cette année, il a repris l’équipe de Jacou en Fédérale 3 et il voulait que je prenne les trois-quarts. Je n’avais pas très envie de faire deux entraînements par semaine et un match tous les week-ends. Du coup, je vais donner un coup de main tous les jeudis. Le plaisir que je prends avec les petits, je ne le retrouve pas du tout avec les seniors. Les gosses sont pleins d’innocence, ils ont envie de se faire plaisir, ils ont soif d’apprendre. Chez les seniors, je n’ai pas retrouvé ça. Tu tombes sur des mecs qui n’ont pas forcément envie de se faire mal ou de s’entraîner. Quand tu leur donnes des conseils, tu as parfois l’impression que ça ne les intéresse pas.
"Au MHR, de ce qu’on me dit de l’intérieur, ça vit plutôt bien"
Vous avez joué à Clermont et à Montpellier comme chacun le sait. Quelles différences voyez-vous entre ces deux clubs ?
C’est compliqué, parce que j’ai connu ces clubs il y a plus de dix ans maintenant. Ils ont beaucoup évolué. En tout cas, quand je suis arrivé à Montpellier en 2015, j’ai trouvé une énorme différence dans l’approche du rugby, les contenus d’entraînement, la vidéo, etc. À Clermont, j’avais connu des entraîneurs comme Vern Cotter, Joe Schmidt ou Franck Azéma : c’était le top du top. Quand je suis arrivé à Montpellier, c’était Jake White aux manettes, un coach champion du monde en 2007 avec l’Afrique du Sud. Mais je suis tombé des nues : j’avais l’impression d’avoir fait un bond de dix ans en arrière dans l’approche du rugby. À Clermont, tout était très cadré. À Montpellier, je me suis vraiment demandé où j’étais tombé.
Le MHR a bien évolué depuis...
Ils ont essayé de s’appuyer sur des gens qui connaissaient la maison, comme Joan Caudullo, Benoît Paillaugue ou Geoffrey Doumayrou. Des anciens joueurs pour qui le club avait une vraie importance, ce qui n’était pas forcément le cas auparavant. Je pense que ça a fait la différence. Ils ont réussi à construire une équipe cohérente et à faire prendre la mayonnaise avec les recrues. Aujourd’hui, de ce qu’on me dit de l’intérieur, ça vit plutôt bien. Dans le rugby actuel, tu peux avoir plein de stars, mais si la mayonnaise ne prend pas, ça ne marche pas.
Vous avez gardé une belle cote de sympathie du côté de la Yellow Army. Quel message avez-vous envie de faire passer aux supporters clermontois?
J’ai eu la chance de jouer sur tous les terrains du Top 14, mais aussi en Angleterre et en Irlande. Trouver une ferveur comme à Clermont, c’est très rare. Qu’il y ait des résultats ou non, ils sont toujours là. C’est un public exigeant, qui peut râler quand c’est moins bien, mais c’est parce qu’il connaît le rugby. À Clermont, il n’y a pas de simples spectateurs : ce sont de vrais supporters, connaisseurs, et ça fait du bien.