Posté 03 décembre 2025 - 19:34
Entretien Midol de Frédéric Charrier :
Frédéric, la victoire face au Stade français permet-elle dun peu plus libérer les têtes avant daffronter les Saracens ?
Oui en quelque sorte. On est vraiment axés sur la performance quon doit livrer plus que sur le résultat comptable. Il y a beaucoup de tension en Top 14, chaque week-end il faut récupérer des points. Même si cest un championnat qui est long, on est tout le temps à la recherche de points. Et là, cest un format qui est très court avec quatre matchs contre des équipes de haut niveau. On connaît limportance du premier résultat pour bien lancer sans campagne européenne. On va aux Saracens dans cet état desprit.
Quel regard portez-vous sur cette équipe des Sarries ?
Ils ne produisent plus du tout le même jeu quau milieu des années 2010. À cette époque-là, ils avaient un paquet davants très costaud et très difficile à bouger sur les fondamentaux de la conquête, de la défense et du jeu au sol. Cétait une équipe qui était très difficile à jouer, un peu comme quand La Rochelle a été championne dEurope. Aujourdhui, cest une équipe très joueuse, qui a changé de surface aussi en passant sur un terrain synthétique. Les Saracens marquent beaucoup dessais à domicile et ils ont mis toutes leurs forces sur la phase offensive, leur philosophie de jeu a totalement changé !
Vous allez justement jouer sur une surface synthétique pour la troisième fois cette saison. Que faudra-t-il améliorer en priorité par rapport à vos deux défaites contre le Racing et Lyon ?
Déjà, ne pas rater lentame de match. On en avait parlé en préparant le match de Lyon et on navait pas réussi à le faire puisquon a été menés 14-0 après 15 minutes, en sachant que cette rencontre face aux Saracens va ressembler à lhoraire de match quon avait à Lyon avec un coup denvoi à 13 heures, en Angleterre. Cest aussi une surface où tous les un contre un sont importants. Dès que ladversaire, sur les un contre un, arrive à trouver de la vitesse, il y a une difficulté majeure. Toute la préparation de la journée jusquau match va être fondamentale pour arriver dans une très bonne condition sur lentame de match. Cest capital pour ne pas être mis sous pression sur ces fameuses phases de duels dhomme à homme.
Lattaque devrait être privilégiée à Londres, votre équipe a dailleurs marqué 83 points de plus que la saison précédente après onze journées. Comment lexpliquez-vous ?
Cest la troisième année du projet. Il y a des petites choses qui ont été assimilées avec le temps. Les joueurs sapproprient le projet de jeu, ils ont lhabitude de fonctionner ensemble. Harry (Plummer) est arrivé aussi dans léquipe. Il amène sa régularité, son exigence et son profil de joueur de haut niveau capable damener tout le monde avec lui. Une relation forte sest créée avec Baptiste (Jauneau) et tout ça fait quon arrive à être un peu plus performant. Je noublie pas que nous avons produit des gros matchs à la maison, notamment face à Montauban (84-31) et Castres (63-14) qui montent aussi les standards. Léquipe prend confiance et est plus à laise pour développer son jeu, faire des passes en plus, et prendre des initiatives. On a modifié quelques petits aspects aussi de notre projet de jeu- et de notre organisation sur le terrain. Sur les statistiques du jeu debout, on est aussi une équipe plus performante que la saison passée.
Les séquences entre trois-quarts semblent plus fluides que la saison dernière, avez-vous le même regard ?
Oui, il y a plus de justesse technique. En début dannée, javais dit aux trois-quarts que la saison dernière on avait seulement joué le dernier tiers du championnat à notre niveau. Les deux premiers tiers nétaient pas satisfaisants en termes de statistiques, dessais marqués Le message de cette nouvelle saison était le suivant : "on ne peut pas se le permettre une nouvelle fois, il faut quon commence à lheure et quon démarre fort le championnat". Au final, on est resté sur ce troisième tiers du championnat où on arrivait à se trouver, les passes arrivaient au bon moment, les timings étaient justes. Tout cela se transcrit depuis le début de lexercice 2025-2026.
Top 14 - À l'image de Bautista Delguy, les trois-quarts de Clermont son en jambes cette saison.
Top 14 - À l'image de Bautista Delguy, les trois-quarts de Clermont son en jambes cette saison.
Il y a quelques mois vous expliquiez que votre travail, avec Julien Laïrle, commencer à porter ses fruits. Quels sont les indicateurs qui vous montrent concrètement cette amélioration ?
Lexpérience. Sur la troisième année, généralement, tout est plus fluide. Cétait le cas quand je suis passé à Oyonnax et à Castres, où la troisième année, on a été champions. À Bordeaux-Bègles javais également ressenti cela. Cest cette expérience-là qui fait que tu as des sensations qui te disent que léquipe est un peu plus à laise. Même sil y a des joueurs qui arrivent, cest plus facile de les intégrer parce que les joueurs qui sont là depuis trois ans prennent le relais. Ils permettent à ces joueurs-là aussi de mieux sapproprier les choses et de comprendre très vite pourquoi on leur demande telle chose et pas une autre. Cest un ensemble de choses qui font que cest plus fluide.
Avez-vous apporté des changements philosophiques ou tactiques dans votre approche du jeu offensif ?
Bien sûr. Comme on le fait tout le temps, on essaye de faire en sorte de se servir de ce qui sest passé sur les saisons précédentes pour saméliorer. On a amené quelques petits ajustements dans lorganisation offensive où les retours sont plutôt positifs et les joueurs apprécient donc cela nous encourage à continuer dans cette ligne-là. Le point majeur de ces ajustements concerne la capacité de nos joueurs à jouer debout. Lidée est de les mettre dans les meilleures dispositions pour trouver ces passes en plus, ces passes après contact qui font la différence. La question est : comment on va les utiliser sur le terrain pour faire en sorte quils en soient capables ? Je parle de joueurs comme Pita-Gus Sowakula ou Selevasio Tolofua chez les avants qui sont particulièrement à laise dans ce jeu. Où est-ce quon va les mettre sur le terrain pour quils soient capables de trouver ces situations ?
Quel rôle jouent les avants dans cette amélioration offensive ? Comment avez-vous développé leur contribution au jeu déployé ?
On leur demande en priorité de se placer au milieu du terrain, où il y a beaucoup de densité défensive. Face à des défenses qui montent très fort sur les porteurs de balles, leur capacité à trouver ces passes supplémentaires peut créer des situations où on va trouver des espaces pour se libérer un petit peu de cette pression défensive. Cest un travail de prise de confiance, il ne faut pas hésiter à faire ces passes, il faut même avoir le réflexe. Et en le travaillant à lentraînement tous les jours, les joueurs osent plus et sont plus confiants.
Top 14 - Les avants clermontois doivent avoir le réflexe de chercher des passes après contact.
Top 14 - Les avants clermontois doivent avoir le réflexe de chercher des passes après contact. Icon Sport
Le changement dapproche au niveau du jeu au pied a-t-il un impact sur votre façon dattaquer ?
Évidemment. Lannée dernière, on navait pas des ouvreurs avec un jeu au pied aussi long quHarry. On narrivait pas à trouver cette longueur de jeu au pied et on était plus axés sur des jeux au pied de pression où on a un joueur qui excelle sur les réceptions, Bautista Delguy. Mais par moments, on pouvait se retrouver à perdre loccupation parce quon navait pas suffisamment de longueur sur le jeu au pied. Cette année, on a essayé de laméliorer, notamment par lapport dHarry. Les jeux au pied des demis de mêlée ont aussi progressé, à limage de Baptiste Jauneau. Cela fait partie de son évolution et des axes quil doit améliorer. On essaye de trouver un bon équilibre pour le jeu au pied dans notre équipe, pour trouver cette alternance-là entre les jeux au pied de pression et les jeux au pied plutôt longs.
Quels joueurs ont franchi un cap décisif dans lanimation offensive cette saison ?
Les jeunes, principalement. Je pense à Baptiste Jauneau, Killian Tixeront, Léon Darricarrère, qui sont avec nous depuis plusieurs années. Je trouve également que Barnabé Massa et Régis Montagne, qui sont arrivés de Pro D2 il y a un an, sont montés dun cran. Ces joueurs-là progressent de saison en saison et ont envie de franchir des paliers. Ils veulent grandir et hisser lASM parmi les meilleures équipes du Top 14.
Quels sont encore les axes de progression pour continuer à faire monter en puissance cette attaque ?
On doit progresser sur toutes les situations de turnover et de jeu dans le désordre en arrivant à être plus efficaces. Paradoxalement, on a été plutôt réalistes sur ces situations face au Stade français. Cest une vraie marge de progression sur laquelle on essaye de saméliorer. Je note aussi que proche des lignes, on est plus efficaces que lannée dernière. Cest un secteur que lon avait ciblé. Si on veut être une équipe performante offensivement, on doit être très réalistes. Enfin, on sattache à être le moins lisible possible parce que les vidéos marchent dans tous les clubs (rires). Si tu veux surprendre ladversaire et être le moins lisible possible, il faut tout le temps proposer des choses un peu différentes, des variantes pour trouver des solutions dans des défenses qui sont de plus en plus hermétiques.
Dans un monde idéal, quelle est selon vous lattaque ultime de Clermont ?
On veut une attaque qui corresponde à lidentité du club : des avants conquérants, un milieu du terrain costaud, qui permet davancer, et beaucoup de vitesse dans le champ profond. Cela fait partie dune identité sur laquelle on travaille pour reconstruire des bases solides à ce niveau-là. On essaie aujourdhui de progresser sur tout ce qui est lié aux contre-attaques et à la vitesse dans les couloirs. Par moments, on y arrive, des fois, on ny arrive pas, donc on veut avoir plus de régularité à ce niveau-là.
Clément Labonne
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