Pour limiter le harcèlement en ligne contre les arbitres, une nouvelle commission de World Rugby sanctionne les excès des entraîneurs et des joueurs
Un nouveau processus a été mis en place cet été par World Rugby visant à sanctionner systématiquement les entraîneurs et joueurs auteurs d'abus, de langage le plus souvent, envers les arbitres. Gonzalo Quesada, le sélectionneur de l'Italie, et Tomas Albornoz, l'ouvreur des Pumas et de Toulon, ont été les premiers punis.
Gonzalo Quesada a en quelque sorte essuyé les plâtres. L'entraîneur argentin de l'Italie a été suspendu deux matches (réduit ensuite de moitié) en juillet dernier pour avoir critiqué sur l'antenne de Sky Sports l'arbitrage de l'officiel Luc Ramos lors du match de Championnat des nations perdu par son équipe face à la Nouvelle-Zélande (47-17). En déclarant que l'arbitre avait décidé de l'issue du match, ce qui peut laisser supposer qu'il a été malhonnête, Quesada a franchi une ligne rouge et a été le premier à être sanctionné de deux matches automatiques dans le cadre d'un nouveau dispositif, mis en place cet été, le « Match Official Abuse Sanction Process » qui punit tout abus envers un officiel.
Cela faisait longtemps que le monde du rugby cherchait une façon de lutter contre les excès, la plupart du temps verbaux et prononcés devant les médias, des joueurs ou staffs vis-à-vis des arbitres. La décision de passer aux actes a été prise lors du dernier grand raout du rugby mondial, le forum Shape of the Game où représentants des fédérations, sélectionneurs, etc. étaient présents.
À l'origine de cette initiative, l'instance mondiale insiste sur la volonté des fédérations de protéger les arbitres. Et sur le devoir d'exemplarité des acteurs. Selon les études menées, toute critique formulée à voix haute par un joueur ou un entraîneur a des incidences et alimente les abus en ligne, les insultes et les menaces sur les réseaux sociaux.
La sanction de Quesada a été réduite à un match de suspension après que le technicien argentin a fait son mea culpa auprès de Luc Ramos et en public. « Nos paroles à nous, coaches et joueurs, ont du poids et peuvent contribuer aux critiques ou aux abus verbaux contre les arbitres, particulièrement sur les réseaux sociaux. Je regrette profondément si mes commentaires ont contribué à cela », a-t-il formulé dans ses excuses.
L'influence de la personne prise en compte
Au début du mois d'août, c'est Tomas Albornoz, l'ouvreur des Pumas et de Toulon, qui a écopé d'une suspension de six matches, réduite à quatre après appel, excuses et prise en compte de son « casier », pour son comportement déplacé - une attitude intimidante - envers l'arbitre lors de la défaite de l'Argentine contre l'Angleterre (31-24) en Championnat des nations.
Là encore, le nouveau process a été appliqué avec une sévérité accrue en raison du comportement du joueur. On était au-delà de l'écart de langage. Dans chaque cas de figure, un panel indépendant évalue si les commentaires ou comportements de la personne comportent des accusations insinuant un manque de partialité, un préjugé, une influence extérieure, une intention délibérée d'affecter un résultat, ou tout autre comportement susceptible d'affaiblir objectivement la confiance du public envers les officiels de match.
L'évaluation prend en compte un ensemble de facteurs, notamment la nature, la portée, l'audience et la chronologie des commentaires ou, le rôle et l'influence de la personne qui les formule. La voix d'un sélectionneur ou d'un joueur cadre porte forcément davantage que celle d'un acteur plus anonyme.
Peu de réactions dans le milieu du rugby
Le panel s'appuie sur une grille de lecture, distribuant un mauvais point pour chaque abus et applique une sanction plus ou moins sévère en fonction du total. World Rugby estime que c'est l'assurance que la sanction sera cohérente, juste et appliquée de la même façon quelle que soit la personne visée.
Le milieu du rugby a pour le moment peu réagi à ce nouveau dispositif qui va sans doute évoluer avec le temps et dont on vérifiera s'il est équitable. L'immense majorité estime qu'il est essentiel de préserver le respect autour des arbitres et de les protéger. D'autres considèrent qu'éteindre toute critique exprimée devant des micros revient à bâillonner la liberté d'expression, du moins à aseptiser le débat. Les instances considèrent que le dialogue entre acteurs et arbitres est possible par ailleurs. Et que tout écart, toute colère publiquement manifestée ne sert qu'à alimenter même involontairement la haine en ligne.