Toulon : Patrice Collazo d'un port à l'autre
Publié le
jeudi 7 juin 2018 à 00:05
L'ancien entraîneur de La Rochelle a été nommé manager général de Toulon. Juan Martin Fernandez Lobbe et Sébastien Tillous-Borde seront ses adjoints. L'ère Fabien Galthié au RCT n'aura duré que le temps d'une saison.
Il était 17 heures à peine passées, la question portait sur la fin de collaboration brutale entre La Rochelle et Patrice Collazo, quand, d'un ton ferme mais courtois, le tout juste néo-manager général du Rugby Club Toulonnais a marqué la nouvelle ère du RCT de son empreinte : « Excusez-moi, ce n'est pas le bon mot "échaudé". Donc, reposez votre question s'il vous plaît ! »
EN BREF
Patrice Collazo (44 ans). Club : RC Toulon. De 2011 à 2018 : il entraîne La Rochelle menant le club de la Pro D2 à une demi-finale de Top 14 en 2017 et un quart de finale européen cette saison.
Mourad Boudjellal a officialisé hier après-midi ce que le site de L'Équipe révélait dès lundi soir : l'ancien entraîneur en chef de La Rochelle (2011-2018) est le nouveau manager général du RCT. Le président du RCT a aussi souligné que Fabien Galthié, encore sous contrat pour une saison, s'était lui-même retiré du staff de l'équipe pro. « Ce matin, monsieur Fabien Galthié a présenté sa démission du Rugby Club Toulonnais, démission que j'ai acceptée en partie. J'ai promu Patrice Collazo manager général du RCT pour trois ans, qui a souhaité constituer un staff avec lui. Juan Martin Fernandez Lobbe (36 ans) prendra en charge la touche et la défense, et Sébastien Tillous-Borde (33 ans), prendra en charge les trois-quarts, à la place de Manny Edmonds, avec qui nous avons rompu nos relations contractuelles, ce matin aussi. »
Plus tard, Boudjellal précisait que Fabrice Landreau, l'entraîneur des avants, irait également voir ailleurs : « Le seul qui n'a pas encore signé, c'est Fabrice Landreau. Mais on est d'accord à l'oral et connaissant Fabrice Landreau, il n'y aura pas de souci, c'est quelqu'un de droit. »
«Étant formé au RCT, natif de La Seyne-sur-Mer, le logo RCT, ce n'est pas rien pour lui» Mourad Boudjellal à propos de Patrice Collazo
Trois techniciens s'en vont, trois autres arrivent, dont deux néophytes, encore joueurs il y a un mois et demi, le RCT reste fidèle à son image de club où rien ne se passe comme ailleurs. Où l'échec est rarement toléré, comme l'a assumé Boudjellal : « J'ai décidé de rester fidèle à ce que je fais depuis douze ans. Il y a ceux qui disent : "Moi, je suis sur un projet, sur la durée." Non, que nenni ! Souvent les mecs ont un budget et veulent le tenir. Moi, je pense sincèrement que l'échec de Lyon(élimination en quarts de finale du Top 14 au nombre d'essais, 19-19 a.p.), n'était pas acceptable parce qu'il était prévisible... »
Flanqué de ses trois nouveaux entraîneurs, en polos rouge et noir, Boudjellal justifiait pourquoi et comment il avait identifié Collazo comme le nouvel homme de la situation. « C'est un entraîneur que je suivais depuis quelque temps, qui m'avait surpris, quelqu'un que j'enviais à La Rochelle. Je l'ai rencontré, ça s'est plutôt bien passé. Étant formé au RCT, natif de La Seyne-sur-Mer, le logo RCT ce n'est pas rien pour lui. Il a une vision qui correspond bien au profil des entraîneurs qui ont bien fonctionné à Toulon de par le passé. »
Pourtant, le Varois de naissance n'était pas le seul candidat au poste. « J'avais une short-list de trois ou quatre entraîneurs et c'est le premier que j'ai rencontré. Je n'en ai pas rencontré d'autres. Il a construit à La Rochelle une véritable machine à gagner. » Une affaire vite menée entre les deux parties mais nullement planifiée selon les intéressés. « Je n'avais pas prévu d'arrêter à La Rochelle quarante-huit heures après le dernier match, rappelait Collazo. Et il n'était pas prévu que le président (Mourad Boudjellal) m'appelle dix jours après. Il n'y avait rien d'anticipé, rien de préparé, c'est une question d'opportunités, de timing du moment. »
«Encore heureux qu'il y ait la pression du résultat» Patrice Collazo
Bien sûr, la question de la « compatibilité » entre le plus intrusif des présidents et l'un des entraîneurs les plus volcaniques et intransigeants du Championnat fut abordée. « En matière de compatibilité, j'ai travaillé pendant cinq ans avec ce qui se faisait de pire, reprenait le dirigeant, d'une phrase allusive à Bernard Laporte. Le bizutage étant terminé, qu'est-ce qu'on peut faire de pire que Bernard Laporte ? Et ça s'est très bien passé. Je n'ai pas d'inquiétudes particulières. »
Sur ce thème majeur, Collazo se montrait tout aussi serein. « La pression du président ? Il n'y a pas de pression... Si je considérais que je pourrais me sentir en danger, je ne serais pas venu.Il y a des personnalités différentes, plusieurs modèles de présidents, d'entraîneurs, de façons de jouer au rugby. Il faut faire avec. Je crois au travail en commun. J'avais une relation avec mon président (à La Rochelle, avec Vincent Merling), je travaillais main dans la main, et je pense que j'aurais la même aujourd'hui avec le président et avec Laurent Emmanuelli qui s'occupe du recrutement. Les clubs fonctionnent comment ça. Puis, de là où je viens, on avait l'impératif de gagner aussi. Encore heureux qu'il y ait la pression du résultat quand on fait du sport de haut niveau. »
Collazo, ce Varois
Le destin fait parfois bien les choses. Après un départ de La Rochelle à la hauteur de son personnage, Patrice Collazo a été intronisé au poste de manager du RCT. Une sacrée chandelle pour lui, un enfant de la Rade.
C'est de l'autre côté de celle-ci qu'il a grandi, dans les communes de La Seyne et de Six-Fours, à quelques encablures à l'est de Toulon, et qu'il a commencé à tâter l'Ovalie. Car, comme pour beaucoup de Toulonnais, Collazo possède en lui cette inexpugnable passion pour le rugby et, forcément, pour le RCT, son club formateur et conforme à son caractère volcanique. « Patrice avait un engagement très limite, comme tous les piliers toulonnais, raconte Bernard Herrero, son entraîneur en juniors. Pilier au RCT, tu n'avais pas le droit de ne pas accepter un défi. »
Cette « toulonnitude » - mélange d'un fort caractère doublé d'un volcanisme aigu - n'a jamais quitté « Coco », malgré une carrière de joueur passée loin de ses racines (Bègles, Toulouse, Gloucester...). « Il valait mieux l'avoir avec soi que contre. Il avait un mental de feu. Bagarreur, il avait ça en lui », témoignait Pierre Mignoni, entraîneur du LOU, tandis que Thierry Louvet, ancien troisième-ligne réputé rude, évoquait un « minot rugueux, avec un véritable amour du maillot, [...] bien dans la veine toulonnaise. » Fort à propos, quand un journaliste lui a dit, lors de sa présentation officielle, que Boudjellal souhaitait plus de « toulonnitude » dans son équipe, il a lancé, d'un regard amusé : « On espère toujours apporter quelque chose. »
« Je pense que le logo du RCT, ça n'est pas rien pour lui », expliquait, sans s'y tromper, Mourad Boudjellal, hier. Collazo poursuivait : « Au-delà d'être content de revenir au pays, je suis surtout très flatté de revenir au club. Le fait de représenter Toulon est quelque chose d'important dans une carrière d'entraîneur et de joueur », Vingt-deux ans après son départ pour Bordeaux-Bègles, en 1996, Patrice Collazo est donc de retour chez lui, là où tout avait commencé. Ce n'était donc qu'un « au-reVar ».