Qu'on arrête de se plaindre, bienvenue Joe !
"Un grand monsieur", "un adepte du jeu de pression" : qui est Joe El-Abd, le futur entraîneur principal de l’ASM ?
Personnalité, style de jeu, attentes... On a demandé à ceux qui ont côtoyé Joe El-Abd, comme joueur ou entraîneur, de nous présenter le futur technicien de l'ASM Clermont.
« Joe El-Abd est quelqu’un d’exceptionnel ! Un grand monsieur ! » Voici le genre de messages que l’on a pu recevoir, ce mercredi, de la part de personnes ayant côtoyé de près le futur entraîneur principal de l’ASM Clermont, né à Brighton (Angleterre) il y a plus de 46 ans d’une mère anglaise et d’un père égyptien et ayant obtenu la nationalité française en 2023.
La personnalité de l’ancien troisième ligne aile de Bath, Bristol, Toulon et Oyonnax - dont le frère cadet, Adam, a été international égyptien de football (7 sélections) - semble faire l’unanimité auprès de ceux qu’il a pu croiser tout au long de sa carrière. À l’image de l’ancien deuxième ligne international, Christophe Samson, qui l’a fréquenté en tant que joueur à Toulon, puis comme entraîneur des avants à Castres. « Je l’ai connu avec les deux casquettes et c’est vraiment quelqu’un que j’apprécie, indique l’ancien Clermontois. Il a des valeurs et est notamment très clair dans ses choix, très transparent auprès des joueurs. »
Un adepte du jeu de pression
Un sens du relationnel et du management qui n’est pas sans rappeler celui d’un certain Christophe Urios qui lui a mis le pied à l’étrier pour devenir entraîneur à Oyonnax (2014-2015) et de l’embarquer avec lui au CO (2015-2019). Mais « si vous ne connaissez pas Joe, vous verrez qu’il est très différent de Christophe, a tenu à insister le président Jean-Claude Pats qui jure qu’Urios n’est pas venu souffler le nom d’El-Abd à son oreille. Ce n’est pas un clone. Ce sont vraiment deux personnalités complètement différentes. Les deux se respectent beaucoup dans leurs différences, voire dans leurs divergences. »
Néanmoins, d’un point de vue purement rugbystique, il devrait tout de même y avoir une certaine continuité entre les deux hommes. « Il aime avoir des équipes très dominantes devant. La notion de conquête est très importante pour lui afin d’avoir des lancements de jeu propres, souligne Fabien Cibray qui a succédé à El-Abd à la tête d’Oyonnax après avoir été son adjoint. C’est quelqu’un qui maîtrise également parfaitement le jeu de pression, via son système défensif et les luttes aériennes. Il aime créer les conditions de turnover. »
« À Castres, il était entraîneur des avants, mais son “dada” c’était la défense avec un gros point fort sur les rucks défensifs, ajoute Christophe Samson. Un peu à l’image du joueur qu’il était. »
Christophe Samson (Ancien joueur de Joe El-Abd)
Des préceptes qui ont néanmoins eu du mal à se matérialiser de façon très positive ces derniers mois avec la sélection anglaise, dont il a la charge de la défense au sein du staff piloté par Steve Borthwick depuis 2024. Même si le XV de la Rose a redressé la barre lors de ses deux derniers matchs (victoires 8-73 face aux Fidji, puis 24-31 en Argentine), il sort d’un VI Nations franchement peu reluisant, conclu à la 5e place, avec des défaites lourdes en termes de points encaissés face aux sélections majeures (21-42 à domicile face à l’Irlande et 48-46 en France). De quoi faire de l’Angleterre la défense la plus poreuse du Tournoi (151 points concédés), juste devant le pays de Galles (172).
Outre cette expérience internationale - qui n’est donc pas encore tout à fait terminée, puisque Joe El-Abd ne rejoindra l’ASM qu’après la Coupe du monde 2027 en Australie - l’Anglais a néanmoins acquis des résultats partout où il est passé auparavant. Du barrage historique de Top 14 avec “Oyo” (2015) au titre de champion de Pro D2 et la montée avec cette même USO (2023), en passant par le titre de champion de France de Top 14 avec Castres (2018). « C’est un gros travailleur qui a le sens du détail, poursuit Fabien Cibray. Il sait optimiser ce qu’il a entre les mains. Je sais qu’il saura s’adapter à l’effectif qu’il trouvera à Clermont et qu’il construira au fur et à mesure sa conception du rugby qui a très certainement dû évoluer ces dernières années au contact de la sélection anglaise. »
Avec une touche de modernité
« C’est quelqu’un de très intelligent. Il sait trancher, prendre les décisions, poursuit Christophe Samson. Mais il sait aussi s’ouvrir aux compétences dans des secteurs de jeu où il est peut-être un peu moins bon. Il saura étoffer son staff en conséquence. »
Enfin, son futur président Jean-Claude Pats attend qu’il permette à l’ASM de poursuivre sa mue dans des domaines de pointe qui font aujourd’hui partie intégrante du rugby moderne. « Compte tenu du job qu’il a avec l’Angleterre, il est exposé à des pratiques d’entraînement et de management de haut niveau, mais aussi à l’évolution des technologies qui a trait à la data ou l’intelligence artificielle. Cela ne veut pas dire qu’elles n’existent pas au club aujourd’hui, mais on pense qu’il faut encore franchir une nouvelle étape. »