Pas forcément. Mais vu que j’aime bien me challenger, que je suis curieux sur plein de choses, je ne dis jamais non. Fermer les portes, c’est toujours bête. Au début, je ne savais même pas si je voulais être entraîneur. Ce n’était pas clair. J’ai essayé un peu, pour voir. Mais devenir manager d’un coup a été un peu un choc. Je n’étais pas forcément préparé.
Pourtant, comme tous, vous avez vu venir le départ de Grégory Patat…
Je me suis dit que ça arriverait peut-être en fin de saison, mais pas si tôt.
C’est lui qui vous avait choisi comme adjoint en 2022. Sa situation conflictuelle avec la direction, son départ et votre promotion ont changé quelque chose dans votre relation ?
Pas du tout. Je suis quelqu’un de transparent. On l’a toujours été l’un envers l’autre. J’ai vu la frustration de Greg pendant cette période et moi, j’ai mis la tête dans le rugby. Je préfère éviter de perdre de l’énergie sur d’autres choses. Le plus important, c’était l’équipe, le fait qu’on gagne, qu’on joue bien à l’entraînement, qu’on se prépare bien… J’ai mis encore plus de distance que d’habitude. Ma responsabilité, c’est le jeu et les joueurs.
Cela ne vous affectait pas ?
C’est difficile de mettre ça de côté, c’est certain. C’était impossible de ne pas voir ou entendre tout ce qui se passait, même de loin. Mais ce n’était pas vraiment à moi de donner mon avis. Je restais dans mon couloir.
Il ne vous l’a pas reproché ?
Non. On était au courant de certaines choses, Greg en gardait d’autres pour lui, c’est normal. Ce qu’on devait savoir tous les deux, on le savait. Il n’y a jamais eu de frictions entre nous par rapport à ça.
On pense notamment à l’épisode de votre prolongation de quatre ans quand lui n’en avait obtenu que deux… Vous en aviez parlé ?
J’ai expliqué à Greg pourquoi j’ai signé quatre ans. C’était important que ce soit clair entre nous. Après, je ne sais pas exactement comment lui l’a pris… Il ne m’a rien dit, donc pour moi c’était clair.
« J’ai vu la frustration de Greg pendant cette période. Moi, j’ai mis la tête dans le rugby. Le plus important, c’était l’équipe »
Qu’est-ce que ce nouveau rôle, plus élargi, change dans votre quotidien ?
Je suis un peu plus présent avec les avants. Et j’ai passé toute l’après-midi à faire des interviews comme celle-ci ! (rires) Laurent (Travers) gère beaucoup la logistique et le côté organisationnel. Moi, sur des choses importantes pour le rugby, comme le planning de la semaine, j’ai plus voix au chapitre. Et j‘essaie de vraiment créer le lien entre nos comportements sur le terrain et en dehors, c’est-à-dire au Campus, à l’hôtel, dans le bus, au resto… Je pense que notre façon de vivre est importante dans notre manière de jouer le samedi.
Vous aviez la main sur la partie rugby auparavant, et Grégory Patat sur le management. Comment vous répartissez-vous désormais les rôles avec Laurent Travers ?
Avec Greg, on discutait sur le rugby, donc ce n’était pas que moi. Là, avec Laurent, c’est un peu la même chose. La différence, c’est qu’on est en fin de saison. Il faut amener de la continuité, pas tout préparer. Laurent, comme Greg, a son point de vue sur certaines choses. Moi, je suis là pour l’écouter. Il a plein d’expérience. Quand j’étais avec Greg, j’écoutais Greg, on discutait et on trouvait la meilleure chose pour l’équipe. Et ça, ça n’a pas changé.
Vous n’êtes pas le plus grand des communicants. Devez-vous forcer votre nature ?
Je parle peu parce que dans ma logique, il faut d’abord écouter. Et si tu veux que ta parole ait du poids, il faut être pertinent, y compris dans le timing pour s’exprimer. Si tu parles trop, les joueurs en ont marre et ce que tu dis perd de l’importance. Je suis comme ça. Mon père est pareil. Ça vient aussi du fait que je suis assez ouvert dans ma vision de la vie. J’aime bien apprendre, j’aime écouter les idées, ce que pense l’autre personne, pour confronter les visions.
Et qu’avez-vous appris à Bayonne, en tendant l’oreille ?
Que ce serait se tromper de jouer ici comme ailleurs. Il faut s’adapter à l’environnement, au club, à son ADN de jeu.
Comment définiriez-vous l’ADN de l’Aviron ?
C’est l’attitude au jeu, des avants dominants et des trois-quarts qui ont l’ambition de provoquer, d’oser un peu plus. Et ça doit être un jeu collectif. On ne peut pas penser avants et trois-quarts de manière séparée. Il faut trouver la synchronisation entre les deux. Plein d’avants ont un côté « soft-touch », ils savent jouer à la main. Et les trois-quarts, surtout les joueurs locaux, ont une grinta, cette chose courageuse en plus que te donne le maillot de Bayonne. Ma première année de coach, mes parents étaient venus pour un match de fin de saison. Je parlais des joueurs originaires de Bayonne à ma mère et elle m’avait dit : « Ils ne sont pas grands mais ils sont incroyablement courageux ! » C’est la vérité. Les Guillaume Martocq, Arnaud Erbinartegaray, Yohan Orabé, Tom Spring… Ils s’accrochent comme n’importe qui. Ils veulent toujours jouer. Ils auraient le genou pété, ce serait la même chose. Pour moi, c’est énorme.
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« Je suis cartésien dans la vie mais je peux être complètement différent dans ma vision du rugby. J’aime l’anarchie dans le jeu, le chaos »
Comment avez-vous accueilli le fait d’être propulsé en première ligne, ou presque ?
Je n’ai pas dormi pendant trois jours (rires). J’aime bien me réveiller tôt mais là, j’avais plein de choses dans la tête.
Comme quoi ?
Être mieux préparé, plus précis, plus succinct dans ce que je dis, plus efficace dans ma communication… Où mettre l’importance, savoir quoi modifier, à quel moment… Il ne fallait pas tout changer. Ce serait bête. Plein de choses m’ont tiré du lit beaucoup plus tôt.
Vous notiez vos pensées sur un cahier, sur votre téléphone ?
Un peu les deux. La nuit, plutôt le cahier parce que moi, passé 19 heures, le téléphone, je ne le regarde plus, sauf pour ma femme. Après, je suis aussi organisé avec mon téléphone : j’ai plein de listes. (Il nous montre) : vous voyez, il y en a pour moi, le staff, l’équipe… Je le partage avec les autres sur le « cloud ».
Vous faites ça aussi dans la vie de tous les jours ?
Oui. J’ai besoin de routine. Sans ça, je pars un peu dans tous les sens. Il me faut un cadre.
C’est votre côté cartésien ?
Je suis comme ça dans la vie mais je peux être complètement différent dans ma vision du rugby. J’aime l’anarchie dans le jeu, le chaos. C’est mon côté latin. J’ai plus vécu en Europe qu’en Nouvelle-Zélande désormais.
Vous aimez le désordre organisé ou total ?
C’est un peu du Pierre Villepreux : « Il faut être capable de trouver l’ordre dans le désordre ». Aujourd’hui, les systèmes défensifs sont organisés et compliqués à déchiffrer. Pour « casser » ça, il faut faire des choses auxquelles l’autre ne s’attend pas. Il faut créer cette anarchie. Ça ne marche pas toujours.
« J’ai un truc pour me libérer du stress : le rameur. Avec Nick Abendanon, on se met dans un état… »
Beaucoup de gens qui vous côtoient disent que vous mangez, vivez et dormez rugby. C’est la réalité ?
Un peu, oui. Quand ma femme est ici (NDLR, elle vit en Italie), elle me dit souvent que je ne l’aime plus ! Parce qu’elle est là, que je pars à 6 heures et rentre à 19 heures. Je lui dis : « Oui, mais il y a des choses à faire. Il faut qu’on gagne le samedi ! »
Comment quelqu’un d’assez froid dans l’analyse vit-il l’agitation permanente de Bayonne ?
L’instabilité fait partie de nos métiers. Et on ne peut pas avoir l’extrémité de la passion sans les conséquences. Cette ferveur à Dauger, c’est parce que les gens sont à fond derrière l’Aviron. C’est magnifique. Donc tu peux comprendre la désillusion si on ne gagne pas. Quand j’étais petit et que je regardais les All Blacks, je faisais le tour de la maison comme un fou quand ils gagnaient, et je pleurais quand ils perdaient. Avant le match, en haut de la tribune, j’ai toujours des frissons quand les gens chantent la Peña. Je préfère ça que les ambiances anglo-saxonnes, où les gens ne chantent pas, où il n’y a pas de vie.
Et comment vivez-vous le fait qu’à l’intérieur du club, il se passe aussi toujours quelque chose ?
C’est hyper important pour un coach d’être stable dans ses comportements, de ne rien montrer aux joueurs pour ne pas leur refiler sa frustration et ses problèmes. Je me comporte de la même manière qu’on gagne ou qu’on perde. Si je leur montre qu’un jour je suis heureux et le lendemain au fond du seau, ce n’est pas bon.
Donc vous vous forcez à maîtriser vos émotions ?
Oui.
Vous n’avez pas peur de finir avec un ulcère ?
(Rires) J’ai un truc pour me libérer : le rameur. Steve Hansen, ex-entraîneur des All Blacks, disait qu’il fallait toujours quelque chose pour se libérer du stress de la fonction. Avec Nick Abendanon, au rameur, on se met dans un état… Je ne peux plus penser parce que je suis occis (sic) ! Ça me permet d’évacuer le stress et l’attente des matches.
Et qui est le meilleur ?