« Dans tous les clubs, abonde un agent, il y a désormais quelqu'un qui s'occupe plus spécifiquement du recrutement. C'est lui qui trie les CV, reçoit les appels des agents ou les appelle. Je pense à Robert Mohr à la Rochelle, à Jérôme Cazalbou à Toulouse, ou à Damien Bruno à Montpellier. » Il y a aussi Laurent Emmanuelli à Toulon. À Castres, c'est Matthias Rolland, le directeur général, qui gère cette partie. Le LOU vient de nommer Philippe Boher, à la direction sportive.
Le responsable du recrutement peut être le directeur général, le président, le directeur sportif...
« Chez nous, précise Pierre Lahore, le directeur général de la Section Paloise, c'est Brandon Fajardo, le directeur sportif adjoint, qui soulage Sébastien Piqueronies, qui est donc, lui, plus sur le court et le moyen terme » Un soulagement mais aussi un contre-pouvoir... Ces hommes sont peut-être là aussi pour limiter la toute-puissance du manager qui peut, ou pouvait à une époque, effectuer le recrutement avec l'aide de son propre agent. À Bordeaux, c'est le président, Laurent Marti, qui est le plus actif dans ce domaine. « Et c'est une originalité dans le Top 14, reconnaît un autre agent. Quand on veut parler de recrutement, on s'entretient plus avec lui qu'avec le manager... Il connaît très bien le rugby, le jeu. »
Nicolas Viguera a donc passé des heures et des heures, devant son écran, à regarder des matches de rugby du monde entier, puis à récolter un maximum d'informations sur le joueur, sur sa vie de famille, ses origines, son comportement dans un groupe. « Moi, je me déplaçais beaucoup, explique Jean-Michel Rancoule. On utilisait la vidéo mais ça ne suffisait pas pour étudier un joueur, la manière dont il se comporte sans ballon. Je suis allé au pays de Galles pour Gareth Thomas, en Irlande pour Trevor Brennan. J'aimais voir les joueurs dans leur environnement, m'installer en tribunes, écouter ce que disaient les spectateurs de ces joueurs. »
La vidéo ne permet pas cette proximité, mais elle suffit parfois. Jean-Noël Spitzer, le manager de Vannes, nous avait raconté la manière dont il avait engagé Salesi Rayasi, l'arrière ou ailier fidjien (aujourd'hui à l'UBB), en regardant des matches à la télévision. C'est aussi comme cela que Pierre-Henry Broncan, quand il dirigeait Castres, était tombé, un peu par hasard, sur Tom Staniforth, le deuxième-ligne australien qui évoluait alors chez les Waratahs. C'est aussi en passant des heures, dans son canapé, à regarder tous les championnats possibles et imaginables, qu'il avait repéré Nick Champion de Crespigny, le troisième-ligne, alors que ce dernier disputait une compétition universitaire australienne.