Thomas Ceyte échappe à Joris Segonds et aux Bayonnais. © Crédit photo : ALEX MARTIN / AFP
-
Écouter
-
Voir sur la carte
-
Partager
Encore dépassés sur la pelouse de Clermont, les Bayonnais s’enfoncent dans la crise avec une 7e défaite consécutive. Les débuts du duo Fraser-Travers n’y ont rien changé
À quoi reconnaît-on un club en crise ? Pour l’Aviron Bayonnais, prendre en compte les simples chiffres suffirait. En s’inclinant à Clermont ce samedi (38-15), les Bleu et Blanc, désormais dirigés par un tandem Laurent Travers - Gérard Fraser, ont concédé une 7e défaite consécutive et n’ont toujours pas gagné en 2026. Pour la 10e fois en 18 journées, ils ont aussi encaissé plus de 30 points et pointent à la 12e place du Top 14, à neuf longueurs de la 8e place – nouvel objectif compte tenu de la situation actuelle de l’équipe basque.
Mais plus que ces statistiques, c’est l’impression visuelle dégagée par ce groupe qui se rapproche, chaque match un peu plus, d’une crise réelle et profonde. « La spirale négative, elle est là, on ne peut pas dire le contraire », reconnaissait Arnaud Erbinartegaray après la rencontre. Les souvenirs de la victoire en barrages du Top 14 en mai dernier sont déjà très loin. Face à ces mêmes Clermontois, Bayonne avait maîtrisé son sujet de bout en bout pour décrocher sa qualification en demi-finale (20-3).
Huit mois plus tard, les solides bases de l’Aviron ont disparu et le bateau fait plus que tanguer. Les sourires ont laissé place aux têtes basses comme celles d’Arnaud Erbinartegaray, Cheikh Tiberghien et Guillaume Martocq, présents pour la conférence de presse d’après match avec toute la peine du monde sur leur visage.
37 % de plaquages manquésPourtant, cette semaine sur les bords de la Nive, l’accent avait été donné sur l’engagement et l’agressivité. Les bases du rugby pour retrouver une équipe soudée. « On savait qu’ici, si on n’était pas performant dans l’engagement, on s’exposait à de grosses difficultés. On a complètement raté notre coup sur ce plan », regrettait Gerard Fraser, forcément contrarié par les 37 % de plaquages manqués (52/83) face aux Clermontois.
Un manque d’engagement et de détermination flagrant sur le premier essai des Clermontois où Harry Plumer, qui a fait très mal aux Basques ce samedi, profitait d’un ballon sorti du ruck pour lancer les siens (16e, 10-3). Volontaire et dans l’avancée pour son retour de blessure, Manu Tuilagi répondait à l’ouvreur néo-zélandais en étant à l’origine et à la conclusion d’un mouvement (19e, 10-8). Ce fut le seul véritable sursaut d’orgueil des Bayonnais.
Problème de confianceDe l’autre côté du terrain, les Clermontois étaient sur une tout autre dynamique (quatre victoires sur les cinq derniers matchs). Alors les hommes de Christophe Urios tentaient énormément. Et quand la confiance est là, la réussite suit souvent. Sur une relance de Kylian Hamdaoui, l’ASM profitait d’une grosse erreur de Cheikh Tiberghien, coupable d’un en-avant dans ses 22 mètres, pour prendre ses distances (26e, 17-8) avant qu’une simple accélération sur un off-load de Ratuva pour Jauneau ne mette toute la défense bayonnaise en pagaille (29e, 24-8) et ne donne, déjà, un avantage définitif aux Jaunards.
L’Aviron inscrivait bien un deuxième essai par Paulos (78e, 38-15) en fin de match. Mais entre-temps, Bruni avait oublié Germain à son intérieur (55e), les avants avaient manqué de patience sur un ballon porté (58e) et la touche égarait une munition qui se transformait en essai pour Jurand, 80 mètres plus loin (46e, 31-8).
En se séparant de Grégory Patat, Philippe Tayeb espérait sans doute un déclic pour cette première rencontre d’un nouveau chapitre. Bayonne s’est manqué dans les grandes largeurs. Pénalisée à trois reprises, la mêlée a autant souffert que la touche (3 ballons perdus) et l’Aviron a semblé dépassé à la moindre accélération, comme celle de Plumer sur l’essai de Zamora (65e, 38-8). Les problèmes sont nombreux pour Laurent Travers et Gérard Fraser. Pas sûr que le stage à Seignosse avant le déplacement à Montauban suffise à redonner confiance à une équipe qui n’a gagné qu’un seul de ses onze derniers matchs.
Gerard Fraser n'a pas de baguette magique. Lui qui vivait son premier match comme entraîneur principal dix jours après le départ de Grégory Patat à la suite de semaines, voire de mois de psychodrames en interne, le savait. Laurent Travers, désormais en survêt et casque sur la tête, n'est pas le bon génie qui souffle à l'oreille la recette à suivre. Lui aussi devait le savoir : ce n'est pas en dix jours que l'Aviron Bayonnais allait basculer sur une autre dynamique, alors qu'il n'a toujours pas gagné le moindre match en 2026. Il y a sans doute aujourd'hui des adversaires plus conciliants que l'ASM (38-15) pour remonter la pente mais on attendait un signe, un frémissement, une raison de se dire qu'on avait touché le fond. On a surtout vite vu la différence entre une équipe qui avance avec le plein de confiance et une autre qui bafouille son rugby.
« La situation est compliquée, n'a pas caché Cheikh Tiberghien, l'arrière bayonnais ancien de la maison jaune. On ne nous demande pas de choisir l'entraîneur ou le président. On est des joueurs et on n'a rien à voir avec la politique du club. On est clairement dans le négatif. On doit vite trouver le levier. Personne n'aime perdre un match mais quand vous enchaînez les défaites... On sait qu'il y a 26 journées dans le Top 14 mais ça commence à faire beaucoup. » Très exactement, sept. Sept défaites depuis le miracle du Boxing Day et une victoire après la sirène face au Stade Français (35-34). Des semaines de doute et la sensation qu'on glisse toujours, attiré vers le fond malgré toutes les bonnes résolutions.
« On n'a pas rivalisé avec eux car on n'était pas présents sur les bases. On ne peut pas manquer d'agressivité, on ne peut pas manquer autant de plaquages. On ne peut pas non plus gâcher autant d'occasions »
Guillaume Martocq, centre bayonnais
« On avait insisté toute la semaine sur le défi physique et on est passé à côté en première période, regrette Fraser. On avait aussi insisté sur la nécessité de gagner le ballon et de le tenir. On a été pris dans les rucks et on a commis beaucoup d'en-avant. » Plus que la défaite, c'est la façon dont elle s'est trop vite dessinée qui a plombé les Bayonnais. « On s'était promis des choses qu'on n'a pas faites, regrette le centre Guillaume Martocq. La confiance, il faut aller la chercher quelque part et ça commence par l'état d'esprit. On n'a pas rivalisé avec eux car on n'était pas présents sur les bases. On ne peut pas manquer d'agressivité, on ne peut pas manquer autant de plaquages. On ne peut pas non plus gâcher autant d'occasions. L'essai qu'on prend alors qu'on a une touche à cinq mètres de leur ligne, ça fait très mal. »
Clermont, sûre de sa force, a fait la différence quand elle a accéléré et inscrit cinq essais. Et pourtant elle n'a pas totalement confisqué le match à son adversaire. Bayonne a entamé comme il fallait et a réagi très vite après le premier essai d'Harry Plummer (17e). On s'est dit que Manu Tuilagi allait entraîner ses coéquipiers, lui qui avait été à l'initiative de l'action avec une pénalité vite jouée et à la conclusion d'un beau mouvement (20e). Mais l'international anglais était trop seul. Surtout le collectif bayonnais a explosé en trois minutes sur des essais de Kylan Hamdaoui (27e) et Baptiste Jauneau (30e). « Quand Clermont trouve le momentum dans le jeu, ils sont pratiquement impossibles à arrêter, ils cassent les plaquages, on subit et on recule », a reconnu Fraser.
L'Aviron a ensuite essayé, s'est invité dans les 22 plusieurs fois, échouant devant la ligne puis encaissant un contre terrible de Jauneau conclu par Joris Jurand (47e) sur un lancer à cinq mètres de la ligne clermontoise. « On doit entrer dix fois dans les 22 mètres adverses et six ou sept fois on n'en a rien fait », regrettait Fraser. Le manque de confiance était manifeste sur ces actions offensives, entre hésitations et mauvais choix.
De la trêve à venir, Fraser attend « un petit reset » pour ses joueurs qui en ont besoin. Et surtout durant le stage prévu à Seignosse (Landes) : « mettre en place ce qu'on veut pour la fin de saison : être acteur de notre parcours. Ne pas penser au-delà du prochain match et rester sur ce qu'on peut maîtriser. » Pour arrêter de glisser irrésistiblement vers un fond toujours plus profond.








