« J'AVAIS LA TÊTE ET LE CŒUR AILLEURS »
DE NOTRE ENVOYÉ SPÉCIALAURÉLIEN BOUISSET
Scott Spedding fait partie des 31 appelés pour la tournée d'automne de l'équipe de France.RichardMartin/LÉquipeRichardMartin/LÉquipe
En regain de forme avec Clermont, l'arrière se livre sur la période délicate qu'il a traversée en fin de saison dernière, son futur départ de l'ASM et ses ambitions avec les Bleus.

CHAMALIÈRES – Il a vécu vingtquatre heures étranges, Scott Spedding. Mercredi en début d'après-midi, l'arrière international de Clermont découvrait que son nom faisait partie des 31 appelés pour la tournée d'automne de l'équipe de France. Une bonne nouvelle tempérée par une confirmation le lendemain : l'ASM ne va pas le prolonger pour la saison prochaine et il quittera son club, où il est depuis trois ans, à l'été 2018. Il a beau avoir des touches en Angleterre, il se voit davantage rester en France, parce que viscéralement attaché aux Bleus, mais repousse toute décision sur son avenir à plus tard. Après une période noire, qui l'avait privé de la phase finale du Top 14, et sur laquelle il est revenu hier avec franchise, pour la première fois, il n'a qu'une envie : jouer ! le plus possible et prendre ce plaisir qu'il retrouve depuis un mois.
«Franck Azéma vient de confirmer votre départ de Clermont à la fin de la saison. Depuis quand le savez-vous ?
Récemment ! J'ai lu que j'avais envie de partir, que je n'étais pas bien ici, que je n'étais pas content de la concurrence avec Nick(Abendanon). C'est faux ! Quand je vois des choses comme ça, ça m'énerve un peu. Je suis très bien ici, ma femme aussi. Après, Franck est toujours honnête, il m'a expliqué pourquoi. Je pars souvent pour l'équipe de France… où il y a dix, parfois onze joueurs de Clermont. Ça pose problème pour le club. Ce sont des raisons compliquées… Et je n'ai pas le statut de JIFF(joueur issu des filières de formation), je suis le seul membre de la liste Élite à ne pas l'être, alors que je suis arrivé jeune en France (21ans),que j'avais un contrat Espoirs à Brive, que j'ai la nationalité française et que je suis international ! Je m'interroge à ce sujet d'ailleurs… Mais c'est comme ça, le club doit faire des choix, et, honnêtement, je penserai à mon avenir plus tard, parce que là, j'ai juste envie de jouer, faire de gros matches avec Clermont et tout donner pour ce club jusqu'à la fin. Depuis quelques semaines, on sent d'ailleurs que vous êtes en regain de forme avec l'ASM ? Oui, c'est vrai. Ça faisait un moment que j'étais dans le dur. J'ai bossé dans les moments compliqués et ça a fini par payer. Et maintenant, j'enchaîne les matches et je retrouve de la confiance. C'est bizarre le rugby, hein ! Là, je me sens comme si j'avais vingt et un ans. Je sors d'un moment compliqué, mais tout ça, c'est réglé, et, étrangement, je recommence à prendre du plaisir et je retrouve mon jeu ! Ce plaisir, vous ne le preniez plus, à un moment de la saison dernière ? Oui. Je ne cherche pas d'excuses, je suis mon critique le plus sévère, je sais très bien que je n'étais pas à la hauteur. Mais… Dans ma vie familiale, je suis passé par des moments très compliqués après le Tournoi des Six-Nations. Je ne veux pas rentrer dans les détails, mais j'étais affecté, j'avais la tête et le cœur ailleurs. J'avais envie d'être avec ma famille, pas toujours sur le terrain. Je pensais toujours à autre chose et pas à ce que je devais faire en match… Ça te met vite dans une situation compliquée. J'ai enchaîné des matches moyens.
"L'histoire de Clermont est beaucoup plus grande que celle d'un joueur pas content de ne pas jouer une finale
C'est ce qui explique que vous n'aviez pas été retenu pour la phase finale du Top 14 ?
Franck m'en avait parlé avant de faire l'annonce de l'équipe. J'ai apprécié. Ce n'était pas une surprise non plus. J'ai bien compris ses raisons et je savais que je n'étais pas dans la meilleure forme possible. Mais j'ai lu sur les réseaux sociaux que je l'avais mal pris. Ce n'est pas vrai ! Bien sûr, j'étais très déçu, mais dès que le coach a fait son choix, on a tous bossé dans le même sens pour que le club puisse gagner ce titre. L'histoire de Clermont est beaucoup plus grande que celle d'un joueur pas content de ne pas jouer une finale. Je suis resté avec le groupe, j'étais 24e, je devais bosser pour que les autres soient au top, j'ai tout fait aux échauffements, pendant la semaine, pour que Nick (Abendanon) bosse ses ballons hauts, son jeu au pied… Bien sûr que j'aurais préféré être champion de France sur le terrain, mais j'étais très content qu'on gagne ! Vous vous en étiez ouvert, à Franck Azéma, de ces problèmes personnels qui vous minaient alors ? Je lui en avais parlé, oui. C'était important pour moi d'aller le voir pour lui expliquer. Il m'a remercié pour la confiance que je lui témoignais. Peut-être que ça avait joué dans ses choix, il voyait que je n'étais pas bien concentré. Mais je savais que si je ne lâchais pas, je m'en sortirais. Et je suis en train de m'en sortir.Au point que le staff de l'équipe de France vous a maintenu sa confiance pour la tournée d'automne. Vous en avez douté à un moment ? On a connu des moments compliqués pendant la tournée en Afrique du Sud, c'était difficile de savoir ce qui allait se passer. C'est normal qu'un coach fasse des changements quand il n'y a pas de résultats, après trois défaites à plus de 30 points encaissés ! Donc, là, je suis très motivé à l'idée d'être dans ce groupe. Ça fait deux ans que je fais partie de l'aventure, j'ai envie de continuer, avec la Coupe du monde qui arrive !
Vous pourriez encore retrouver le pays de votre famille, l'Afrique du Sud, en test-match, le 18 novembre. Ça avait déjà dû être particulier de l'affronter là-bas enjuin ?
C'était un moment très spécial. Pas seulement pour ma carrière, mais pour ma vie ! J'en suis parti il y a presque dix ans, et revenir après tout ce temps avec l'équipe de France pour jouer contre l'Afrique du Sud, devant ma famille… C'était une énorme fierté ! Mon père et ma mère étaient là, ma sœur est venue du Cap, ma femme australienne et mon petit (11mois), des amis de Johannesburg aussi, tout le monde avait loué une villa à Durban. Ça m'a permis de mesurer le chemin parcouru. Ma famille a fait énormément de sacrifices pour moi. Au début, mon père m'envoyait un peu d'argent tous les mois ! Je suis parti jeune, avec juste un sac, on ne se voyait pas souvent alors qu'on est une famille très proche. Mais elle était toujours là pour moi dans les moments compliqués. Quand je jouais avec les Espoirs de Brive, je me souviens d'un match contre Montpellier dans un tout petit stade, mes parents étaient venus me voir jouer ! Alors, jouer devant eux dans des stades comme ça, devant 80 000 spectateurs, alors qu'on était devant personne quelques années avant… C'est de la fierté. J'ai tout construit ici, en France.
Contre les Boks en juin, vous
n'avez pas réussi à peser, malgré un essai inscrit…
Bon, je n'ai joué qu'un match. On l'avait bien commencé, on pensait faire quelque chose pendant ce deuxième test, mais on a encaissé quelques essais casquettes qui nous ont plombés. Dommage… Mais c'était quand même une journée que je garderai pour la vie. En espérant jouer contre les Boks en novembre encore, devant mes parents, parce que ma famille sera là encore… Mais cette fois-ci, j'aimerais qu'on gagne ! » '
ENBREF
31 ans Arrière 1,88 m ; 98 kg Clermont
◼︎ 22 sélections avec l'équipe de France. Il a disputé la Coupe du monde 2015.
◼︎ Palmarès : Champion de France 2017 avec Clermont.
41
Le nombre de matches disputés par Scott Spedding sous le maillot de Clermont depuis son arrivée après la Coupe du monde 2015 (pour six essais).
La saison dernière, il avait disputé la finale de Coupe d'Europe perdue contre les Saracens (17-28), mais pas celle du Top 14 gagnée contre Toulon (22-16).