Trois ans plus tard, dans l'avion entre Brisbane et Tokyo, on s'est posé la question : et si, par malheur, les mêmes galères frappaient les meneurs de jeu du XV de France, ce qu'on ne leur souhaite évidemment pas, serait-on aussi paniqué ? Ce lancement de Championnat des nations apporte un début de réponse négative.
Et si tout le monde est sur le pont, alors Fabien Galthié aura l'embarras du roi sur cet axe 9-10-15 qui pilote ses systèmes de jeu. Il a dans ses mains une quinte flush royale Dupont-Lucu-Ntamack-Jalibert-Ramos à faire pâlir d'envie ses rivaux, à commencer par des Australiens qui ont commencé samedi, à Brisbane, avec une charnière Lonergan-Meredith à six sélections et qui n'a pas fait le poids sur la durée du match (26-42).
Dupont et Thomas Ramos sont absents pour ces tests de juillet, mais les trois autres prennent le relais brio, donnant cette impression de profusion de biens.
« C'était assez facile de prendre des repères. Et ce n'est que du bonheur de jouer avec Matthieu »
« Avec des joueurs comme ça, c'est assez facile de trouver des automatismes, on parle à peu près le même rugby, souligne l'ouvreur toulousain. Dans le système de jeu des Bleus, l'ouvreur et le 15 se suppléent beaucoup en temps normal, donc c'était assez facile de prendre des repères. Et ce n'est que du bonheur de jouer avec Matthieu. »
On est loin de l'ambiance autour du « Jalimack » 10-12 qui n'avait pas survécu aux deux premiers tests de novembre 2021. Depuis, jamais les deux phénomènes n'ont été associés, mais plutôt mis en concurrence, ce que semblait avoir oublié Fabien Galthié samedi soir en raillant « le buzz » médiatique autour des deux joueurs.
Ntamack a cumulé samedi soir un essai, une passe décisive au pied sur le premier essai d'Aaron Grandidier-Nkanang, deux franchissements, quatre défenseurs battus, 139 m parcourus. Jalibert ? Une passe au pied pour le second essai de l'ailier palois, cinq défenseurs battus, 121 m parcourus... La double menace a donné le tournis aux Wallabies et multiplié les solutions offensives des Bleus dans ce système à deux ouvreurs cher à Fabien Galthié.
« L'association de bons joueurs n'a jamais fait de mal à une équipe. L'association de très bons joueurs non plus. »
« L'association de bons joueurs n'a jamais fait de mal à une équipe, en souriait ce dernier. L'association de très bons joueurs non plus. » Cette théorie ne pourra que se vérifier quand Thomas Ramos reviendra pour les rendez-vous de novembre. S'il n'a pas les appuis électriques de Matthieu Jalibert, l'arrière toulousain est un maître en stratégie et un buteur redoutable dont il semblait difficile de se passer quand il a passé la pénalité de la gagne il y a quatre mois face à l'Angleterre.
Ntamack ou Jalibert en 10 ? Ramos ou Jalibert en 15 ? Le simple fait de se poser la question suffira à confirmer au Bordelais qu'il a en tout cas marqué des gros points pour revenir dans la durée sur les feuilles de match, ce qui était loin d'être une évidence en fin d'année dernière.
Lucu en relais de Dupont « Quand Matthieu est sur le terrain, j'ai beaucoup moins de doutes que quand il n'y est pas, qu'il soit en 10 ou en 15, se marrait samedi soir son coéquipier à l'UBB, Jefferson Poirot. Il n'y avait pas de doutes à avoir, le système de jeu est fait aussi pour avoir deux 10 sur le terrain, on le voyait quand Thomas Ramos était là. Matthieu s'est fondu là-dedans naturellement, j'ai vraiment aimé sa complicité avec Romain (Ntamack). »
Sur la route de la Coupe du monde en Australie l'an prochain (1er octobre-13 novembre 2027), la stature prise par Maxime Lucu cet été est aussi une très bonne nouvelle. Le Bordelais, nommé capitaine en attendant l'arrivée d'Antoine Dupont, qui n'a finalement jamais eu lieu, s'est affirmé comme un leader. Il souriait, presque gêné, quand on lui signalait qu'il faisait partie des rares capitaines à avoir gagné dans l'hémisphère Sud.
« Je me suis surtout concentré pour bien faire jouer l'équipe et mettre en oeuvre ce qu'on avait travaillé dans la semaine du mieux possible », commentait-il. Une mission qu'il réussit malgré ce manque de réalisme et de précision qui a empêché les Bleus de signer un gros coup en Nouvelle-Zélande (34-32) et de maîtriser la première période en Australie.
Capitaine en club, Lucu semble avoir pris la mesure de ce rôle sur ces trois matches de juillet en équipe de France. On allait oublier, il peut dépanner en 10, comme Dupont, si, vraiment, il y a besoin. Vous avez dit choix de riche ?