Recrue estivale en provenance d'Albi (Nationale), l'ouvreur du Castres Olympique, Théo Vidal, a donné la victoire à son équipe en transformant un essai du bord de touche, samedi, face à Toulon (29-27). À 27 ans, Il honorait la première titularisation de sa carrière en Top 14.
On jouait depuis soixante-treize minutes, samedi après-midi, lorsque Théo Vidal s'élança pour taper la transformation en coin de l'essai planté quelques secondes plus tôt par son partenaire ailier Rémy Baget. Le Castres Olympique venait d'égaliser (27-27) et tenait donc là l'occasion de passer devant Toulon pour la première fois de la partie.
Et c'est lui, Vidal, qui découvre le Top 14 à 27 ans, qui jouait encore à Albi en Nationale il y a quelques semaines, qui a pris la responsabilité de ce coup de pied décisif. La transformation n'était vraiment pas facile. À la fin de la première période, il en avait d'ailleurs raté une très similaire après l'essai de l'autre ailier du CO, Adam Vargas. Sauf que c'était de droite à gauche. Là, c'était de gauche à droite, et l'ouvreur tarnais ne s'est pas démonté (72e).
« À chaque coup de pied, à la fin, j'avais une petite crampe »
Théo Vidal, ouvreur de Castres
« Je ne ressentais plus grand-chose parce que j'étais mort depuis la 45e, a-t-il avoué à l'issue de la rencontre. J'avais des crampes au mollet. Sur l'intensité, le rythme de jeu, il y a quand même une grosse différence entre le Top 14 et la Nationale. En Top 14, il y a beaucoup moins de pauses, donc beaucoup moins de récupération. À chaque coup de pied, à la fin, j'avais une petite crampe, mais pas au point de ne plus pouvoir jouer, même si la fin de match a été compliquée. Sur cette dernière transformation, j'ai essayé de récupérer au maximum, et comme ça va très vite avec le chrono des 45 secondes, je n'ai pas eu le temps de penser à grand-chose. Je savais juste qu'à la mise en place de la veille de match, il y avait du vent de gauche à droite. J'ai donc essayé de viser le poteau gauche. Je la tape d'ailleurs un peu trop à gauche à mon goût. J'ai eu de la chance qu'elle revienne. »
Tir gagnant (29-27). Malgré plusieurs occasions en toute fin de match, notamment un drop manqué après la sirène, le RCT ne reviendra pas. Pour son deuxième match en Top 14 (il était déjà entré en jeu à Perpignan le week-end précédent), et pour sa première titularisation, Vidal a donc réussi le tour de force de faire gagner son équipe grâce à ce coup de pied. « Je savais qu'en la passant, on faisait un grand pas vers la victoire, a-t-il observé. Ça m'a réussi aujourd'hui, mais ça peut ne pas me réussir demain. C'est la vie d'un buteur. »
Sa vie de buteur, le néo-Castrais l'a donc d'abord passé dans les divisions inférieures. Formé à Tarbes, passé par Bagnères, il était encore à Albi à la fin du mois de juillet dernier, où il venait même de se taper trois semaines de préparation physique, lorsque le manager du CO Xavier Sadourny l'appela pour lui proposer un contrat de trois ans en remplacement d'Enzo Hervé, lequel venait d'être prêté à Montauban (Pro D2). « Xavier m'a dit : "Écoute, maintenant, tu viens avec nous." Ah bon ? OK, feu ! Je n'ai même pas eu le temps de réfléchir, et c'est sans doute mieux comme ça. »
Considéré comme le meilleur joueur de Nationale la saison dernière, Vidal a donc osé le grand saut dans le grand monde sans trop se poser de questions. Et il a bénéficié de la blessure du taulier castrais en 10 Louis Le Brun (entorse d'une cheville) contre l'USAP pour être titularisé dès la 3e journée. « C'est incroyable, s'est-il enflammé. Je crois que je suis encore dans le déni. Je ne me rends pas encore compte des enjeux de ce Top 14. Pour moi, ça n'est que du rugby. Mais c'est vrai que jouer devant 10 000 personnes qui poussent derrière toi, c'est quand même assez dingue. »
« Je n'ai pas fait ce que je voulais dans mes annonces offensives, mais ça viendra progressivement en connaissant un peu plus les mecs et en apprenant davantage le plan de jeu »
Théo Vidal
Face au RCT, le novice a fait son match. Tantôt sobre, tantôt audacieux. « Je commence à avoir des repères, même si ce n'est pas encore parfait, a-t-il admis. Disons que je suis encore en rodage. Je n'ai pas fait ce que je voulais dans mes annonces offensives, mais ça viendra progressivement en connaissant un peu plus les mecs et en apprenant davantage le plan de jeu. » Vidal a quand même marqué les esprits. Notamment celui de Pierre Mignoni, le directeur du rugby du RCT, qui s'y connaît en joueurs issus de la Nationale, puisque les ailiers Gabin Villière (Rouen) et Gaël Dréan (Rennes) en proviennent.
« Ça montre qu'il n'y a pas beaucoup d'extraterrestres dans ces compétitions-là, mais qu'il y en a quand même, a-t-il reconnu. Quand je dis extraterrestres, je parle de joueurs qui sortent un peu du cadre et du lot. Chez nous, au RCT, on a Greg Le Corvec (ancien troisième-ligne) qui connaît bien cette division et qui a toujours un oeil dessus pour voir ce qu'il s'y passe. Car il peut y avoir des ovnis comme ça. Bravo à Théo, il a mis une transformation qui n'était pas simple. C'est bien pour lui, et moins bien pour nous. »









