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Combinaisons/Skills/Technique


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#151 el landeno

el landeno

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Posté 15 avril 2026 - 20:22

L'entraîneur de la défense du MHR Geoffrey Doumayrou raconte sa méthode : « L'objectif est de coller le bordel dans la tête des adversaires »
Devenu entraîneur de la défense de Montpellier dès sa fin de carrière en juin 2024, l'ex-centre international Geoffrey Doumayrou (36 ans, 13 sélections) a fait du MHR, qui reçoit l'USAP samedi (16 h 30), l'une des meilleures équipes du Top 14 dans ce secteur de jeu.

Alors que la fin de saison approche, Montpellier (5e) peut notamment s'appuyer sur sa défense. Avec 452 points (22,6 de moyenne par match) et 52 essais (2,6 par match) encaissés après 20 journées, la défense du MHR est la seconde du Top 14 derrière celle du Stade Toulousain (438 points, 51 essais), leader écrasant du Championnat. Geoffrey Doumayrou (34 ans), l'architecte de ce secteur clé, a accepté de dévoiler ses convictions et les bases de son système.

 
 
 
 

« Quels sont les principes de base d'une bonne défense ? 
Avoir une bonne organisation. Il faut connaître le plan de jeu par coeur pour respecter ce que j'ai mis en place sur la circulation des joueurs. L'organisation générale doit être acquise dès le début du Championnat. Si ce n'est pas le cas, tu ne peux pas être bon sur le terrain. Un lancement en touche adverse à 4, à 5, à 6 ou à 7 ne se défend pas pareil. Ce ne sont pas les mêmes mouvements, pas la même circulation, pas les mêmes bascules. Idem pour savoir combien vont passer au premier ruck, si le ruck est là, là ou là, savoir qui garde les retours, etc.

 
 

Que ce soit Toulouse, Perpignan ou Clermont en face, c'est la même organisation. Si tu es en place et que tu as une bonne communication, même sous l'effet de la fatigue, ça se passe bien. À ce moment-là, c'est la qualité individuelle de chacun et son énergie, son intensité qui entrent en jeu. La défense, c'est un état d'esprit. Il faut savoir souffrir ensemble. Si un mec lâche, c'est fini. C'est ce qui est le plus difficile à inculquer. Et changer les habitudes de certains, notamment les nouveaux arrivants.

Comment travaillez-vous la défense ?
Je suis adepte du travail participatif. J'accorde beaucoup d'importance à la vidéo, primordiale pour développer la matrice intellectuelle des joueurs. Si tu connais par coeur ce que va proposer l'adversaire, que tu as déjà intégré leur forme de jeu, le jour J, c'est simplement une question d'énergie. Il y aura quelques ajustements à faire pour contrer des nouveautés ou des imprévus, mais 70 % du temps, ce sera surtout la qualité de tes plaquages qui feront la différence, car tu liras leur jeu un peu comme dans un livre. C'est la clé.

 
 
 
 

« J'aimerais faire comme les Sud-Africains, à fermer comme des frelons dans tous les sens du terrain. Mais on n'a pas les joueurs pour le faire »

 
 

Adaptez-vous néanmoins votre système défensif à vos adversaires ?
Pas sur les lancements. Ce serait trop compliqué de changer chaque semaine de système défensif. Il doit être bon contre toutes les équipes. Ensuite, tu as toujours 5 à 10 % d'ajustement sur des points précis. Parfois ça fonctionne, d'autres fois non.

 

Vous êtes plutôt défense agressive ou défense en contrôle ? 
Rush defence, j'aime cette agressivité. C'est le meilleur moyen de récupérer des ballons. Tu peux forcer de mauvaises passes, empêcher de bien capter le ballon, être en avance sur les soutiens offensifs. Il y a des choses à faire pour éviter de défendre pendant dix ou quinze temps de jeu. Si tu attends les rucks, tu peux y passer la journée... Ça exige beaucoup de déplacements, d'agressivité sur les plaquages et cette volonté d'aller vers l'avant.

Mais l'intelligence d'un entraîneur est de faire en fonction du profil de ses joueurs. Tu as des convictions, mais il faut s'adapter. J'aimerais faire comme les Sud-Africains, à fermer comme des frelons dans tous les sens du terrain. Mais on n'a pas les joueurs pour le faire. Je vais essayer de m'en rapprocher au regard des capacités de déplacement, de vitesse, de lecture, de qualité de plaquage de mon groupe. Après, tu ne peux pas être en rush defence toute la partie, notamment sur les situations de surnombre.

 
 

« J'étais déjà comme ça quand j'étais joueur, je marchais au bluff. L'objectif est de coller le bordel dans la tête des adversaires »

 
 

D'où la nécessité d'avoir une bonne intelligence de jeu... 
J'essaie de former mes joueurs à réagir du mieux possible à toutes les situations. Je leur soumets souvent des problématiques, à la vidéo ou sur le terrain. Une autre clé est la lecture de jeu. Parfois, quand je les interroge, les mecs pensent qu'ils ont fait une connerie. Mais pas du tout, c'est justement pour leur montrer qu'ils ont pris la bonne décision. Et d'autre fois, oui, on corrige. C'est un travail interminable car l'incertitude est partout. (Il sourit.) Il faut comprendre ce que tu fais. Si c'est le cas, tu réussiras. La défense, c'est aussi un équilibre. Les Sud-Africains mettent d'abord l'accent sur le travail de l'ombre. En équipe de France, le premier que je mettrais sur la feuille de match, c'est François Cros (le troisième ligne aile du Stade Toulousain). Comme Yacouba Camara, ici, au MHR.

 
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Yacouba Camara s'impose en touche lors du succès du MHR contre les Irlandais de Connacht (45-22), samedi dernier, en quarts de finale du Challenge. (B. Bade /Presse Sports)
 

Peut-on surprendre son adversaire en défense ? 
Oui ! Avant que le ballon ne sorte, tu peux montrer une image à ton adversaire de ton placement défensif. Mais dès que le ballon sort, tu modifies ton placement. Le coup d'après, dans sa tête, le numéro 10 adverse aura peut-être une petite hésitation qui nous fera gagner du terrain ou lui fera commettre une erreur. J'étais déjà comme ça quand j'étais joueur, je marchais au bluff. L'objectif est de coller le bordel dans la tête des adversaires. Va-t-il fermer ou pas ? Monter fort ou contrôler ? Il faut être aussi imprévisible en défense qu'en attaque.

Ronan O'Gara, le manager de La Rochelle, assimile la défense à de « l'attaque sans ballon ». Qu'en pensez-vous ? 
Cette vision m'a inspiré. C'est ce que j'ai dit aux gars en débutant ici. "On va attaquer sans ballon, on va attaquer l'attaque !" Ils m'ont tous regardé avec de grands yeux. Et puis j'ai présenté ma vision, beaucoup l'ont comprise et ça a pris du sens. On ne s'oppose pas, on impose ! J'anime ma ligne de défense comme on anime une ligne offensive. Il y a autant de lecture de jeu en attaque qu'en défense.

 
 

« Le nombre de pénalités est important également. On exige 10 fautes maximum, même si, dans l'idéal, ce serait mieux d'être à 8 »

 
 

Depuis les tribunes, pouvez-vous encore influer sur la défense de votre équipe ? 
Oui, j'y crois ! D'ailleurs, en match, je suis horrible ! (Il se marre.) Avec le casque audio, je suis connecté avec les kinés qui sont en bord de terrain. Si je vois un mauvais placement, je peux intervenir sur les phases statiques. Après, une fois que le jeu est lancé, c'est fini. Tu peux aussi alerter les mecs sur pas mal de trucs en faisant passer des messages.

 

Un bon match en défense, ça veut dire quoi ? 
C'est un match qu'on a gagné ! Bon, si on gagne et qu'on en prend 35, je suis quand même dégoûté. Par contre, ne pas prendre de points, c'est impossible. Ne pas prendre d'essai, c'est faisable, on l'a déjà réussi. Sauf qu'un match a été perdu (7-9 face à Clermont, le 1er novembre). Et puis les règles vont de plus en plus dans le sens de l'attaque. Disons que si tu prends entre 12 et 15 points, c'est bien. Mais il n'y a pas que ça qui entre en compte. Le nombre de pénalités est important également. On exige 10 fautes maximum, même si, dans l'idéal, ce serait mieux d'être à 8.

 

Et le pourcentage de plaquages réussis ? 
C'est bien d'en parler ! Suivant les types de défense, tu acceptes d'avoir plus de déchet dans ce secteur. D'ailleurs, j'ai ma propre évaluation d'un plaquage manqué. Si, dans mon système, il ne met pas l'équipe en danger, je ne le compte pas comme un plaquage manqué. Prenez l'exemple des Sud-Africains qui ferment vers l'extérieur, les ailiers vont fermer le 12 ou le 13. S'il lui met un impact et que l'adversaire rebondit vers l'intérieur du jeu, là où ils souhaitent les emmener, et qu'il n'a donc pas joué vers l'extérieur, dans ce cas, ce n'est pas un plaquage manqué. Il a rempli sa mission. »

 
 
 

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Posté 18 avril 2026 - 13:07

« Il y a des situations où tu peux être en danger » : Aplatir un essai serait-il dangereux ?
Le troisième-ligne de Toulon Lewis Ludlam s'est blessé en aplatissant face à Perpignan lors de la dernière journée. Une telle mésaventure est arrivée avant lui à Ange Capuozzo, Leone Nakarawa et bien d'autres. Alors, est-ce dangereux d'inscrire des essais ?

Marquer un essai serait-il dangereux ? C'est la question qu'on pouvait se poser à l'issue de la précédente journée de Top 14. Contre l'USAP (36-20, le 28 mars), le troisième-ligne anglais de Toulon Lewis Ludlam s'est gravement blessé à l'épaule gauche en aplatissant pour le RCT, saison terminée. Le lendemain, l'ailier de Clermont Bautista Delguy est lui aussi resté longuement au sol après avoir marqué face au Stade Français (64-20). Sans grande conséquence pour l'Argentin. « Je suis simplement retombé sur le ballon au niveau de l'abdomen et ça m'a coupé le souffle », raconte le joueur de l'ASM.

 
 
 
 

Aplatir n'est donc pas un geste neutre. « C'est moins dangereux que de plaquer ou d'être plaqué, estime Aaron Grandidier-Nkanang, l'ailier de la Section Paloise. Après, le rugby est un sport de contact avec le risque que cela suppose. J'ai vu des épaules luxées en tendant le bras pour marquer. Je pense à Nisié Huyard qui a joué avec France 7 qui s'est blessé à l'épaule en marquant. Pareil pour Enahemo Artaud qui s'est aussi luxé l'épaule. Ça arrive malheureusement. »

Des essais, Vincent Clerc en a aplati des dizaines. Sans se blesser. « Quand tu es seul, qu'il n'y a pas de pression, que personne ne te tombe dessus, il y a peu de chance de risquer une blessure sur un tel geste. Après il y a des situations où tu peux être en danger. Parce que tu dois aplatir le ballon en bout de bras, que c'est la seule solution et des joueurs peuvent te tomber dessus. Mais le geste en lui-même n'est pas dangereux. »

 
 
 
 
 

D'autant plus qu'on apprend à en faire une « routine » comme l'explique Juan Imhoff, l'ancien ailier argentin du Racing aujourd'hui consultant pour Canal+ : « Avec le temps, tu apprends comment ne pas te blesser, à bien contrôler le corps. J'ai marqué des essais avec deux ou trois joueurs sur moi. Je n'étais pas le plus fort, mais en positionnant bien le corps, tu parviens à te protéger et à maîtriser cette force-là. »

 
 
 
 

« Le plongeon en coin, en l'air, c'est un skill sous-coté. Les joueurs à XIII sont très forts pour ça. C'est un geste technique magnifique, à la fois du feeling et du travail. »

Aaron Grandidier-Nkanang, ailier de la Section Paloise

 
 

On comprend bien que la densité physique autour du porteur de ballon à proximité de la ligne est facteur de risque. Mais il y a aussi tous ces cas où le joueur plonge dans l'en-but. « C'est hyper dangereux, tranche Juan Imhoff. Pour le contrôle de la balle, pour la maîtrise du terrain mais aussi pour la retombée. Tu tombes de haut à grande vitesse ! Ça m'est arrivé de le faire quelques fois. Parfois avec succès, d'autres fois non. Mais là encore, plus tu le fais, plus tu maîtrises le mouvement. »

 
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L'essai d'Aaron Grandidier-Nkanang avec les Bleus face à l'Argentine lors des Jeux de Paris 2024. (A. Mounic/L'Equipe)
 

Grandidier-Nkanang distingue le plongeon ordinaire, ballon sous le bras, inoffensif, à celui qu'on ose en coin, en équilibre au-dessus de la ligne de touche. « Le grand plongeon spectaculaire comme celui que j'ai réussi aux JO contre l'Argentine (26-14), oui ça peut être dangereux, reconnaît-il. Pourtant je n'ai pas hésité parce que c'était le geste nécessaire dans cette situation précise. On ne pense qu'à marquer, pas à la possibilité de se faire mal. Le fait d'être en l'air, en suspension, fait que l'adversaire aura moins d'impact sur toi. Le plongeon en coin, en l'air, c'est un skill sous-coté. Les joueurs à XIII sont très forts pour ça. C'est un geste technique magnifique, à la fois du feeling et du travail. »

 

Mais comme le rappelle Imhoff « plonger n'est pas forcément nécessaire. C'est pour la photo, pour les émotions, notamment pour moi en quarts de finale de Coupe du monde (2015), contre l'Irlande (43-20) ». Difficile de résister à l'euphorie que provoque l'essai. « On peut être dans l'obligation de plonger comme un sprinter casse sur la ligne, insiste Vincent Clerc. Pour prendre de vitesse un défenseur qui revient, pour ne pas risquer de se faire taper dans le ballon, de se faire sortir de l'en-but, de mettre un pied en touche etc. Et il y a le plongeon de satisfaction, de soulagement. C'est la fin de l'action, c'est une délivrance. On apprécie ce moment de pause en l'air avant d'aplatir, c'est agréable de se laisser glisser. »

 
 

« C'est quand on vit le moment avant qu'on peut se tromper »

Bautista Delguy, ailier de Clermont

 
 

Mais c'est aussi un instant où on est davantage exposé selon Delguy : « Parce qu'on se relâche avant d'aplatir. C'est quand on vit le moment avant qu'on peut se tromper. Moi j'aplatis le plus vite possible et toujours en assurant, sans prendre de risque si possible. Et après on célèbre. » Mais le plongeon en lui-même est déjà une célébration de l'essai. « Une célébration assez humble, estime Clerc. On plonge, on se relève et c'est fini. C'est un peu festif mais sans manquer de respect. »

 
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Chris Ashton, spécialiste du « Ash Splash » lors de son passage par Toulon (2017-2018). (A. Mounic/L'Equipe)
 

Même quand le mouvement est très démonstratif façon « Ash Splash », la signature de Chris Ashton, l'ancien international anglais passé par pratiquement tous les clubs d'Outre-Manche et par Toulon (2017-2018), un saut de l'ange avec le ballon dans une seule main ? L'ancien sélectionneur du quinze de la Rose Martin Johnson (2008-2011) lui avait même interdit d'exécuter ce geste, dangereux pour le joueur, dangereux pour l'équipe. Ça peut évidemment agacer, être mal perçu. Pas pour Grandidier-Nkanang qui a grandi en Angleterre, bercé par les Ash Splash. « Pour moi, ce n'est pas de la provoc, juste du show. Et c'est très bien pour le rugby qu'il y ait des joueurs comme lui. Pollock non plus n'hésite pas à surligner. »

 
 

Au risque de se faire mal sur l'action, peut s'ajouter la blessure d'amour-propre en cas de cagade. Les exemples nombreux alimentent les compilations sur la Toile. L'envol majestueux du septiste japonais Kosuke Hashino qui s'écrase au sol après avoir perdu le ballon. Freddie Burns, ancien joueur de Bath, qui pénètre dans l'en-but, salue son public, profite de l'instant qui va permettre à son équipe de repasser devant au score face à Toulouse à cinq minutes de la fin. Mais laisse échapper le ballon après que Maxime Médard lui a tapé le bras. Les plus grands - Owen Farrell face à Toulouse, Stuart Hogg face à l'Irlande, Christophe Dominici contre l'Italie etc.- ont un jour manqué l'immanquable et tutoyé le ridicule. Et ça aussi ça fait mal.






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