20.000 kilomètres, 5,5 tonnes de CO2… L'aberration écologique des périples sud-africains en Champions Cup
Clermont s’apprête donc à effectuer 20.000 km aller-retour pour affronter les Sharks à Durban, samedi 17 janvier (14 heures). Un périple très coûteux sur le plan environnemental. Une constante depuis l’entrée en lice des clubs sud-africains en 2022.
Par Arnaud Clergue (La Montagne)
Publié le 12 janvier 2026 à 05h55
L’ASM va devoir accomplir un véritable périple dès ce soir au départ de Clermont-Ferrand. De la capitale auvergnate jusqu’à Durban, où se déroulera la rencontre de samedi (14 heures) face aux Sharks, la délégation « jaune et bleu » va parcourir 10.000 km et prendre trois avions différents au départ de Lyon, avec deux escales à Francfort et Johannesburg. Un voyage éreintant pour les organismes et très impactant pour l’environnement…
En entrant les données dans différents calculateurs, ce périple aller-retour représente une émission de 5 à 5,5 tonnes de CO2 équivalent par personne. En un seul voyage, les 43 membres de la délégation auvergnate auront émis plus de deux fois les préconisations établies pour préserver la planète. Selon l’ADEME, un Français émet en moyenne 10 tonnes de CO2 par an. Or, pour atteindre la neutralité carbone et limiter le réchauffement climatique, il faudrait se limiter à 2 tonnes de CO2 par an.
Le mauvais exemple des Stormers
Depuis l’introduction des clubs sud-africains dans la Champions Cup lors de la saison 2022-2023, plus d’une quarantaine de voyages de ce type auront été effectués entre l’Europe et la nation arc-en-ciel (à l’issue de cette phase de poules, le week-end prochain). Avec parfois des situations très incongrues… Lors de la première journée, le 5 décembre dernier, les Stormers se sont déplacés à Bayonne avant de recevoir La Rochelle au Cap, le samedi 13 décembre. N’aurait-il pas fallu faire jouer cette confrontation sur le sol français et ainsi éviter deux longs trajets en avion ?
Julien Pierre, ancien rugbyman professionnel et fondateur de Fair-play for Planet, premier label écoresponsable destiné aux clubs, sites et événements sportifs, dénonce une hérésie environnementale.
« Je ne comprends pas que l’on ait intégré les Sud-Africains dans cette compétition. C’est un contre-sens et une aberration par rapport à tout ce que l’on veut mettre en place concernant l’empreinte carbone du sport et du rugby. Je ne dis pas qu’il faut forcément faire moins. Je ne suis pas forcément pour la décroissance, mais il y a moyen de faire mieux. Il faut réfléchir à une meilleure organisation de ces compétitions pour réduire les impacts. Au-delà de l’impact carbone, on ne renvoie pas une bonne image. Quand on envoie les Stormers jouer à Bayonne et que, la semaine d’après, on demande à La Rochelle d’aller en Afrique du Sud, quelle exemplarité donne-t-on ? Quel message envoie-t-on ? »
Reste que le sport professionnel est profondément ancré dans la société. Ces allers-retours en avion ne sont qu’une goutte d’eau parmi les multiples compétitions à travers le monde. Selon une étude de la BBC, les trois épreuves européennes de football (Ligue des champions, Ligue Europa, Ligue Europa Conférence) représentent par exemple environ 500.000 tonnes de gaz à effet de serre émises dans l’atmosphère pour la seule saison 2024-2025.
Sortir de l’exigence d’équité sportive
Si l’on ne dispose pas de données chiffrées exactes concernant les compétitions continentales de rugby (*), l’EPCR semble encore loin du mastodonte qu’est l’UEFA. Il n’empêche que l’organisateur de la Champions Cup et de la Challenge Cup doit absolument faire mieux en matière d’optimisation écologique.
« Amortir les déplacements en enchaînant les matchs sur un même territoire est une nécessité. C’est d’ailleurs ce qui se fait de plus en plus. Le circuit mondial de VTT concentre les manches aux États-Unis et en Europe afin que les participants n’aient à venir qu’une seule fois sur chaque continent sans avoir à faire 36 allers-retours. Cela existe aussi dans le rugby, mais il y a encore moyen d’optimiser, à condition de sortir de cette exigence d’équité sportive consistant à organiser des matchs chez l’un puis chez l’autre. Le fait que les clubs sud-africains viennent systématiquement en Europe pour disputer tous les matchs signifierait que ce seraient uniquement eux qui subiraient la fatigue du voyage, ce qui impacterait leurs performances sportives. Mais au regard de l’urgence environnementale, il va bien falloir abandonner certains principes », commente Maël Besson, spécialiste de la transition écologique du sport.
Une mutualisation avec l'URC
Nous avons contacté l’EPCR pour connaître sa position sur le sujet. L’instance européenne du rugby dit avoir parfaitement conscience de la problématique, tout en justifiant des efforts d’harmonisation avec l’URC, l’autre compétition disputée en Europe par les clubs sud-africains.
« Dès la construction des calendriers, l’EPCR agit pour réduire les déplacements au strict minimum indispensable, notamment grâce à une harmonisation des calendriers avec l’United Rugby Championship (URC). »
Ce fut notamment le cas lors de la 1re journée de Champions Cup, où les trois clubs sud-africains n’ont pas eu à se déplacer après avoir disputé leurs matchs d’URC. En revanche, les Bulls ont ensuite disputé un match à Northampton le 14 décembre avant de rentrer affronter les Sharks à Durban six jours plus tard dans leur championnat domestique.
L’EPCR précise enfin vouloir organiser des finales neutres d’ici à six ans. « Ces engagements s’inscrivent pleinement dans le programme impACT, qui structure l’ensemble de la démarche de l’EPCR en matière de développement durable. L’objectif est clair : des finales neutres en carbone d’ici à 2030. En parallèle, l’EPCR mène des actions sociales fortes en Afrique du Sud, en collaboration avec les instances locales, en utilisant le rugby comme un véritable levier de développement. »
(*) Selon un rapport du Shift Project paru en février 2025 et seul comparatif valable, l’empreinte carbone du football en France s’élève à 1.800.000 tonnes de CO2 et celle du rugby à 390.000 tonnes.
Pas de supporters ni de partenaires. Aujourd’hui, 80 % de l’impact carbone d’un événement sportif est lié aux déplacements des supporters. Concernant le voyage des Clermontois à Durban, cet aspect-là sera réduit à zéro puisqu’il n’y aura ni partenaire ni supporter sur place. Il y a trois ans, quelques-uns d’entre eux avaient fait le déplacement au Cap.