C'était le 19 février, quelques jours après le choc de Murrayfield (défaite 31-20 contre l'Écosse), et juste avant la réception de l'Irlande (défaite 21-42). Il avait accepté de nous rencontrer, dans un salon du Pennyhill Park Hotel, l'établissement où loge et s'entraîne l'équipe d'Angleterre. « On a ciblé certains domaines, on sait qu'on n'est pas très performants, on veut les corriger, avait-il ajouté. On n'était pas au niveau. On espère que c'était juste un accident. »
On le sait désormais, ce n'était pas juste un accident de parcours. Le mal est plus profond chez les Anglais, battus en Italie samedi dernier (23-18), et touche tous les secteurs du jeu à l'exception - et ce n'est pas rien - de la mêlée, impressionnante et dominante depuis le début du Tournoi avec une première ligne redoutable, pourtant privée de Will Stuart et Fin Baxter.
« Sur les quatre premiers matches, on a reçu 8 cartons »
Joe El-Abd, entraîneur adjoint de l'Angleterre
Malgré cet inquiétant enchaînement, Joe El-Abd ne s'alarme pas : « Si vous regardez les matches que nous avons joués, nous nous sommes procuré de nombreuses opportunités, et quand je parle des opportunités, je veux dire que nous avons franchi les 22 mètres plus souvent que nos adversaires. Mais ce n'est pas suffisant. C'est comme au foot : c'est bien de frapper au but, mais si tu ne marques pas, tu te mets en danger. C'est donc un secteur que nous devons améliorer, nous devons terminer nos actions. »
Être réaliste, c'est bien, mais insuffisant. Il faut que l'Angleterre s'achète une conduite, et soit moins pénalisée. « Sur les quatre premiers matches, on a reçu 8 cartons. Et nous savons que jouer 10 minutes à quatorze est un énorme désavantage à ce niveau. » Le réalisme, la discipline, what else ?
L'ancien coach d'Oyonnax, qui a rejoint son ami Steve Borthwick il y a un peu plus d'un an, évoque aussi l'attitude au contact, dans les collisions. « Si tu domines ces zones de collision, tu as plus de chance d'obtenir des pénalités. On en parle beaucoup entre nous. On se demande pourquoi on est moins performants. Quand tu domines, quand tu mets le pied devant, quand tu renvoies une bonne image à l'arbitre, tout roule. »
« Je ne pense pas qu'on a été arrogants »
Joe El-Abd, entraîneur adjoint de l'Angleterre
Si la technique compte, le mental aussi, l'envie de se faire mal, de faire mal et reculer l'adversaire... Est-ce que les Anglais qui restaient sur 12 succès consécutifs après leur victoire sur les Gallois début février (48-7) ne se sont pas vus trop beaux ? « Même après cette fantastique série, on ne s'est jamais considérés comme la meilleure équipe du monde », a-t-il affirmé jeudi. Et il y a un peu plus de trois semaines, il avait assuré dans ce salon feutré de Pennyhill Park : « Non, je ne pense pas qu'on a été arrogants. »
Les collisions, les rucks, c'est devenu son domaine, un peu à l'insu de son plein gré. Quand il a rejoint Borthwick, son copain de fac à Bath, c'était pour occuper le poste de coach de la défense. Il ne l'est plus depuis la fin de l'été, remplacé de manière étrange et inexpliquée par Richard Wigglesworth, qui s'occupait depuis trois ans de l'attaque. « Tout le monde travaille ensemble, nous a expliqué celui qui vit toujours du côté d'Oyonnax et qui a refusé de nous dire jusqu'à quand courait son contrat. Il n'y a pas de compartiments et ça me convient. »
Mais durant l'entretien du 19 février, celui qui faisait partie de la short list à Brive a concédé que le contact quotidien avec les joueurs lui manquait beaucoup... « Même si travailler au sein de la sélection de ton pays, c'est le Graal et c'est intense. »









