« Le passionné de rugby que je suis s'est régalé. Quand tu regardes des matches comme celui-là, tu ne peux que passer un bon moment sur ton canapé. Tout était là : le contenu, deux équipes qui se donnent corps et âme tout au long du match, la dramaturgie, le scénario. C'était complément irrationnel. On passe du tout au tout. Une équipe est menée largement puis elle revient. Et inversement. En tant que supporter français, tu es bien sûr très heureux à la fin. Tu es en extase devant la performance de Louis Bielle-Biarrey, auteur d'un quadruplé, et d'autres dont Thomas Ramos, qui a passé la pénalité de la gagne au bout du bout du match.
Parallèlement, il y a le côté technicien. Et là, c'est bien sûr très différent à cause des difficultés de la conquête en mêlée et celles dans le jeu au sol. Il a fallu attendre près de 180 rucks au bout de deux matches et un contest de Jean-Baptiste Gros pour en récupérer un. Surtout, les errements défensifs ont encore été criants face à l'Angleterre. En n'attaquant pas les rucks, ça laisse beaucoup de momentum à l'équipe adverse et les Français sont souvent sur les talons.
Comme la semaine dernière, les centres français se sont retrouvés du même côté. Ils n'étaient pas connectés. Cela a créé beaucoup de brèches. On a même retrouvé Julien Marchand et Demba Bamba en position de deuxième centre. Surtout, les Bleus ont pris des essais beaucoup trop facilement sur des séquences qui ressemblèrent à des entraînements dirigés. C'était trop simple pour les Anglais de marquer et on avait l'impression que ça ne s'arrêtait jamais.
En deux rencontres, le quinze de France a encaissé plus de 90 points, 50 en Écosse la semaine passée puis 46. C'est un point noir, comme la mêlée, où ce n'est pas clair. Encore une fois, le supporter est heureux, le technicien est un peu plus perplexe. Avec une telle défense, c'est difficile de dire qu'on veut être champions du monde. Ce n'est pas possible d'encaisser autant de points. Malgré tout, la France est championne d'Europe. Elle trouve aussi du caractère avec cette fin de match gagnée à la dernière seconde. Ça, c'est positif. Malgré des moments durs et tous ces points encaissés, l'équipe est parvenue à revenir à chaque fois grâce à des fulgurances et des finitions au pied des droitiers qui tapent du gauche mais aussi grâce à Bielle-Biarrey, un extraterrestre qui est en train d'exploser tous les records (29 essais en 27 sélections). »







