C'est désormais un objet de musée, mais il y a vingt ans, c'était un classique. La mitaine a proliféré sur les mains pas toujours gracieuses des rugbymen au début des années 2000. Alors que la discipline prend le tournant du professionnalisme en 1995, les équipementiers réinventent le vestiaire du joueur avec tout un tas d'accessoires plus ou moins utiles : épaulières, cuissard rembourré, casque dernier cri...
Avec leur grip, les mitaines s'imposent alors comme LE gadget à avoir. « Ces gants ont été créés pour offrir une meilleure adhérence par temps humide, ainsi qu'un confort et une protection accrus, explique Sean Deane, responsable chez Optimum, l'une des marques à la pointe sur le sujet. Au début, nous n'en avons fabriqué que quelques dizaines de paires. Mais une fois distribuées à des joueurs pros, la demande a explosé, le bouche-à-oreille a fonctionné et le succès a été immédiat. »
Parmi les joueurs séduits par l'accessoire, il y a Brock James, l'ouvreur australien de Clermont pendant une décennie (2006-2016). « Lorsque je jouais en Nouvelle-Zélande au début des années 2000, les terrains étaient souvent très humides à cause des fortes pluies hivernales. Les mitaines facilitaient la réception du ballon, pose l'icône de l'ASM. Je cherchais constamment à améliorer mes performances, je les ai donc adoptées et ne les ai plus quittées. Après quelques années, c'est devenu une habitude, un réflexe. Enfiler mes gants était comme un signal : c'est le jour du match. »
Directement inspirées des gants portés par les joueurs de football américain, les mitaines n'envahissent pas que les vestiaires des pros. Elles essaiment aussi dans les écoles de rugby. « Dès que nous avons signé des contrats avec de grands joueurs et que les enfants les ont vus à la télévision, tout le monde voulait sa paire de gants », sourit Sean Deane.
« J'en portais au début de ma carrière parce que la sélection australienne en distribuait gratuitement, mais en fait, c'était de la merde !
Matt Giteau, ancien demi d'ouverture des Wallabies
Mais les mitaines étaient-elles si efficaces que ça ? « J'en portais au début de ma carrière parce que la sélection australienne en distribuait gratuitement, mais en fait, c'était de la merde ! », se marre l'ancienne légende des Wallabies, Matt Giteau. Les coutures arrivaient au milieu de la deuxième phalange, ça gênait plus qu'autre chose, pas pour attraper le ballon, mais pour le transmettre correctement. »
Même son de cloche du côté de Jérôme Thion, ancien deuxième-ligne international passé notamment par le Biarritz Olympique, qui a porté des mitaines tout au long de sa carrière : « Peut-être que ç'a pu sauver deux ou trois réceptions en touche, mais ce n'était pas le truc indispensable. Il n'y avait pas de vraie plus-value à porter des mitaines. C'était surtout psychologique, ça te rassurait. Tu te disais qu'avec, tu pourrais attraper plus facilement les ballons. »
Les mitaines faisaient alors partie de la panoplie du guerrier prêt à entrer dans l'arène, comme l'élément d'un costume de superhéros. Elles constituaient aussi une pièce de choix pour les fashionistas du rugby. À l'occasion, certains n'en portaient qu'une, comme le troisième-ligne du BO et des Bleus Imanol Harinordoquy. D'autres les assortissaient au maillot de leur équipe.
« En fonction des matches, je les changeais, avoue en rigolant Jérôme Thion. En équipe de France, j'avais les mitaines bleues, avec le BO, c'étaient les rouges. J'ai arrêté ma carrière en 2013 mais aujourd'hui encore, je prends des pièces sur mes mitaines ! Quand tu vas sortir l'article, je vais recevoir deux trois textos (rires). »
Aujourd'hui, les sprays collants ont remplacé les mitaines, lesquelles ont complètement disparu du paysage. « Avec le temps, l'effet de nouveauté s'est estompé et de moins en moins de joueurs ont continué à les utiliser », reconnaît Sean Deane. « C'était le gadget à la mode mais je ne suis pas étonné que ces gants aient disparu », en rigole Matt Giteau.
Les mitaines resteront donc un tendre souvenir des années 2000, rangées quelque part entre la Tecktonik, MSN et le groupe O-Zone. Mais la mode étant cyclique, peut-être que... « Non, je ne pense pas. C'est enterré, calme Jérôme Thion. Les mecs se sont aperçus que ça ne servait pas à grand-chose (rires). Les mitaines sont devenues obsolètes. Tu ne les verras plus... Mais j'en garde à la maison, on ne sait jamais ! »














