Réussite en baisse, spécialistes à la peine : avec la nouvelle règle des 45 secondes, sale temps pour les buteurs du Top 14
Réduites de 60 à 45 secondes avant chaque tentative, les fenêtres de tir accordées aux buteurs semblent déjà produire leurs premiers effets. Après seulement deux journées de Top 14, plusieurs spécialistes du jeu au pied affichent des statistiques en recul. Explications.
Il y a pile un mois, au cœur de l’été, nous avions contacté François Gélez pour lui demander comment l’ASM Clermont allait gérer la nouvelle règle des 45 secondes accordées aux buteurs (jusqu’à la saison dernière, ils disposaient d’une minute pour exécuter leur coup de pied). Un sujet pris très au sérieux par le technicien, qui avait alors anticipé les difficultés d’adaptation lors des premiers matchs.
« Quinze secondes en moins, c’est beaucoup. C’est un bouleversement pour la vie d’un buteur. Cela va demander un ajustement au niveau de la routine. Ces 45 secondes avant le tir vont donc être importantes à gérer, surtout en fin de match. Et je ne serais pas surpris que la réussite des buteurs baisse un peu de manière générale lors des premières journées. » François Gélez avait vu juste. Certes, seulement deux journées ont été disputées. Mais une tendance notable s’est déjà dessinée.
Le 0 sur 3 de Thomas Ramos en début de rencontre lors de la victoire du Stade Toulousain face à l’Union Bordeaux-Bègles a en effet fait grand bruit pour un buteur de cette trempe. Sur ses deux premiers matchs, l’arrière affiche un taux de réussite de 55 %, alors qu’il culminait à 82 % la saison dernière.
Joe Simmonds (Pau) pas impacté
Concernant l’ASM Clermont, Harry Plummer a également connu des ratés contre Lyon puis le Stade Français. Avec quatre coups de pied manqués sur treize tentatives, le Néo-Zélandais tourne à 69,2 % de réussite, soit près de dix points de moins que sur l’ensemble de la saison passée.
Des buteurs réputés très fiables comme le Toulonnais Melvyn Jaminet ou le Castrais Louis Le Brun sont également à la peine. D’autres, en revanche, ne semblent pas trop impactés, à l’image de Joe Simmonds (Pau), auteur d’un impeccable 15 sur 15.
Comment expliquer ce recul momentané ? Ces fameuses 45 secondes ne sont pas forcément très pénalisantes sur les tentatives de pénalité, le chronomètre étant déclenché au moment où le capitaine choisit les poteaux.
Problématique sur les transformations
En revanche, cela devient nettement plus complexe sur les coups de pied de transformation. Le compte à rebours démarre en effet dès que l’essai est accordé. Le temps de récupérer le ballon au milieu des effusions de joie, quand celui-ci n’est pas envoyé dans les tribunes, et vous comprendrez vite que le maigre capital alloué fond comme neige au soleil.
Face à l’UBB, les trois coups de pied manqués d’entrée par Thomas Ramos correspondaient justement à trois transformations. Au micro de Canal +, l’international français a tenté d’apporter quelques explications après la rencontre.
« Une minute sur les transformations, c’était très bien. Moi qui joue à l’arrière, si l’essai est inscrit à l’opposé, il ne te reste pas beaucoup de temps. Ce serait bien que sur des décisions comme ça, on puisse échanger avec les acteurs. On n’est pas trop consultés, donc c’est dommage. Je pense que la majorité des buteurs auraient plutôt voté pour une minute et que cela reste comme ça », a-t-il souligné.
Pour essayer d’accélérer le processus et ne pas perdre de temps, donc de points en route, la LNR a autorisé les staffs à disposer d’une réserve de ballons afin d’en remettre immédiatement un à leur buteur. Pour le reste, tout avait été prévu depuis plusieurs semaines. Cette nouvelle règle avait en effet été décidée lors d’un colloque organisé en mars dernier entre les arbitres et les staffs de Top 14 et de Pro D2. Un changement concerté et même proposé par les entraîneurs, comme nous l’avait indiqué Mathieu Raynal, patron de l’arbitrage français.
« Les entraîneurs ont souhaité réduire à 45 secondes le délai accordé pour les pénalités et les transformations afin de gagner un peu de temps. Une minute, c’était trop long », avait confié le responsable de la cellule de haute performance de l’arbitrage.
Avec huit essais inscrits en moyenne par match de Top 14, cette évolution devrait permettre de gagner environ deux minutes de temps de jeu effectif. Reste désormais à savoir si les buteurs parviendront rapidement à apprivoiser cette nouvelle contrainte. Car si les deux minutes gagnées ravissent les instances ou le public, les points laissés en route, eux, pourraient peser beaucoup plus lourd au moment des comptes.