J'aurais pu mettre cet article dans "c'était mieux avant", mais vu que c'était face au Stade Français...
ASM Clermont : 16 ans après, les coulisses de l'essai d'anthologie du "camion bâché" Vincent Debaty face au Stade Français
Tout le monde se souvient du « camion bâché ». En octobre 2010, Vincent Debaty concluait un essai de 100 mètres après une remontée de balle folle de l’ASM face au Stade Français. Seize ans plus tard, les acteurs de cette action entrée dans la légende racontent ses coulisses.
« Tout le monde touche le ballon. Douze, treize, quatorze, quinze joueurs... Même Jean-Marc Lhermet (alors directeur sportif de l’ASM, NDLR) appelle le ballon sur son aile. Les supporters chantent dans les tribunes, ils font la chenille, ils agitent les mouchoirs. Et là arrive le camion bâché. Debaty qui arrive au milieu, 145 kilos. Il aplatit au milieu des poteaux. Formidable ! »
Les commentaires de Vincent Moscato dans son show éponyme ont largement contribué à la légende de cet essai de 100 mètres inscrit par l’ASM Clermont le 30 octobre 2010 face au Stade Français. Seize ans après, Vincent Debaty en entend encore parler.
« À chaque fois que l’ASM accueille le Stade Français, on voit les vidéos de l’essai ressortir sur les réseaux sociaux. On m’appelle beaucoup aussi et, tous les ans, ça repart. Quand Vincent Moscato a raconté cet essai avec ses mots, j’ai énormément ri. Il est très bon là-dedans. J’ai eu deux surnoms au cours de ma carrière : le “Belge” et le “camion bâché” », sourit l’ancien pilier gauche.
Un camion qui a surgi dans les vingt derniers mètres pour conclure une action de légende au cours de laquelle pas moins de quatorze Clermontois ont touché le ballon. Tous... sauf le serial marqueur Napolioni Nalaga.
« C’est incroyable de se dire qu’il est le seul à ne pas avoir touché le ballon, se marre Vincent Debaty. On s’est tous dit : heureusement qu’il ne l’a pas eu, sinon il n’y aurait jamais eu tout ça. Soit il traversait le terrain tout seul, soit il n’aurait pas fait la passe. »
Le surpuissant Fidjien, si décisif tout au long de la saison, n’a pourtant joué aucun rôle dans cette action. Jusqu’à cette 80e minute, c’est d’ailleurs un match plutôt quelconque de l’ASM.
« Dans les cinq dernières minutes, le public commençait à sortir du stade, se souvient le pilier clermontois. Les gens étaient un peu déçus de notre performance. Il y a une pénalité dans notre camp, pas très loin de notre ligne. Personnellement, je voulais qu’on tape en touche et qu’on en finisse. On n’avait rien à gagner. »
« Un essai qui a marqué le club et le rugby en général »
À 20-3, la partie est pourtant gagnée. Mais le capitaine Aurélien Rougerie veut aller chercher le point de bonus offensif. Kevin Senio joue rapidement la pénalité à la main et sert le talonneur argentin Agustin Creevy.
« Il se demande ce qu’il doit faire, raconte Aurélien Rougerie. Je vois bien qu’il me cherche du regard sans me trouver. J’étais caché derrière un joueur. Et puis, au bout d’un moment, on parvient à se voir et je lui dis : “Joue, joue, joue !” De toute façon, on n’a plus rien à perdre. »
En face, la défense parisienne monte vite et avec agressivité. Dans un premier temps, l’ASM peine à se sortir de ses 22 mètres. Il faut d’abord un relais de Julien Malzieu puis un éclair de Gonzalo Canale pour mettre les « jaune et bleu » dans l’avancée.
« Pour le coup, c’était carte blanche et feu à volonté, témoigne Julien Malzieu. C’est aussi pour cela que ça part un peu dans tous les sens. À gauche, à droite, sans forcément trouver de faille. Gonzalo finit par trouver un espace côté gauche et met tout le monde dans l’avancée. C’est un essai qui a marqué le club et le rugby en général. Ce n’est pas rare qu’on m’en parle encore aujourd’hui. »
Chisteras, passes après contact, prises d’intervalles, changements de direction, 80 mètres de remontée de balle... Tous les ingrédients sont réunis pour faire entrer cette action dans la postérité. Et le fait qu’un pilier vienne conclure l’affaire dit beaucoup du rugby total alors pratiqué par l’ASM.
« Le “gros” Debaty rentrait souvent en fin de match parce qu’il n’avait pas forcément la caisse pour tenir 80 minutes, glisse affectueusement Julien Malzieu. Mine de rien, il aimait bien croquer les ballons. Il essayait toujours de se trouver au bon endroit au bon moment. Ce fut le cas sur cet essai. Il prend le ballon aux 22 mètres et finit par marquer. Il s’écroule dans l’en-but et, franchement, je pense qu’il ne lui fallait pas dix mètres de plus. La cardio a dû monter très haut. Du Vincent dans toute sa splendeur. »
« J’essaie de plonger, mais pas vraiment (rires), abonde Vincent Debaty. Ce n’était pas ma spécialité. Je m’affale un peu dans l’en-but. Julien (Malzieu) a tout à fait raison : il ne me fallait ni vingt mètres de plus ni dix secondes supplémentaires. »
Seize ans plus tard, certains détails se sont peut-être estompés. Pas l’essentiel. Ce soir-là, l’ASM avait traversé tout le terrain. Et au bout du voyage, il y avait un camion bâché.