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Stade Rochelais


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#2686 el landeno

el landeno

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Posté 21 avril 2026 - 19:54

Paul Boudehent, le Bleu qui accepte de changer de poste sans broncher à La Rochelle : « J'estime que j'avais comme un devoir de reconnaissance envers le club »
De retour de blessure, le troisième-ligne rochelais Paul Boudehent évoque sans filtre sa saison perturbée par les pépins physiques, son repositionnement en deuxième ligne et l'équipe de France qu'il espère retrouver cet été.

Deux jours après le large succès contre Bordeaux-Bègles qui redonne de l'élan au Stade Rochelais (45-15), Paul Boudehent s'est posé dans une loge du stade Marcel-Deflandre pour parler un peu de lui. Le troisième-ligne polyvalent (26 ans), qui s'est plié au désir de son entraîneur Ronan O'Gara en jouant en deuxième ligne toute la saison, a disserté sur sa vision du métier, avec son lot de déconvenues entre blessures et non-sélections, et la notion de loyauté envers un club qui a toujours crû en lui. Il espère lui rendre cette confiance en le qualifiant pour la phase finale du Top 14. Une mission loin d'être évidente. Cela tombe bien, ce sont celles qu'il préfère.

 
 
 
 

« Contre l'UBB le week-end dernier, c'est la première fois de la saison que vous jouiez en troisième ligne cette saison à La Rochelle. Ces retrouvailles avec le numéro 6 vous ont plu ?
Honnêtement, j'étais très content, parce que c'est mon poste avant tout. J'ai quand même terminé deuxième-ligne en fin de match. Je suis content de dépanner. Tant que je suis sur le terrain, c'est le plus important. Après, j'estime que là où je suis le meilleur, là où j'aide le plus l'équipe, c'est en troisième ligne. En deuxième ligne, je ne fais que dépanner.

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À l'aise en touche, Paul Boudehent évolue régulièrement en deuxième ligne. (F. Faugère/L'Équipe)
 

Neuf titularisations sur dix en deuxième ligne, c'est plus qu'un dépannage, non ?
Bah, ça reste un dépannage. Mais oui, j'y ai passé pas mal de temps.

 
 
 
 
 

Ça demande de désapprendre des choses quand on passe d'un poste à l'autre ?
Absolument. Là, ce week-end, j'ai eu des mauvais réflexes par exemple. Des trucs tout cons. J'ai été un peu aspiré au centre du terrain, là où normalement, je dois être davantage dans les couloirs, sur les extérieurs. Il y a des moments où je me suis dit : "Attends, je joue troisième-ligne aujourd'hui, il faut que je reste là !" J'avais tendance à vouloir enrouler fort, dans le sens. Je me suis fait la réflexion trois ou quatre fois pendant le match.

 
 
 
 

« Pour passer de troisième à deuxième ligne, il ne faut pas être trop léger. Tes piliers vont le sentir en mêlée. Après pour sauver les meubles, tu peux mettre n'importe quel troisième-ligne en deuxième ligne, mais ce n'est pas l'idéal »

 
 

On voit de plus en plus de joueurs évoluer à la fois en deuxième et en troisième ligne. La différence entre les deux postes tend-elle à disparaître ?
Ce sont quand même deux métiers différents. Mais tu peux avoir des joueurs capables de faire les deux. Il y en a plusieurs au club. Cette saison, ceux qu'on a le plus vu faire la navette, c'est Judicaël Cancoriet et moi. Dans le sens inverse, Ultan Dillane, Charles Kante Samba et Kane Douglas, de manière plus exceptionnelle, peuvent le faire. Pour passer de troisième à deuxième ligne, il ne faut pas être trop léger. Tes piliers vont le sentir en mêlée. Après pour sauver les meubles, tu peux mettre n'importe quel troisième-ligne en deuxième ligne, mais ce n'est pas l'idéal.

Pourquoi on voit autant de cas ces derniers temps ?
Des mecs de 2 m et 120 kg, ça ne court pas les rues. Alors que des mecs de 1,90 m à 110 kg (lui fait 1,92 m pour 107 kg), tu en as cinq fois plus. C'est ce qui pousse les entraîneurs à faire ce choix. Si tu veux un bon numéro 4 JIFF (issus de la filière de formation française), ce n'est pas évident parce qu'ils sont tous sous contrat. Quand tu veux en recruter un, ça devient tout de suite très compliqué. C'est pour ça qu'il y a des changements de postes qui sont un peu forcés.

 

Vous avez aussi déjà joué au centre. Est-ce une option que vous pouvez exploiter davantage ?
Techniquement, je peux jouer centre. Mais là, c'est vraiment sauve-qui-peut ! Si je commence à basculer à ce poste, c'est qu'il y a eu 4 blessés, 8 commotions, et c'est vraiment la guerre derrière. (Rire.)

 
 

« Je n'ai aucune pression. Si tu fais bien les choses, tu es le king. Et si tu trompes, ce n'est pas grave »

 
 

Néanmoins, vous aviez pris du plaisir lorsque l'occasion s'est présentée ?
Ah oui, je me suis régalé. Tous ces changements de postes, je trouve ça génial parce que ça te sort un peu de la monotonie. Sinon tu fais tout le temps un peu la même chose, toutes les semaines. C'est comme un bol d'air frais. Les courses, tu les fais différemment, tu ne réfléchis plus de la même manière. Ça te stimule. Évidemment, je préfère jouer troisième-ligne. Mais quand je changeais, que je passais à l'aile ou au centre, j'étais trop content. En plus, tu as tout à gagner, parce qu'au pire, tu fais une erreur. Quand je me retrouve à dépanner à l'aile, je ne défends pas vraiment comme un ailier. On ne devrait pas se trouver des excuses comme ça, mais la vérité, c'est que tu es dans une situation où on te pardonne certaines erreurs. Je ne suis pas vraiment ailier, je suis là pour dépanner. Donc, en fait, je n'ai aucune pression. Si tu fais bien les choses, tu es le king. Et si tu trompes, ce n'est pas grave.

 
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Paul Boudehent avec les Bleus face aux Fidji en novembre. (A. Mounic/L'Équipe)
 

Cette façon de voir les choses est aussi valable quand vous jouez deuxième-ligne ?
Alors maintenant, c'est moins vrai effectivement, parce que ça fait un an que je joue au même poste. Mais au début, je te promets que je pensais exactement pareil. Je le tournais aussi comme ça parce que c'était une manière sympa d'aborder les matches et de se délester de la pression.

 
 

« Quand je suis arrivé à La Rochelle, honnêtement, je n'avais pas le niveau. Le staff, en espoir, puis en pro, a été très patient avec moi »

 
 

Vous voyez cette polyvalence comme une force ou peut-elle desservir en vous catégorisant comme un joueur de complément ?
Cette année, je ne le prends pas vraiment sous cet angle. C'est une réflexion qui est un peu plus profonde que ça. J'estime que j'avais comme un devoir de reconnaissance envers le club. Quand je suis arrivé à La Rochelle (en 2017), honnêtement, je n'avais pas le niveau. Le staff, en espoir, puis en pro, a été très patient avec moi, parce que je n'étais pas forcément le plus simple à gérer. Ils ont pris le temps, ils ont persévéré à vouloir me former. Alors qu'ils n'étaient pas obligés de le faire, ils ont fait le choix de me garder. Cette année, si j'avais voulu penser qu'à moi, j'aurais refusé de jouer deuxième ligne. Mais le club avait besoin de moi.

 

Vous vous êtes senti redevable ?
C'est ça. Le Stade Rochelais m'a beaucoup donné. C'était le moment de rendre. Alors oui, j'entends quand on dit qu'il faut penser à soi, à sa carrière, parce que ça va vite. Et c'est vrai. Mais en même temps, si on n'avait pas été patient avec moi, si le club n'avait pas cru en moi, il ne serait même pas question de se dire que c'est court une carrière. Nous, les joueurs, on est dans une position où on nous donne en permanence. On prend. Là je me suis dit que c'était aussi le moment de donner.

 

Vous étiez si difficile que ça à gérer plus jeune ?
Quand je suis arrivé ici, j'avais 17 ans, je sortais de l'adolescence. Je n'étais pas forcément une tête brûlée, mais je n'avais pas tous les codes du milieu professionnel. J'arrivais de Nantes, et sans manquer d'humilité, le niveau là-bas n'était pas celui à La Rochelle. J'étais en position de force dans mon équipe. Et en arrivant ici, j'étais un joueur parmi tant d'autres. Je ne sortais pas du lot, très loin de là. Je suis arrivé en me disant que ça allait être simple. C'était une erreur de jeunesse, un manque d'humilité. Bref, c'était un peu le schéma classique du jeune de 17 ans qui rencontre le milieu professionnel et qui se casse les dents en apprenant les codes d'une équipe, face à des joueurs qui ont 35 ans, des internationaux qui ont prouvé. Pour résumer, j'étais un petit con (rire). Honnêtement, ça a été très, très dur, mais tellement formateur. Et à ce moment-là, quand j'étais ce petit con, le club a quand même cru en moi alors qu'il n'était pas obligé de le faire.

 
 

« Il y a eu le Tournoi des Six Nations où j'étais avec les copains à Marcoussis mais sans participer... Là, ç'a été vraiment, vraiment dur. J'ai ressenti énormément de déception... »

 
 

Vous n'avez pas joué lors du Tournoi des Six Nations. Gardez-vous les Bleus en tête pour cet été ?
Ouais... C'est dans un coin, on va dire. Je préfère y aller par étapes, pendre les week-ends les uns après les autres. Je vais tout faire pour être prêt. Mais je ne fais pas de plan sur la comète. Si ça doit se faire, ça se fera. J'ai eu pas mal de pépins physiques cette année. J'ai enchaîné deux blessures en janvier (cervicales) puis en mars-avril (genou). Entre-temps, il y a eu le Tournoi des Six Nations où j'étais avec les copains à Marcoussis mais sans participer... Là, ç'a été vraiment, vraiment dur. J'ai ressenti énormément de déception...

 
 
O'Gara salue son « sacrifice »
Le 28 février, après la victoire du Stade Rochelais à Castres (31-26), le manager irlandais Ronan O'Gara avait fait l'éloge de Paul Boudehent et pris une part de responsabilité dans son absence des feuilles de match de l'équipe de France cet hiver. « Paul fait beaucoup de sacrifices pour l'équipe. Je pense que son repositionnement en deuxième ligne avec nous le pénalise par rapport à l'équipe de France. Il serre les dents et fait du bon boulot. Je dois le féliciter pour tout ce qu'il fait pour notre club parce que c'est un immense sacrifice. Paul est très triste de ne pas être en équipe de France et j'en suis un peu responsable. Donc je ne suis pas à l'aise avec ça. »

Titulaire comme numéro 7 des Bleus lors du Tournoi des Six Nations remporté en 2025 et encore face aux Springboks l'automne dernier (17-32), Boudehent n'a plus porté le maillot des Bleus depuis le match de novembre contre les Fidji (34-21), où il était entré en jeu dès la 30e minute. Cette saison avec le Stade Rochelais, il a disputé 12 rencontres, 10 comme titulaire, dont 9 en deuxième ligne. A. Co.
Comment vous faites pour traverser ces moments ?

En pensant à tout, sauf au rugby. En règle générale, quand je sors du centre d'entraînement, je déconnecte complètement. Ce qui m'aide d'ailleurs à rester très investi quand je suis au club. Parce que je fais le plein d'énergie en dehors. Quand j'arrive à l'entraînement, je suis complètement détendu et surtout prêt à travailler, dans de bonnes dispositions. Je sais que si je pensais tout le temps au rugby, je n'arriverais pas à bosser.

 
 

« Je suis du genre à poser toutes les questions possibles pour essayer de comprendre. C'est ce qui m'a aidé au quotidien pendant ma convalescence. J'ai complètement arrêté de penser au rugby »

 
 

Quand vous dites que vous déconnectez, ça veut dire quoi ?
J'estime avoir une chance, qui peut aussi être vue comme un inconvénient la manière de le tourner : je m'intéresse à tout. Demain, si on passe une journée ensemble en tant que journalistes, je vais m'intéresser à tous les points de vue du métier. Je suis du genre à poser toutes les questions possibles pour essayer de comprendre. C'est ce qui m'a aidé au quotidien pendant ma convalescence. J'ai complètement arrêté de penser au rugby, je me suis intéressé à tellement de sujets divers et variés. J'ai essayé de rencontrer des personnes qui ne connaissent rien au rugby. Mais une des difficultés qu'on a dans ce milieu, c'est que c'est très compliqué d'arrêter de parler de rugby. Tous les gens de mon entourage me parlent de ça, tout le temps.

 

Et même les gens de l'extérieur. Votre boulanger débriefe vos matches, non ?
Eh bah, devine ! Dans la tête de tous les gens que je rencontre, Paul Boudehent est joueur de rugby. Et dans la région, les gens adorent ce sport, et ils ont envie de partager cette passion. Mais dans cette petite équation, ce qu'il faut retenir aussi, c'est que cette passion est notre travail. Certains joueurs peuvent en parler tous les jours. Moi, j'aime bien parler d'autres choses. La contrainte qu'on a, c'est que c'est difficile de sortir du cadre du rugby. Dans toutes les discussions que je peux avoir, ça revient à un moment ou à un autre. On te ramène tout le temps au rugby. »

Paul Boudehent en bref
Troisième-ligne de La Rochelle.
26 ans.
1, 92 m ; 107 kg
21 sél. avec les Bleus.
2023 : vainqueur de la Coupe des champions avec le Stade Rochelais.
Palmarès : vainqueur du Tournoi des Six Nations avec les Bleus en 2025.





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