Mickaël Guillard, plus affûté que la saison dernière, se confie sur sa remise en question autour de son poids : « On m'a mis face à la réalité »
Après un été frustrant avec les Bleus, Mickaël Guillard, le deuxième ou troisième-ligne international du LOU, a perdu du poids à l'intersaison et a travaillé encore plus à l'entraînement. Ce qui lui a permis de réaliser un très bon début de saison.
Après avoir peu joué avec le quinze de France cet été lors du Championnat des nations en juillet, Mickaël Guillard s'est sérieusement remis en question. Ses efforts ont payé dès le début de saison avec le LOU. Le deuxième ou troisième-ligne international (25 ans, 19 sélections) est apparu plus affûté lors des quatre premières journées de Top 14 qu'il a disputées en intégralité avant de bénéficier d'un long week-end de repos à Londres avec sa fiancée, la semaine passée.
Durant près d'une heure dans les tribunes du stade Gerland, Guillard nous a expliqué, avec sa bonne humeur habituelle, ce qu'il avait changé dans son quotidien et ses séances d'entraînement. Le garçon est ambitieux.
« Vous aviez été promu capitaine pour le match amical contre l'Angleterre A le 19 juin (35-19), mais vous n'avez ensuite disputé que quarante-sept minutes face à la Nouvelle-Zélande le 4 juillet (34-32) avant de suivre depuis les tribunes les rencontres contre l'Australie et Japon. Comment l'avez-vous vécu ?
Je l'ai pris comme une leçon et elle a contribué à ma prise de conscience. J'ai pu bosser techniquement et apprendre plein de trucs, notamment concernant la diététique. Ce n'était pas difficile à entendre mais il fallait en passer par là. Puis l'appliquer. Ça m'a donné encore plus les crocs pour faire une bonne saison avec le LOU.
Combien avez-vous perdu de kilos à l'intersaison ?
Six. Aujourd'hui, je pèse 120 kg. Après la saison passée et ma blessure fin avril (rupture du ligament croisé postérieur du genou droit contre Castres), je savais que je devais perdre un peu de poids pour me sentir mieux sur le terrain. Je voulais être plus mobile sans perdre mes qualités de puissance et de force. Et c'est le cas aujourd'hui. Je me sens très bien, meilleur qu'avant.
Comment avez-vous fait pour en perdre six en autant de semaines ?
J'ai mis plein de choses en place. J'ai beaucoup échangé avec les préparateurs physiques, mais aussi les diététiciens de l'équipe de France et du LOU. J'ai commencé un travail à partir de mes vacances d'été que j'ai passées au Japon avec ma copine. Je me suis restreint et j'ai établi un plan pour perdre du poids. Je veux être la meilleure version de moi-même.
« J'ai toujours été un bon mangeur mais la gourmandise n'est pas la meilleure amie des sportifs de haut niveau »
Qu'avez-vous arrêté de manger ?
(Sourire) Des sucreries. Je suis très gourmand. J'aime les tartes à la framboise et les flans pâtissiers. Avant, ça me donnait souvent envie. Je me disais qu'il n'y avait pas de mal à se faire un petit plaisir après un entraînement. Maintenant, c'est fini. Si je veux être performant, il faut faire des sacrifices.
Et par quoi avez-vous remplacé les flans et les tartes à la framboise ?
Je n'ai gardé que les framboises ! (Rires) Toute la semaine, je fais attention et je m'accorde un petit plaisir de temps en temps. Il faut juste savoir gérer. Si j'ai envie de me faire mon petit flan après un match, c'est possible. (Il se marre) J'ai toujours été un bon mangeur, mais la gourmandise n'est pas la meilleure amie des sportifs de haut niveau. Pendant ma blessure en fin de saison dernière, j'avais un peu grossi car mentalement c'était une période difficile. Je m'étais un peu relâché et je ne peux plus me le permettre.
Mickaël Guillard a porté 19 fois le maillot des Bleus. (A. Mounic/L'Équipe)
Comment est née cette prise de conscience ?
On m'a mis face à la réalité. Je savais que j'étais trop lourd, mais je n'arrivais pas à passer à l'acte. Karim (Ghezal) me l'avait déjà dit plein de fois. Et en équipe de France, on m'en a reparlé lors du Championnat des nations cet été. J'avais besoin d'un déclic.
Que vous a dit Fabien Galthié en juillet ?
Que je devais mettre toutes les chances de mon côté si je voulais faire partie de cette équipe. Ça m'a fait du bien.
Qu'avez-vous changé sur le terrain ?
Manu Plaza (préparateur physique du quinze de France) m'a beaucoup aidé. Il m'a conseillé de faire des extras après les entraînements, mais sur des temps courts. Maintenant, je reste cinq ou dix minutes de plus pour du cardio avec Pierre Sagot (responsable de la performance de Lyon) à la fin des séances du mardi et du mercredi. Le rugby est un sport d'enchaînement de tâches et si tu es toujours en avance sur ton adversaire, tu gagnes. Peut-être que ça me permettra d'être plus lucide dans les dernières minutes d'un match, de ne pas me mettre à la faute dans les moments tendus et d'avoir le geste juste quand ça va vraiment compter. Avant, j'étais moins structuré. Je me trouvais souvent une excuse. Je me disais que j'étais fatigué alors que ça prend seulement dix minutes sur les sept ou huit heures passées au club. Parfois, je n'ai pas envie, mais je le fais systématiquement.
« J'ai joué mes quatre premiers matches de la saison en entier alors que ça ne m'était arrivé que rarement l'année dernière. Je n'avais pas la caisse »
Qu'est-ce qui a changé dans vos performances sur le terrain ?
J'arrive à me relever plus vite et à répéter les séquences. Surtout, je peux maintenant tenir quatre-vingts minutes. J'ai joué mes quatre premiers matches de la saison en entier alors que ça ne m'était arrivé que rarement l'année dernière (4 fois en 15 titularisations). Je n'avais pas la caisse. Là, j'y arrive. Ça prouve que mes efforts payent, mais je sais que j'ai encore de la marge. Je dois être encore plus exigeant. Ce n'est pas une finalité en soi.
Que vous a dit Karim Ghezal en vous voyant plus léger ?
Il m'a dit : "Enfin tu m'écoutes !" (Rires) Il était content car il a vu après que je répondais bien présent sur le terrain.
Voulez-vous encore maigrir ?
Pas maigrir, mais m'affûter. Dans l'absolu, j'aimerais perdre encore deux kilos. Mon poids idéal serait sans doute aux alentours de 118. Mais je sais aussi que je suis du genre à reprendre du poids facilement. Donc si je ne suis pas constant, on fera la même interview dans trois mois pour dire que j'ai repris tous mes kilos...
Cette perte de poids a-t-elle une conséquence sur votre polyvalence 5-8 ?
Non, ça ne change rien. Quand on regarde tous les profils de 5, quand on prend les (Ruan) Nortjé, (Eben) Etzebeth, (Fabian) Holland, (Tupou) Vaa'i, ce sont pratiquement tous des mecs aux alentours des 120 kg. Et pourtant, ils se déplacent énormément, ils couvrent beaucoup de terrain. Je n'ai pas de poste prédéfini. Ni de forme de jeu préférée. Si le jeu demande beaucoup de passes et de déplacements, je sais que je peux y répondre. Si c'est plus frontal, j'aime ça aussi. Peu importe la physionomie du match, je veux être utile à l'équipe. Je ne veux pas qu'on me mette dans une case. Au LOU, on développe un jeu de mouvement. Des garçons comme Jiuta (Wainiqolo) et Gabin (Lorre) vont très vite, il faut pouvoir les suivre. On en a marre de jouer le bas de tableau (11e la saison dernière). On se dit qu'il y a un problème car il y a tout pour réussir ici. On n'a plus envie de revivre ça. Et moi, je veux être le plus constant possible et aider l'équipe.
Vous ne l'avez pas été suffisamment ?
Pas toujours non. J'ai envie d'être un exemple pour mes coéquipiers et de les tirer vers le haut. Je n'ai jamais été un leader par la parole. Je parle quand j'ai un truc à dire. Je veux surtout être un leader par l'exemple. Il en a parfois manqué dans cette équipe. On n'était pas tous à notre niveau. Et je m'inclus dedans. J'ai parfois manqué de régularité et j'ai aussi beaucoup été blessé (une acromio contre l'Afrique du Sud en novembre puis le genou). Mais je crois en ce projet et j'ai envie de remporter un jour un titre avec le LOU. »