On entend un peu partout, en France, et ailleurs, que le Top 14 est le meilleur Championnat du monde, le plus dense. Mais est-il le meilleur Championnat d'Europe ? Depuis le début de la Coupe des champions dont les cinq derniers vainqueurs sont français, la question se pose. Et si la réputation suffisait à gagner une rencontre, cela se saurait. Deux journées ont été disputées et on ne peut pas dire que les équipes de notre élite roulent sur tout ce qui vient des îles Britanniques, avec ce week-end par exemple, quatre défaites...
Cela fait désordre sur le tableau, avec quelques scores incroyables, des humiliations même. On pense à Bayonne et à Pau qui ont coulé chez les Harlequins (68-14) et chez les Bears de Bristol (61-12), deux clubs qui ne figurent pas dans les meilleures équipes de Premiership.
Les Londoniens de Marcus Smith, par exemple, n'avaient gagné que deux matches depuis le début de la saison. Dimanche, ils ont ridiculisé les Basques en leur collant 60 points. C'est énorme, et triste pour le sérieux de l'épreuve. On a une pensée pour les fans qui assistent à ces duels qui n'en sont pas et aux diffuseurs qui payent pour ces « pantalonnades ».
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L'Aviron comme la Section Paloise ont perdu leurs deux premiers matches mais peuvent encore espérer décrocher un ticket pour les huitièmes de finale, dans une compétition qui ne ressemble à pas grand-chose et que la plupart des clubs français n'ont pas très envie de jouer, ou aimeraient jouer mais ne peuvent pas car ils ont des soucis d'effectif, ou parce qu'ils galèrent sur la scène nationale. C'est ce qu'ils racontent. Et c'est ce qu'ils pensent aussi.
On se souvient des mots de Grégory Patat, le coach de Bayonne, prononcés à l'issue du match perdu il y a une grosse semaine, à domicile, contre les Stormers (17-26). Il était déçu d'avoir une infirmerie pleine, et frustré de ne pouvoir aligner sa meilleure équipe pour aborder cette Coupe des champions... On le comprend et on entend l'excuse des absents.
Mais samedi après-midi, sous le magnifique soleil de Clermont-Ferrand, Sale a donné une leçon de rugby aux joueurs de Christophe Urios. Alex Sanderson, le manager du club anglais, était privé de 13 joueurs pour ce déplacement, dont George Ford, Luke Cowan-Dickie, Tom Curry et Joe Roebuck, quatre titulaires en puissance, quatre cadres souvent alignés en sélection par Steve Borthwick, le coach du XV de la Rose. Cela signifie donc qu'il est bel et bien possible de vaincre avec une formation diminuée.
La saison passée, Castres était parvenu à s'imposer sur la pelouse des Saracens avec une équipe totalement improbable. Mais les jours précédant la confrontation, les joueurs choisis avaient compris qu'un exploit était possible, convaincus par le discours du staff... Cette année, malgré un début de Top 14 laborieux (8e avant la 12e journée), le club tarnais, quart finaliste du dernier exercice, n'a pas fait l'impasse. La formation de Xavier Sadourny estime que la meilleure manière de préparer le retour à l'exercice national, c'est de performer en Coupe des champions. Est-ce que Clermont, qui vient de prendre deux fessées, contre les Saracens (47-10) et Sale (35-14), s'est remis la tête à l'endroit avant d'aller à Perpignan le 20 décembre en Top 14 ? Pas certain.
Dimanche soir, on a croisé quelques joueurs castrais fêtant leur succès face à Édimbourg (33-0). On a évoqué avec eux cette problématique. Ils n'ont pas voulu tirer sur leurs homologues rappelant qu'il y a quelques années, Castres se qualifiait pour l'épreuve mais laissait filer les matches, trop accaparé par la pression, la dureté et l'intensité du Championnat. « Et cela reste le meilleur, assure un joueur, et je suis persuadé que si la meilleure équipe de Top 14 défie aujourd'hui la meilleure équipe anglaise, elle gagnera avec 50 points d'écart... » Toulouse - Bath pourrait être une belle finale, mais on imagine très mal Finn Russell, Ben Spencer, Guy Pepper et Sam Underhill craquer autant face aux hommes d'Ugo Mola.
Les Anglais ont rattrapé une partie de leur retard, à l'image de Bath, donc, mais aussi de Northampton (finaliste la saison dernière) ou encore des Saracens. C'est peut-être juste une impression, mais ils ont l'air d'être plus frais, plus fort physiquement, plus rapides, mieux préparés pour la Coupe des champions où le temps de jeu effectif est plus long que sur les terrains français, avec un ballon qui vit, bouge beaucoup.
Un rythme différent et effréné qui essouffle les formations du Top 14. Il y a dix jours, à Gloucester (34-14), Castres s'était par exemple trompé d'approche, continuant de penser occupation et dépossession, alors que pour réussir, il faut avoir le ballon dans les mains. On peut aussi parler de l'arbitrage qui est différent, notamment autour des rucks, et sur le jeu au sol.
Une somme de petites explications qui semble pourtant légère pour justifier la faillite des clubs du Top 14 depuis les deux premières journées de cette Coupe des champions. Est-ce que ce sera mieux en janvier, pour les deux dernières ?










