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C’était comment d’affronter l’Italie au moment de son entrée dans le Tournoi en 2000 ?
C’était plutôt sympa d’intégrer une nouvelle destination, un peu plus latine, avec un parfum presque exotique, et on jouait un peu face à nos cousins. Ce n’était pas une grande nation de rugby, on ne la craignait pas comme les autres, mais on savait qu’ils étaient capables de coups d’éclat. On savait qu’en les prenant sérieusement, on s’assurait la victoire, quelque part, et le suspense résidait plutôt dans l’écart de points.
Vous sentiez que la semaine de préparation était moins studieuse que pour les autres matchs ?
Bernard Laporte nous mettait énormément sous pression avant des matchs qu’il considérait comme plus faibles car il savait que, naturellement, il y avait un peu de relâchement de notre part. J’ai souvenir de la veille d’un Italie - France où il pleut – ce qui est plutôt rare à Rome. Au tout début de la mise en place, pendant l’entraînement du capitaine, on fait tomber deux ballons. Et il pète un plomb. « Vous faites chier avec vos en-avant, si on fait ça demain, ça va être la merde. Allez, on enlève les ballons, au moins vous ne les ferez pas tomber ! » Et là, tu te retrouves comme un idiot, avec l’impression d’être dans un jeu où tu dois mimer pour faire deviner aux autres.
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Rome n’a pas grand-chose à voir avec Cardiff, Dublin, Édimbourg ou Londres…
On arrivait dans une ville qu’on ne connaissait pas, pour la plupart. Une autre langue, un état d’esprit différent. Il y avait moins de ferveur, donc contrairement aux autres capitales, tu pouvais te balader et faire du tourisme. J’allais au Vatican, à la fontaine de Trevi… On va dire qu’il y a davantage de choses à voir qu’à Cardiff (sourire). On avait plus de moments conviviaux entre nous, on allait se faire des pâtes, une pizza, une glace… On jouait à Flaminio, un stade beaucoup plus modeste (24 000 places) que le stade olympique (que la Squadra Azzurra investira en 2012, NDLR). Tu avais l’impression que c’était le stade de Givors avec quelques gradins mis à l’arrache.
Et les troisièmes mi-temps là-bas ?
On avait l’habitude d’aller dans des pays où les gens étaient – passez-moi l’expression – mal fagotés. On était un peu les beaux gosses, les représentants de la French Touch ! Et là, quand on est arrivés en Italie… On a été mis sur la touche. Ils sont vraiment les dépositaires du lifestyle et du bon goût. Nous, on découvrait d’autres endroits, un autre état d’esprit, mais dans la bogossitude, on est redescendus d’un niveau.
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Vous avez côtoyé pas mal d’internationaux italiens au Stade Français : Diego Dominguez, les frères Bergamasco, Sergio Parisse… Ça chambrait, avant ou après les matchs du Tournoi ?
Pas tant que ça, car il y avait un peu de pudeur. On savait que leur sélection n’était pas forcément au niveau. Ce n’était pas dans notre tempérament de leur dire « fermez-la, on vous en a collé 30 ou 40 ». Pendant le match, si le score commençait à être lourd, on avait plus tendance à mettre une petite tape amicale, bienveillante. J’ai eu des situations plus complexes quand on jouait l’Argentine, avec Rodrigo Roncero. C’était d’un autre calibre, et là, on ne parlait carrément jamais du match. Finalement, la seule fois où ça a énormément chambré, c’est avec Christophe Dominici.
Pourquoi ?
Il avait pris un plaquage mortifère de Castrogiovanni. Ça l’avait laissé sur place et il était sorti sur civière. Mais finalement tout allait bien, le lendemain il était de retour à l’entraînement. Pendant des années au club, Italiens comme Français, on lui en a mis plein la tronche, parce que c’était notre boute-en-train.
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Archives Thierry David/SO
Quel match face à l’Italie vous a le plus marqué ?
Sans doute le premier à Rome, en 2001. Nouvel adversaire, nouveau stade… C’est plus le fait d’avoir participé à l’événement, au premier match de l’équipe de France en Italie dans le cadre du Tournoi. Ils s’étaient vraiment bien défendus, d’ailleurs le score n’est pas si large (victoire 19-30). Il y avait sans doute un peu de timidité de part et d’autre, on ne savait pas trop où on allait. Il n’y avait pas eu beaucoup de jeu, ça avait bataillé dans les regroupements. Ensuite, il y a eu beaucoup de larges victoires, plus souvent là-bas que chez nous d’ailleurs. La pression sur leurs épaules à domicile, peut-être…
Jusqu’à ce match de 2011, la première défaite française contre l’Italie dans le Tournoi (22-21)...
On était un groupe sous pression dans une année de Coupe du monde. On sentait que le discours de Marc Lièvremont était un peu usé, on n’était pas tout à fait d’accord sur un certain nombre de choses, la stratégie… Il y avait peut-être aussi une cassure entre les jeunes et les vieux, dont je faisais partie. Le match d’avant, on perd à Twickenham (17-9). Et ça pète à Rome. Les Italiens nous ont battus sur l’envie, le combat. Il ne me semble pas que nous, les anciens, ayons été les plus mauvais ce jour-là. Mais il fallait des boucs émissaires. Jérôme Thion, Sébastien Chabal et Yannick Jauzion ne sont plus revenus. Moi, j’ai eu ma dernière sélection contre l’Irlande à Bordeaux l’été qui a suivi.
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