TOP 14 - Il n’y a quasiment plus aucun club du Top 14 qui, aujourd’hui, n’a pas recours à un technicien étranger pour occuper un rôle au sein de son staff. De la fonction suprême de manager ou entraîneur au simple consultant ou spécialiste, notre championnat s’est internationalisé également sur ses bancs. Analyse d’une évolution rapide pas sans effets.
Le Top 14 va bientôt débuter et, cette saison, trois clubs du Top 14 seront dirigés par un technicien étranger : Montpellier (Vern Cotter), Paris (Greg Cooper) et Pau (Simon Mannix). Une constante depuis maintenant plusieurs saisons. 3, c’est aussi le nombre de clubs qui présenteront un staff 100% tricolore (Brive, Clermont, Toulouse). Ils sont devenus des exceptions. 79% des écuries du Top 14 ont, à l’heure actuelle, une touche étrangère.
Ce constat montre à quel point le championnat s’est internationalisé en l’espace de 10 ans, et pas que dans la composition des effectifs. En 2006 s’achevait la première saison de Top 14 qui avait débuté avec uniquement des techniciens français sur les bancs et même 100% d’adjoints tricolores ! "C’est une progression inéluctable au vu de l’économie du Top 14", constate Alain Gaillard, président de Tech XV, le syndicat des entraineurs et des éducateurs.
Le phénomène s’accentue depuis 2012, un pic en 2017
Les chiffres montrent précisément que la tendance s’est accélérée depuis 2012 puisqu’à partir de cette date, au moins la moitié des clubs du Top 14 ont eu un technicien étranger au sein de leur staff. Le pic a été atteint la saison dernière, notamment en raison des multiples changements d’entraineurs à Toulon. Diego Dominguez, Mike Ford et Richard Cockerill se sont succédés sur le banc varois en l’espace de quelques mois.
"Les staffs sont de plus en plus pléthoriques et il y a un tas d’entraineurs spécifiques", constate dans un premier temps Alain Gaillard. Cela permet de porter le total d’entraineurs et spécialistes ayant officié sur la saison 2016-2017 à 53 et seulement 51% étaient de nationalité française ! "C’est un phénomène de mode chez les présidents, penser que ce qui se fait ailleurs est forcément meilleur. Un temps c’était les All Blacks, les Australiens ou les Sud-Africains", poursuit-il.

L’attractivité des salaires n’est pas en reste tout comme le nombre grandissant de joueurs étrangers dans notre championnat mais, de plus, "c’est certainement dû aux relations qui peuvent exister entre les présidents. Lorsque certains entraineurs français ont fait certains clubs, ils hésitent peut-être à les recruter", s’interroge Alain Gaillard. Ce dernier constate qu’à l’heure actuelle, davantage de techniciens ne retrouvent pas de postes "mais il y en a toujours eu car les places sont chères en Top 14".
Et certaines écuries se sont fait la spécialité de confier les clefs du camion à des entraineurs étrangers à l’instar de l’ère Jake White à Montpellier. Autre constat, c’est l’évolution du nombre d'entraîneurs par club avec des staffs qui se sont enrichis, en moyenne, d’un élément sur les dix dernières années. Et c’est cet apport supplémentaire qui est quasi exclusivement un ajout venant de l’étranger.
Un constat fort, les techniciens français sont globalement champions de France
Si la réflexion actuelle porte beaucoup sur la place de nos joueurs français dans les clubs du Top 14, la place des techniciens tricolores est toute aussi importante. Pour le président de Tech XV, l’internationalisation a ses limites quand un club aux ambitions modestes choisit un entraineur spécifique venu d’autres horizons. "Ce ne sont pas des plus-values. Je ne vois pas l’intérêt si ce n’est d’appauvrir notre culture rugbystique sur le mouvement. Il y a d’excellents techniciens français qui ne sont pas sollicités et capables d’assumer ces tâches".
Et ils font souvent part de leur frustration au syndicat qui constate, lui, que les staffs champions de France ont toujours l’accent français à mesure que le Top 14 se mondialise. "Un constat fort et objectif", insiste Alain Gaillard. Pendant ce temps "la formation française, dans le mouvement général et la lecture du jeu, est parfois absente dans certains clubs".