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Combinaisons/Skills/Technique


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el landeno

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Posted Yesterday, 19:23 PM

La préparatrice cérébrale des sportifs, Aurélie Lamy, décrypte sa méthode de développement des aptitudes du cerveau : « Un travail de fond »

Aurélie Lamy, préparatrice cérébrale dans le milieu sportif comme à Arsenal en 2022, auprès de Mikel Arteta, ou aujourd'hui du troisième-ligne international Lenni Nouchi, explique le principe de sa méthode.

Préparatrice cérébrale depuis plus de dix ans, Aurélie Lamy a créé une méthode unique de décryptage et de développement des aptitudes cérébrales auprès des sportifs de haut niveau. Très implantée dans le sport automobile, elle exerce aussi dans des disciplines variées (aviron, VTT, tennis) et donc le rugby.

 
 
 
 

Avant de réaliser des « trainings » hebdomadaires avec le Montpelliérain Lenni Nouchi, elle a notamment été consultante auprès de Fabien Galthié en équipe de France (2020-2021). L'entraîneur Mikel Arteta l'a, lui, surnommée « brain optimizer » lors de son passage à Arsenal en 2022.

 
 
Son métier : « Débloquer au mieux son intelligence situationnelle »

« La préparation cérébrale est une modélisation fonctionnelle du cerveau. L'idée est de réguler les trois grands modes de notre cerveau : le mode émotionnel, le mode instinctif (le somatique, lié aux sensations, au corps, à la gestuelle) et enfin le mode analytique (ce qui relève de la pensée, du calcul, de l'analyse). Nous avons tous un mode de cerveau fort et un mode faible. La préparation cérébrale vise à trouver un équilibre dans le fonctionnement de ces trois modes afin de débloquer au mieux son intelligence situationnelle.

 

J'aide les athlètes ou les équipes à s'adapter à tout type de situation parce que je ne suis pas guidé par un cerveau fort, mais qu'au contraire, je suis capable d'utiliser le bon mode de cerveau au bon moment. C'est un travail de fond au quotidien qui permet d'obtenir un résultat stable et définitif. Je travaille aussi en compétition, plus pour sécuriser la performance en évitant au cerveau de l'athlète de faire une fausse route. »

 
 
 
 
Sa méthode : « Travailler à la régulation du cerveau fort »

« J'ai mis en place un test permettant de savoir quelle est la prédominance cérébrale d'un individu. Je vais travailler à la régulation du cerveau fort, l'augmentation du cerveau faible afin que les athlètes acquièrent eux-mêmes cette capacité de se décrypter en temps réel et de s'ajuster durant les compétitions. Lenni (Nouchi) sait désormais quand il s'emballe et peut y remédier. La méthode s'applique en individuel mais aussi en collectif.

 
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Lenni Nouchi en pleine séance avec Aurélie Lamy. (A. Mounic/L'Équipe)
 

Quand une équipe perd le fil, les joueurs ne sont plus connectés à leur corps, ils sont envahis par leurs pensées. Les équipes peuvent également avoir une prédominance : soit trop analyser, soit trop paniquer, soit être trop dans son corps et généralement, ça se transforme en carton rouge car on ne maîtrise plus rien. Des techniques à mettre en place en match, par les leaders, existent. »

 
Son application aux différents sports : « Éviter d'avoir des pensées trop négatives ou positives »

« Par exemple, au tennis, quand l'athlète tourne le dos à son adversaire pour revenir vers sa ligne de service, c'est un moment d'attente où il pense souvent au point qu'il vient de jouer. J'utilise des techniques de saturation cognitive du cerveau, comme compter ses pas et les caler sur sa respiration, pour éviter d'avoir des pensées trop négatives ou trop positives.

 

En VTT descente et en sports automobiles, le cerveau émotionnel peut être fortement activé car il y a un facteur risque. Si c'est trop activé, le corps s'emballe (le coeur notamment) et le champ de vision se réduit (perte de lucidité). On va donc travailler des exercices de régulation émotionnelle pour éviter ces deux aspects et améliorer les performances. »

 
 
Sérénité mentale, musculation du cerveau et enregistrement des sensations : une heure de préparation cérébrale avec Lenni Nouchi
Depuis deux ans, Lenni Nouchi est accompagné par Aurélie Lamy, préparatrice cérébrale. Mi-septembre, le troisième-ligne international de Montpellier (22 ans, 8 sélections) a convié « L'Équipe » à un « training ».
Un soleil de plomb tape encore fort sur Montpellier en cette fin d'après-midi du lundi 14 septembre. Lenni Nouchi, toujours en convalescence à la suite de sa blessure à la cheville gauche (contractée avec l'équipe de France cet été), revient au centre d'entraînement du MHR après une petite sieste.
 
 
 
 

Comme chaque semaine, l'international tricolore a rendez-vous avec Aurélie Lamy, sa préparatrice cérébrale. « Quand nous étions plus jeunes, maman nous (ses deux frères et lui) a poussé à faire de la préparation mentale et notamment de la sophrologie pour gérer nos émotions, glisse le troisième-ligne en préambule. Avec mon papa, c'était le physique, le rugby pur. Ma mère a trouvé un moyen d'apporter un truc à elle. Quand j'ai rencontré Aurélie, j'ai adhéré à son idée de muscler mon cerveau. »

 
 

Aurélie Lamy présente la préparation cérébrale : « Un travail de fond »

Si leurs « trainings » se font généralement en visio, ils ont accepté de se retrouver au Septeo Stadium pour l'occasion. Installés dans une loge climatisée du stade, Nouchi et Lamy sont face à face. L'ordre du jour ? Son retour à la compétition (il sera sur la feuille de match face à Toulon dimanche, 21 h 05). « Aurélie est là pour m'aider à ne pas brûler les étapes, sourit le jeune homme de 22 ans. Je dois me canaliser pour ne pas reprendre trop vite et risquer de me blesser à nouveau. »

 
 

« Aujourd'hui, ton émotion est celle d'un joueur qui a envie de reprendre, de se montrer. Ça engendre de l'excitation. Tu augmentes ton tonus et tu ne perçois plus du tout tes douleurs, ce qui n'est pas bon »

Aurélie Lamy, préparatrice cérébrale à Lenni Nouchi

 
 
 
 
 

« Comment ça va Lenni ? » attaque Lamy, son ordinateur à portée de main. « Tout va bien, répond le Montpelliérain, sourire aux lèvres. J'ai franchi toutes les étapes demandées, la douleur est inexistante. Je me suis chauffé tout seul pour reprendre plus tôt, mais je suis revenu à la raison. » « Le dernier training t'a aidé ? » poursuit-elle. « Oui, notamment celui sur la reprise de course, même si j'étais un peu raide après les exercices. » Nouchi l'avait visualisé a posteriori pour travailler la sensation de ses appuis et améliorer sa reprise de course réelle. Lamy, feutre en main, attrape son bloc-notes et dessine les trois types d'aptitudes cérébrales qui composent notre cerveau. Elle interroge Nouchi. Un dialogue s'engage.

 
 

- « Quelle est ta prédominance cérébrale ? » interroge-t-elle.

 

- « Les émotions. »

 

- « Quand tu t'es beaucoup dépensé, ça t'amène aussi de l'excitation : ce cocktail (émotion + pensée) te coupe de ton corps et engendre un risque de blessure. Aujourd'hui, ton émotion est celle d'un joueur qui a envie de reprendre, de se montrer. Ça engendre de l'excitation. Tu augmentes ton tonus et tu ne perçois plus du tout tes douleurs, ce qui n'est pas bon. Ça te coûte aussi sur ta gestion d'énergie. Si tu envoies trop, ça te met aussi en état de risque. Il y a de belles échéances à venir, ce n'est pas le moment de faire n'importe quoi. On gère l'excitation. »

 

Lamy ouvre sur son ordinateur une application, dans laquelle les athlètes peuvent retrouver leur programme d'entraînement, et lance une évaluation en cinq thèmes notés sur 10 et réalisée à chaque séance afin de pointer les améliorations ou au contraire les baisses de régime.

 

- « Quelle note en sérénité mentale ? » demande-t-elle.

 

- « 8. »
- « Sommeil ? »
- « 7... Ce n'est pas l'Amérique, mais il y a du mieux. Je m'endors tard, je traîne, même si j'ai réduit le temps de sieste. »
- « Motivation ? »
- « 9 ! »
- « Confiance ? »
- « 6. »
- « Pourquoi ? »
- « Parce que je n'ai pas encore retouché le ballon. »
- « Détente physique ? »
- « 6. »
- « Tu as revu les exercices sur ton diaphragme ? (son diaphragme s'était bloqué précédemment) »

 

- « Non, pas du tout... »
- « Alors on y va ! Prends une respiration normale, mets tes mains sur ton ventre... »
- « Je respire par le ventre ? »
- « Respire et tais-toi ! » se marre Lamy avec humour et bienveillance.

 
Étirer son diaphragme, écouter ses sensations intérieures

Nouchi ferme les yeux, pose sa main gauche sur son thorax et sa main droite, plus bas, sur son ventre. Il inspire et expire lentement par la bouche et doit laisser son ventre ressorti. L'objectif de l'exercice est d'étirer au maximum son diaphragme. « Ça fait déjà mal, je ne tiens pas longtemps », peste le troisième-ligne. « Prends ton temps », glisse la préparatrice cérébrale. « J'ai chaud, je suis en tempête émotionnelle », se marre-t-il en secouant son t-shirt. Il a le visage rouge et quelques gouttes perlent sur son front alors qu'il est resté immobile sur sa chaise. Il boit quelques gorgées d'eau.

 

Lamy propose d'effectuer un autre exercice, préconisé dans l'écoute de ses sensations intérieures. Mais avant, la préparatrice cérébrale note sur un paperboard les différents niveaux de vigilance du cerveau : hypervigilance, la veille (ou vigilance classique), l'attention flottante (« celle propice à la sensation du corps, ce qu'on va chercher », précise-t-elle), le sommeil, le coma et la mort. « Tu te situes où ? » interroge-t-elle. « En veille », répond-il. L'exercice commence. Le troisième-ligne se recule, cale sa tête contre la baie vitrée juste derrière lui et ferme les yeux. Mains et jambes croisées, il écoute attentivement Lamy, qui enregistre chaque séance. De sa voix posée, elle demande au Montpelliérain de relâcher au maximum son corps, « pour relâcher les endorphines ». « Relâche ton crâne... Relâche ton front... »

 
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Après avoir été finaliste du Top 14 la saison dernière, Lenni Nouchi a rejoint les Bleus pour deux matches du Championnat des nations. (A. Mounic/L'Équipe)
 

Tout y passe : joues, bouche, mâchoire, cou, épaules, bras, doigts, trapèzes, ventre (liste non exhaustive). « Concentre-toi sur ta respiration, insiste-t-elle. L'air froid à l'inspiration, l'air chaud à l'expiration. Concentre-toi sur le passage dans ta trachée. » Puis c'est au tour du bas du corps : bassin, jambes, genoux, mollets, pieds, orteils... Elle insiste sur le bas du corps. « Sois à l'écoute de ce qui se passe dans chaque partie de ton corps, intime-t-elle. Tu dois être capable de percevoir où débute ta chaussure sur ton pied. »

 
 

« Avant, j'étais partout et nulle part à la fois. Aujourd'hui, je suis plus intelligent sur le terrain. Comme lorsque je loupe une action, je switche plus rapidement grâce à de petites techniques glissées par Aurélie »

Lenni Nouchi, troisième-ligne de Montpellier

 
 

Pour terminer, elle lui demande de répéter deux exercices de « Jacobson ». À l'inspiration, il doit retenir l'air et contracter l'intégralité des muscles de son corps. À l'expiration, à l'inverse, il doit se relâcher le plus possible et abaisser au maximum son tonus musculaire. Le but : enregistrer les sensations dans sa mémoire corporelle et affiner la finesse de sa perception pour que son excitation ne masque pas un résidu de douleur.

 

Après une petite quinzaine de minutes, Nouchi rouvre les yeux, s'étire les bras et s'essuie encore le visage, avec les deux mains cette fois. Son t-shirt est mouillé. « J'ai tellement chaud, ce n'était pas agréable, précise-t-il. Au début, je suis descendu en attention flottante, pas longtemps. J'ai perçu mon mollet gauche et ma cheville blessée, surtout le mollet où j'ai senti des douleurs et des tensions. »« Lenni est un émotionnel, prévient la préparatrice cérébrale. Se savoir observé (par notre présence) ne l'a pas aidé. Normalement, il est très calme et proche du sommeil. » La session d'une petite heure touche à sa fin.

 

« Fais tes exercices de retour au corps après tes entraînements et tes exercices de diaphragme », glisse-t-elle. « En match, ça m'aide à ressentir mon état corporel, à savoir où j'en suis afin de mieux me gérer physiquement, explique Nouchi. Avant, j'étais partout et nulle part à la fois. Aujourd'hui, je suis plus intelligent sur le terrain. Comme lorsque je loupe une action, je switche plus rapidement grâce à de petites techniques glissées par Aurélie. » Des techniques faciles à exécuter, très rapides et imperceptibles pour un oeil non averti. Lamy conclut : « Son plus grand défi est maintenant de réussir à garder ce cap de constance sans que le côté émotionnel de son cerveau ne reprenne le dessus. »

 
 
 





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