L’affaire lie le Biarritz Olympique et Arnaud Dubois en 2022, à l’époque où celui-ci n’était pas encore président du directoire du club basque. On y retrouve deux protagonistes du transfert alambiqué de Melvyn Jaminet, la même année, de Perpignan au Stade Toulousain : l’ex-avocat de 42 ans et la société Pacific Heart. Le lièvre a été levé par nos confrères de L’Équipe (lire plus bas).
Enregistrée au registre du commerce de Papeete (Tahiti), l’entreprise est gérée par Cynthia Teinaore, qui dirige aussi Rugby Store NC, en charge des droits d’image de Melvyn Jaminet. Selon les informations de « Sud Ouest », ce n’est pas la première fois qu’Arnaud Dubois faisait appel à ses services.
Carcassonne et Aurillac bloquent
Début 2022, le BO évolue en Top 14. Le club veut recruter Thomas Sauveterre et Adrian Motoc, respectivement à Carcassonne et Aurillac, en Pro D2. Le talonneur et le deuxième ligne, encore sous contrat, disposent d’une clause permettant de rompre leur bail pour rejoindre une formation de l’élite, moyennant 25 000 euros pour le premier et 30 000 euros pour le second. Problème : leurs clubs refusent arguant que Biarritz sera relégué sous peu. La LNR donne raison au BO.
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L’homme d’affaires limougeaud de 39 ans est sorti de l’ombre en s’intéressant au rachat du Biarritz Olympique. Si certains louent le “sérieux” et le “sens des affaires” de ce féru de course hippique issu d’une bonne famille, d’autres pensent qu’il s’offre son “quart d’heure warholien” avec cette histoire
Dans les faits, ce sont aux joueurs de payer leur libération. En réalité, les clubs trouvent souvent un arrangement, parfois via l’organisation d’un match amical où la recette est laissée. Carcassonne et Aurillac rechignent. Jean-Baptiste Aldigé, alors président du BO, pourrait verser le montant à ses joueurs, mais il devrait s’acquitter en sus des charges. Surtout, Motoc et Sauveterre n’ont aucun intérêt à voir gonfler leur feuille d’impôts sur le revenu pour une somme qui n’aurait fait que transiter sur leur compte. C’est là qu’interviennent Arnaud Dubois, avocat des joueurs recommandé par un agent, et Cynthia Teinaore. « On m’a proposé de les rencontrer pour résoudre le problème, indique Jean-Baptiste Aldigé, joint par « Sud Ouest ». C’était la première fois que je les voyais. » Depuis, de nombreux épisodes agitent la relation entre l’actuel président du Stade Niçois et Arnaud Dubois.
Le club « s’engage à verser 62 500 euros en contrepartie de la mise en avant de son logo sur les supports de communication de l’événement ». Sur Internet et les visuels du tournoi, jamais le sigle du BO n’apparaît.
Tahiti, Tonga et virement
La société Pacific Heart organise à Papeete un événement baptisé « Pacific Solidarity Tonga », les 8 et 9 avril 2022, « pour venir en aide au Royaume des Tonga », victime d’un tsunami trois mois plus tôt. Une convention de partenariat est signée avec le BO, le 4 mars 2022. « Sud Ouest » a pu la consulter. Le club « s’engage à verser 62 500 euros hors taxe (75 000 euros TTC) en contrepartie de la mise en avant de son logo sur tous les supports de communication de l’événement ». Sur Internet et les visuels du tournoi, jamais le sigle du BO n’apparaît. Selon un document que nous avons pu examiner, le virement bancaire est pourtant bien parti du compte Société Générale de la SASP BOPB, le 29 avril 2022 à 14 h 14, au bénéfice de Pacific Heart.
Le procédé a tout d’un écran de fumée. Sans faire offense aux deux joueurs, leur rayonnement n’est pas de portée internationale
62 500 euros, c’est 7 500 euros de plus que le cumul des deux clauses. 5 000 euros serviront à créer les boîtes d’image des joueurs, nous y reviendrons. Le reste… 62 500 euros, c’est surtout beaucoup moins que le coût éventuel « chargé » pour l’employeur (environ 95 000 euros).
Contrat d’image prétexte
De leur côté, Thomas Sauveterre et Adrian Motoc signent une convention afin de prêter leur image à Rugby Store Pacific. Le procédé a tout d’un écran de fumée. Sans faire offense aux deux joueurs, leur rayonnement n’est pas de portée internationale. Le contrat du Roumain stipule, par exemple, qu’il doit « participer à au moins un événement par an en Nouvelle-Calédonie ou à Tahiti », le temps de l’accord, soit du 1er juillet 2022 au 31 décembre 2023. Il n’y a pas mis les pieds, pas plus que Thomas Sauveterre, désormais à Provence Rugby. « Carca ne voulait pas me lâcher, raconte ce dernier. À partir du moment où Arnaud Dubois a trouvé cette solution, moi, je n’ai plus géré le truc. »
« Carca ne voulait pas me lâcher, raconte ce dernier. À partir du moment où Arnaud Dubois a trouvé cette solution, moi, je n’ai plus géré le truc »
La contrepartie de l’accord ? Le versement de 33 000 euros (Motoc) et 27 000 euros (Sauveterre) directement sur… le compte Carpa d’Arnaud Dubois. « Il n’y a pas de Carpa et j’ai d’autres choses à gérer en ce moment », s’est contenté de nous répondre l’ancien avocat.
Extrait de l’avenant de la résiliation de contrat entre Adrian Motoc et Aurillac.
En résumé, le BO a payé Pacific Heart. Via son autre société Rugby Store, Cynthia Teinaore (qui n’a pas donné suite à nos sollicitations) a envoyé les fonds à Limoges, sur le compte Carpa d’Arnaud Dubois. Lequel les a reversés aux clubs de Carcassonne et Aurillac afin de payer le dû de Thomas Sauveterre et Adrian Motoc. Qui ont ainsi pu rejoindre le Biarritz Olympique, comme ils le souhaitaient. Contrairement au transfert de Melvyn Jaminet, l’argent est bien arrivé à destination. Le procédé, lui, interpelle tout autant. Et pour les impôts, on repassera.
En écho de l’affaire Jaminet L’affaire du transfert de Melvyn Jaminet, révélée par L’Équipe, concerne l’endettement de l’international français (25 ans, 20 sélections) pour rejoindre le Stade Toulousain en 2022. Il dispose d’une clause de 450 000 euros pour se libérer de son contrat avec l’Usap. Il souscrit deux prêts pour s’acquitter de cette somme. Toulouse s’engage à rembourser sa recrue, via un montage alambiqué, pour ne pas dépasser le plafond du salary-cap imposé par la Ligue. Il a donc cherché à le contourner, comme le confirme l’amende de 1,3 million d’euros infligée par la LNR en mars dernier, même si les deux institutions évoquent une « contribution ». Ou l’art de manier la litote. Un mois plus tard, soit près de trois ans après le transfert, un accord était enfin trouvé pour rembourser Melvyn Jaminet, parti depuis au RC Toulon.
Sans cette mise en lumière, l’arrière aurait-il récupéré sa mise ? Le montage financier implique le Stade Toulousain et Arnaud Dubois, à la fois avocat du club et du joueur à l’époque. Le club du président Didier Lacroix verse 500 000 euros à la société Pacific Heart, une somme proche des emprunts du joueur, en échange du développement de la marque à l’international, d’un stage aux Fidji, d’un match amical… Rien ne verra le jour. Pourtant, la somme a bien transité par les comptes d’Arnaud Dubois, selon L’Équipe.