La version de Cardonna concernant l'autre
Quel est votre sentiment sur l’avalanche de critiques qui s’abat sur vous depuis une semaine, particulièrement de la part de Bernard Laporte ?
Jeudi soir, j’ai reçu une vague en pleine figure. Je suis un auditeur occasionnel de l’émission Moscato Show. Ce jour-là, j’ai quitté trop tard mon travail pour pouvoir l’écouter en direct. Prévenu des propos de Laporte, j’ai suivi son intervention en podcast. Je n’ai pas trop compris ce qui m’arrivait. Ce qui me gênait, pour moi, mais aussi pour mes proches, c’est que certaines invectives de Bernard Laporte n’attaquaient par mon arbitrage, mais l’homme. J’ai senti de la haine à mon égard. Quand il me compare à un Premier ministre entrant dans les vestiaires, je n’ai encore pas pris une décision arbitrale. C’est à ma personne qu’il s’attaque. Après, à 45 minutes d’un coup d’envoi, je veux bien croire que je ne suis pas ultra-joyeux, que j’ai peut-être une certaine fierté mais bon, je ne pensais pas choquer autant ce monsieur.
Quels sont vos rapports avec Bernard Laporte ?
Je tiens d’abord à indiquer que, contrairement à ses affirmations, je ne cherche absolument pas à être son ami. Notre premier échange date du Clermont-Toulon de novembre 2012, que j’arbitrais. À la suite de ma décision de siffler pénalité contre Toulon, sur une projection volontaire en touche de Matt Giteau, je reçois quelques heures après un coup de fil de sa part, d’une trentaine de minutes. Le dialogue s’est avéré impossible. Cela a été un long monologue d’insultes, il s’est contenté de me donner sa version des faits sans que je puisse apporter la mienne. J’avais donc mis fin à la conversation en lui rétorquant puisqu’il n’y avait que sa version qui comptait, la
discussion s’arrêtait là. On s’est recroisé cet été lors du match amical à Mayol face au Racing, puis lors de la réception de Brive à Toulon, le 4 septembre. On s’était juste salué et on avait échangé sur des points de vue techniques référents au match.
Avez-vous eu l’impression de commettre une faute sur l’essai de Ratini, en ne laissant pas suffisamment l’avantage aux Toulonnais ?
J’étais sûr de moi sur le coup, et après avoir vu et revu les images de l’action, je suis toujours aussi certain de mon jugement. Après deux temps de jeu sans véritable avancée significative des Toulonnais, je vois que les Grenoblois ne se sont pas replacés en défense. Que Toulon a un 5 contre 2 à jouer. Il me semble alors judicieux de baisser le bras. Si je marque un coup d’arrêt, c’est que je suis surpris de voir un bleu récupérer le ballon, j’étais persuadé que Toulon allait marquer. Une fois que j’ai baissé le bras, il n’est pas question de revenir dessus. J’ai jugé en mon âme et conscience.
Avez-vous de la rancune envers le RCT ou ses dirigeants à la suite des incidents de l’an passé ?
Absolument pas. Nous n’arbitrons pas avec nos sentiments. D’ailleurs, je n’ai aucun ressentiment envers le RCT. En Coupe d’Europe, il m’arrive de les suivre devant ma télévision et leur jeu peut être parfois extraordinaire. En voulez-vous à Bernard Laporte ? J’en veux à ses propos aussi bien publics que privés. Je ne comprends pas pourquoi il ressent autant de haine contre moi. Samedi soir, quelques minutes après le coup de sifflet final, il m’a laissé un message vocal injurieux et outrageant, indigne d’un exsecrétaire d’État aux Sports. Il m’est impossible de vous en donner le contenu tellement il est odieux. Mon portable ne passait pas dans les couloirs de Mayol et je lui ai répondu plus tard par sms en lui indiquant : « Je ne vous appelle pas tout de suite pour que notre conversation ne dégénère pas en pugilat. Je vous donnerai ma version des faits un peu plus tard. De manière tranquille. » Ses réponses par sms n’ont été qu’injures. Il parle d’humilité, mais le principal de ses arguments pour contrer mes jugements, c’est de les opposer aux sélections de ses joueurs. Vendredi soir, après mon intervention au Moscato Show, nous avons eu un nouvel échange de sms véhément. Le dernier de sa part était : « Ma mère était femme de ménage mais elle, au moins, savait rester à sa place. Continuez à vendre des voitures… » Tout est dit.
Êtes-vous affecté personnellement par la tournure des événements ?
Sur le coup, oui. Toute la fin de la semaine, on ne m’a parlé que de cela. J’ai accepté de répondre à votre interview ce dimanche pour clore le sujet. Il faut vite passer à autre chose. Car cette histoire va disparaître. Moi, je ne demande rien aux instances, ni à la LNR, ni à la FFR. Je ne souhaite pas que Bernard Laporte soit jugé, sanctionné. Je dois rester dans mon rôle. À ma place. Celle d’arbitre. Et je n’appréhende pas non plus d’arbitrer à nouveau Toulon. Je le répète, un arbitre ne vient pas avec ses prétendus ressentiments dans un stade.