Aller au contenu


Photo
- - - - -

Combinaisons/Skills/Technique


  • Veuillez vous connecter pour répondre
153 réponses à ce sujet

#151 el landeno

el landeno

    Equipe de France

  • Membres
  • PipPipPipPipPipPipPipPipPipPipPipPipPip
  • 7 967 messages
  • Genre:Homme
  • Ville:dax
  • Mon club:

Posté 15 avril 2026 - 20:22

L'entraîneur de la défense du MHR Geoffrey Doumayrou raconte sa méthode : « L'objectif est de coller le bordel dans la tête des adversaires »
Devenu entraîneur de la défense de Montpellier dès sa fin de carrière en juin 2024, l'ex-centre international Geoffrey Doumayrou (36 ans, 13 sélections) a fait du MHR, qui reçoit l'USAP samedi (16 h 30), l'une des meilleures équipes du Top 14 dans ce secteur de jeu.

Alors que la fin de saison approche, Montpellier (5e) peut notamment s'appuyer sur sa défense. Avec 452 points (22,6 de moyenne par match) et 52 essais (2,6 par match) encaissés après 20 journées, la défense du MHR est la seconde du Top 14 derrière celle du Stade Toulousain (438 points, 51 essais), leader écrasant du Championnat. Geoffrey Doumayrou (34 ans), l'architecte de ce secteur clé, a accepté de dévoiler ses convictions et les bases de son système.

 
 
 
 

« Quels sont les principes de base d'une bonne défense ? 
Avoir une bonne organisation. Il faut connaître le plan de jeu par coeur pour respecter ce que j'ai mis en place sur la circulation des joueurs. L'organisation générale doit être acquise dès le début du Championnat. Si ce n'est pas le cas, tu ne peux pas être bon sur le terrain. Un lancement en touche adverse à 4, à 5, à 6 ou à 7 ne se défend pas pareil. Ce ne sont pas les mêmes mouvements, pas la même circulation, pas les mêmes bascules. Idem pour savoir combien vont passer au premier ruck, si le ruck est là, là ou là, savoir qui garde les retours, etc.

 
 

Que ce soit Toulouse, Perpignan ou Clermont en face, c'est la même organisation. Si tu es en place et que tu as une bonne communication, même sous l'effet de la fatigue, ça se passe bien. À ce moment-là, c'est la qualité individuelle de chacun et son énergie, son intensité qui entrent en jeu. La défense, c'est un état d'esprit. Il faut savoir souffrir ensemble. Si un mec lâche, c'est fini. C'est ce qui est le plus difficile à inculquer. Et changer les habitudes de certains, notamment les nouveaux arrivants.

Comment travaillez-vous la défense ?
Je suis adepte du travail participatif. J'accorde beaucoup d'importance à la vidéo, primordiale pour développer la matrice intellectuelle des joueurs. Si tu connais par coeur ce que va proposer l'adversaire, que tu as déjà intégré leur forme de jeu, le jour J, c'est simplement une question d'énergie. Il y aura quelques ajustements à faire pour contrer des nouveautés ou des imprévus, mais 70 % du temps, ce sera surtout la qualité de tes plaquages qui feront la différence, car tu liras leur jeu un peu comme dans un livre. C'est la clé.

 
 
 
 

« J'aimerais faire comme les Sud-Africains, à fermer comme des frelons dans tous les sens du terrain. Mais on n'a pas les joueurs pour le faire »

 
 

Adaptez-vous néanmoins votre système défensif à vos adversaires ?
Pas sur les lancements. Ce serait trop compliqué de changer chaque semaine de système défensif. Il doit être bon contre toutes les équipes. Ensuite, tu as toujours 5 à 10 % d'ajustement sur des points précis. Parfois ça fonctionne, d'autres fois non.

 

Vous êtes plutôt défense agressive ou défense en contrôle ? 
Rush defence, j'aime cette agressivité. C'est le meilleur moyen de récupérer des ballons. Tu peux forcer de mauvaises passes, empêcher de bien capter le ballon, être en avance sur les soutiens offensifs. Il y a des choses à faire pour éviter de défendre pendant dix ou quinze temps de jeu. Si tu attends les rucks, tu peux y passer la journée... Ça exige beaucoup de déplacements, d'agressivité sur les plaquages et cette volonté d'aller vers l'avant.

Mais l'intelligence d'un entraîneur est de faire en fonction du profil de ses joueurs. Tu as des convictions, mais il faut s'adapter. J'aimerais faire comme les Sud-Africains, à fermer comme des frelons dans tous les sens du terrain. Mais on n'a pas les joueurs pour le faire. Je vais essayer de m'en rapprocher au regard des capacités de déplacement, de vitesse, de lecture, de qualité de plaquage de mon groupe. Après, tu ne peux pas être en rush defence toute la partie, notamment sur les situations de surnombre.

 
 

« J'étais déjà comme ça quand j'étais joueur, je marchais au bluff. L'objectif est de coller le bordel dans la tête des adversaires »

 
 

D'où la nécessité d'avoir une bonne intelligence de jeu... 
J'essaie de former mes joueurs à réagir du mieux possible à toutes les situations. Je leur soumets souvent des problématiques, à la vidéo ou sur le terrain. Une autre clé est la lecture de jeu. Parfois, quand je les interroge, les mecs pensent qu'ils ont fait une connerie. Mais pas du tout, c'est justement pour leur montrer qu'ils ont pris la bonne décision. Et d'autre fois, oui, on corrige. C'est un travail interminable car l'incertitude est partout. (Il sourit.) Il faut comprendre ce que tu fais. Si c'est le cas, tu réussiras. La défense, c'est aussi un équilibre. Les Sud-Africains mettent d'abord l'accent sur le travail de l'ombre. En équipe de France, le premier que je mettrais sur la feuille de match, c'est François Cros (le troisième ligne aile du Stade Toulousain). Comme Yacouba Camara, ici, au MHR.

 
f11be.jpg
 
Yacouba Camara s'impose en touche lors du succès du MHR contre les Irlandais de Connacht (45-22), samedi dernier, en quarts de finale du Challenge. (B. Bade /Presse Sports)
 

Peut-on surprendre son adversaire en défense ? 
Oui ! Avant que le ballon ne sorte, tu peux montrer une image à ton adversaire de ton placement défensif. Mais dès que le ballon sort, tu modifies ton placement. Le coup d'après, dans sa tête, le numéro 10 adverse aura peut-être une petite hésitation qui nous fera gagner du terrain ou lui fera commettre une erreur. J'étais déjà comme ça quand j'étais joueur, je marchais au bluff. L'objectif est de coller le bordel dans la tête des adversaires. Va-t-il fermer ou pas ? Monter fort ou contrôler ? Il faut être aussi imprévisible en défense qu'en attaque.

Ronan O'Gara, le manager de La Rochelle, assimile la défense à de « l'attaque sans ballon ». Qu'en pensez-vous ? 
Cette vision m'a inspiré. C'est ce que j'ai dit aux gars en débutant ici. "On va attaquer sans ballon, on va attaquer l'attaque !" Ils m'ont tous regardé avec de grands yeux. Et puis j'ai présenté ma vision, beaucoup l'ont comprise et ça a pris du sens. On ne s'oppose pas, on impose ! J'anime ma ligne de défense comme on anime une ligne offensive. Il y a autant de lecture de jeu en attaque qu'en défense.

 
 

« Le nombre de pénalités est important également. On exige 10 fautes maximum, même si, dans l'idéal, ce serait mieux d'être à 8 »

 
 

Depuis les tribunes, pouvez-vous encore influer sur la défense de votre équipe ? 
Oui, j'y crois ! D'ailleurs, en match, je suis horrible ! (Il se marre.) Avec le casque audio, je suis connecté avec les kinés qui sont en bord de terrain. Si je vois un mauvais placement, je peux intervenir sur les phases statiques. Après, une fois que le jeu est lancé, c'est fini. Tu peux aussi alerter les mecs sur pas mal de trucs en faisant passer des messages.

 

Un bon match en défense, ça veut dire quoi ? 
C'est un match qu'on a gagné ! Bon, si on gagne et qu'on en prend 35, je suis quand même dégoûté. Par contre, ne pas prendre de points, c'est impossible. Ne pas prendre d'essai, c'est faisable, on l'a déjà réussi. Sauf qu'un match a été perdu (7-9 face à Clermont, le 1er novembre). Et puis les règles vont de plus en plus dans le sens de l'attaque. Disons que si tu prends entre 12 et 15 points, c'est bien. Mais il n'y a pas que ça qui entre en compte. Le nombre de pénalités est important également. On exige 10 fautes maximum, même si, dans l'idéal, ce serait mieux d'être à 8.

 

Et le pourcentage de plaquages réussis ? 
C'est bien d'en parler ! Suivant les types de défense, tu acceptes d'avoir plus de déchet dans ce secteur. D'ailleurs, j'ai ma propre évaluation d'un plaquage manqué. Si, dans mon système, il ne met pas l'équipe en danger, je ne le compte pas comme un plaquage manqué. Prenez l'exemple des Sud-Africains qui ferment vers l'extérieur, les ailiers vont fermer le 12 ou le 13. S'il lui met un impact et que l'adversaire rebondit vers l'intérieur du jeu, là où ils souhaitent les emmener, et qu'il n'a donc pas joué vers l'extérieur, dans ce cas, ce n'est pas un plaquage manqué. Il a rempli sa mission. »

 
 
 

  • Silhouette, Elvis Presto et Lavande50 aiment ceci

#152 el landeno

el landeno

    Equipe de France

  • Membres
  • PipPipPipPipPipPipPipPipPipPipPipPipPip
  • 7 967 messages
  • Genre:Homme
  • Ville:dax
  • Mon club:

Posté 18 avril 2026 - 13:07

« Il y a des situations où tu peux être en danger » : Aplatir un essai serait-il dangereux ?
Le troisième-ligne de Toulon Lewis Ludlam s'est blessé en aplatissant face à Perpignan lors de la dernière journée. Une telle mésaventure est arrivée avant lui à Ange Capuozzo, Leone Nakarawa et bien d'autres. Alors, est-ce dangereux d'inscrire des essais ?

Marquer un essai serait-il dangereux ? C'est la question qu'on pouvait se poser à l'issue de la précédente journée de Top 14. Contre l'USAP (36-20, le 28 mars), le troisième-ligne anglais de Toulon Lewis Ludlam s'est gravement blessé à l'épaule gauche en aplatissant pour le RCT, saison terminée. Le lendemain, l'ailier de Clermont Bautista Delguy est lui aussi resté longuement au sol après avoir marqué face au Stade Français (64-20). Sans grande conséquence pour l'Argentin. « Je suis simplement retombé sur le ballon au niveau de l'abdomen et ça m'a coupé le souffle », raconte le joueur de l'ASM.

 
 
 
 

Aplatir n'est donc pas un geste neutre. « C'est moins dangereux que de plaquer ou d'être plaqué, estime Aaron Grandidier-Nkanang, l'ailier de la Section Paloise. Après, le rugby est un sport de contact avec le risque que cela suppose. J'ai vu des épaules luxées en tendant le bras pour marquer. Je pense à Nisié Huyard qui a joué avec France 7 qui s'est blessé à l'épaule en marquant. Pareil pour Enahemo Artaud qui s'est aussi luxé l'épaule. Ça arrive malheureusement. »

Des essais, Vincent Clerc en a aplati des dizaines. Sans se blesser. « Quand tu es seul, qu'il n'y a pas de pression, que personne ne te tombe dessus, il y a peu de chance de risquer une blessure sur un tel geste. Après il y a des situations où tu peux être en danger. Parce que tu dois aplatir le ballon en bout de bras, que c'est la seule solution et des joueurs peuvent te tomber dessus. Mais le geste en lui-même n'est pas dangereux. »

 
 
 
 
 

D'autant plus qu'on apprend à en faire une « routine » comme l'explique Juan Imhoff, l'ancien ailier argentin du Racing aujourd'hui consultant pour Canal+ : « Avec le temps, tu apprends comment ne pas te blesser, à bien contrôler le corps. J'ai marqué des essais avec deux ou trois joueurs sur moi. Je n'étais pas le plus fort, mais en positionnant bien le corps, tu parviens à te protéger et à maîtriser cette force-là. »

 
 
 
 

« Le plongeon en coin, en l'air, c'est un skill sous-coté. Les joueurs à XIII sont très forts pour ça. C'est un geste technique magnifique, à la fois du feeling et du travail. »

Aaron Grandidier-Nkanang, ailier de la Section Paloise

 
 

On comprend bien que la densité physique autour du porteur de ballon à proximité de la ligne est facteur de risque. Mais il y a aussi tous ces cas où le joueur plonge dans l'en-but. « C'est hyper dangereux, tranche Juan Imhoff. Pour le contrôle de la balle, pour la maîtrise du terrain mais aussi pour la retombée. Tu tombes de haut à grande vitesse ! Ça m'est arrivé de le faire quelques fois. Parfois avec succès, d'autres fois non. Mais là encore, plus tu le fais, plus tu maîtrises le mouvement. »

 
6ef39.jpg
 
L'essai d'Aaron Grandidier-Nkanang avec les Bleus face à l'Argentine lors des Jeux de Paris 2024. (A. Mounic/L'Equipe)
 

Grandidier-Nkanang distingue le plongeon ordinaire, ballon sous le bras, inoffensif, à celui qu'on ose en coin, en équilibre au-dessus de la ligne de touche. « Le grand plongeon spectaculaire comme celui que j'ai réussi aux JO contre l'Argentine (26-14), oui ça peut être dangereux, reconnaît-il. Pourtant je n'ai pas hésité parce que c'était le geste nécessaire dans cette situation précise. On ne pense qu'à marquer, pas à la possibilité de se faire mal. Le fait d'être en l'air, en suspension, fait que l'adversaire aura moins d'impact sur toi. Le plongeon en coin, en l'air, c'est un skill sous-coté. Les joueurs à XIII sont très forts pour ça. C'est un geste technique magnifique, à la fois du feeling et du travail. »

 

Mais comme le rappelle Imhoff « plonger n'est pas forcément nécessaire. C'est pour la photo, pour les émotions, notamment pour moi en quarts de finale de Coupe du monde (2015), contre l'Irlande (43-20) ». Difficile de résister à l'euphorie que provoque l'essai. « On peut être dans l'obligation de plonger comme un sprinter casse sur la ligne, insiste Vincent Clerc. Pour prendre de vitesse un défenseur qui revient, pour ne pas risquer de se faire taper dans le ballon, de se faire sortir de l'en-but, de mettre un pied en touche etc. Et il y a le plongeon de satisfaction, de soulagement. C'est la fin de l'action, c'est une délivrance. On apprécie ce moment de pause en l'air avant d'aplatir, c'est agréable de se laisser glisser. »

 
 

« C'est quand on vit le moment avant qu'on peut se tromper »

Bautista Delguy, ailier de Clermont

 
 

Mais c'est aussi un instant où on est davantage exposé selon Delguy : « Parce qu'on se relâche avant d'aplatir. C'est quand on vit le moment avant qu'on peut se tromper. Moi j'aplatis le plus vite possible et toujours en assurant, sans prendre de risque si possible. Et après on célèbre. » Mais le plongeon en lui-même est déjà une célébration de l'essai. « Une célébration assez humble, estime Clerc. On plonge, on se relève et c'est fini. C'est un peu festif mais sans manquer de respect. »

 
26ecb.jpg
 
Chris Ashton, spécialiste du « Ash Splash » lors de son passage par Toulon (2017-2018). (A. Mounic/L'Equipe)
 

Même quand le mouvement est très démonstratif façon « Ash Splash », la signature de Chris Ashton, l'ancien international anglais passé par pratiquement tous les clubs d'Outre-Manche et par Toulon (2017-2018), un saut de l'ange avec le ballon dans une seule main ? L'ancien sélectionneur du quinze de la Rose Martin Johnson (2008-2011) lui avait même interdit d'exécuter ce geste, dangereux pour le joueur, dangereux pour l'équipe. Ça peut évidemment agacer, être mal perçu. Pas pour Grandidier-Nkanang qui a grandi en Angleterre, bercé par les Ash Splash. « Pour moi, ce n'est pas de la provoc, juste du show. Et c'est très bien pour le rugby qu'il y ait des joueurs comme lui. Pollock non plus n'hésite pas à surligner. »

 
 

Au risque de se faire mal sur l'action, peut s'ajouter la blessure d'amour-propre en cas de cagade. Les exemples nombreux alimentent les compilations sur la Toile. L'envol majestueux du septiste japonais Kosuke Hashino qui s'écrase au sol après avoir perdu le ballon. Freddie Burns, ancien joueur de Bath, qui pénètre dans l'en-but, salue son public, profite de l'instant qui va permettre à son équipe de repasser devant au score face à Toulouse à cinq minutes de la fin. Mais laisse échapper le ballon après que Maxime Médard lui a tapé le bras. Les plus grands - Owen Farrell face à Toulouse, Stuart Hogg face à l'Irlande, Christophe Dominici contre l'Italie etc.- ont un jour manqué l'immanquable et tutoyé le ridicule. Et ça aussi ça fait mal.



#153 el landeno

el landeno

    Equipe de France

  • Membres
  • PipPipPipPipPipPipPipPipPipPipPipPipPip
  • 7 967 messages
  • Genre:Homme
  • Ville:dax
  • Mon club:

Posté 15 mai 2026 - 13:58

Très présentes dans le rugby professionnel, comment les datas sont-elles appréhendées par les joueurs de Top 14 ?
Le rugby professionnel regorge aujourd'hui de statistiques en tous genres, des plaquages manqués aux mètres parcourus en passant par la rapidité du retour au jeu. Familiers de tous ces concepts, les joueurs en font-ils pour autant une obsession ?

Entre les GPS placés dans le dos des joueurs, les caméras et drones auxquels aucune image n'échappe et l'énorme boulot abattu par les analystes vidéo des clubs et les plateformes de statistiques, sans parler des puces placées dans les protège-dents dits connectés, les chiffres inondent aujourd'hui le rugby professionnel.

 
 
 
 

Sur un seul match de Top 14, des milliers de données sont rapidement disponibles, qu'elles soient collectives (possession, occupation, passes, jeu au pied, franchissements, ballons perdus, fautes, touches, mêlées, etc.) ou individuelles (mètres parcourus, plaquages manqués, ballons grattés, duels aériens gagnés, pourcentage de réussite dans les tirs au but...).

 
 

« Tous les joueurs aujourd'hui sont familiers de ces données, explique le manager du MHR, Joan Caudullo, qui a arrêté sa carrière de joueur en 2017. Nous, on a vu débarquer les GPS, on regardait les chiffres mais on ne maîtrisait pas grand-chose (sourire). Aujourd'hui, dès le centre de formation, on éduque les joueurs aux données et à leur signification. »

 

De là à en devenir accro et passer une nuit blanche pour trois plaquages manqués, un en-avant et un ballon perdu en touche ? Pas vraiment, si l'on en croit les joueurs que nous avons interrogés sur le sujet. « Généralement, quand tu sors du match, tu sais ce qui n'a pas été, c'est rare d'avoir besoin des stats pour te le confirmer, sourit Domingo Miotti, l'ouvreur de Montpellier. Par contre, j'ai très vite envie de revoir des aspects collectifs du match, des séquences de jeu, des lancements, des placements en défense. Mes stats, elles passent bien après... »

 
 
 
 
 
 
 

« Je fais souvent partie des mecs qui sont le plus hauts en termes de stats GPS, et je suis très souvent mal noté dans les médias »

Adrien Séguret, centre de La Rochelle

 
 

« À mon poste, des pénalités concédées en mêlée ou des plaquages ratés, tu n'en veux pas, poursuit le pilier de La Rochelle, Reda Wardi. Même chose sur les volumes de courses, on sait que marcher sur le terrain, c'est non. Les datas peuvent nous aider. Si je vois que je n'ai pas été trop performant sur un secteur, j'essaie de faire un focus dessus la semaine suivante... »

 

« Ça peut donner une autre vision du match, estime de son côté le centre des Maritimes, Adrien Séguret. Il y a des matches où souvent, tu as l'impression que ç'a beaucoup couru et que ç'a été dur alors que les stats GPS te disent le contraire. Et a contrario, des matches où tu te rends compte que tu as beaucoup couru alors qu'il n'y avait pas beaucoup de rythme. »

 

D'où la nécessité de bien appréhender tous ces chiffres qui inondent l'après-match et de ne pas en faire une fixette. Séguret encore : « Ce sport est tellement collectif... J'ai pu faire des matches en 13 cette année où je touchais très peu de ballons, donc c'est compliqué d'évaluer ma perf. Je fais souvent partie des mecs qui sont le plus hauts en termes de stats GPS, et je suis très souvent mal noté dans les médias. C'est quelque chose qui peut m'énerver. »

 
Des chiffres qu'il est important de contextualiser

« Quand vous (les journalistes) notez les joueurs, vous parlez souvent des plaquages manqués. Mais si c'est un plaquage manqué d'un joueur qui est monté très fort extérieur, qui a forcé l'attaquant à revenir dans le trafic, ce qui était le but collectivement, pour moi, ce n'est pas un plaquage manqué », nous expliquait récemment Geoffrey Doumayrou, l'entraîneur de la défense montpelliéraine.

 

Le troisième ligne de Castres, Baptiste Delaporte (29 ans), va dans le même sens, sur l'importance de contextualiser tous ces chiffres. « Au début de ma carrière, je me raccrochais beaucoup aux stats, comme quasiment un bulletin de notes. À mon poste, c'était caricatural : les plaquages, les grattages, les mètres parcourus... Tout ce qui tourne autour de l'intensité et de l'engagement. Ça te rassure, ça te montre que tu peux avoir ta place. Je regarde encore les statistiques mais au-delà d'un chiffre brut, j'essaie de l'associer à un contexte du match. Match d'été ou match d'hiver ? Match où ça tape beaucoup au pied ou match où ça ne tape pas beaucoup ? Ça permet de mieux analyser ta performance. Je suis content si je fais un 20/20 aux plaquages mais je me suis rendu compte que si tu ne veux briller que pour tes datas individuelles, ça peut parfois être contre-productif collectivement. »

 

Reste que certaines stats individuelles sont aujourd'hui primordiales pour juger la performance d'un joueur et son état de forme. « On est très attentifs à tout ce qui est courses sans ballon, ce que permet de mesurer le GPS, explique Caudullo. Un joueur qui s'est beaucoup déplacé, qui a enchaîné les courses à haute intensité et revient rapidement au jeu, c'est un joueur qui a fait son boulot. »

 
La jeune génération ultra-connectée sur ses performances

Sa cellule d'analystes mesure par exemple le temps que met un joueur pour recourir après être passé au sol. Avec l'objectif qu'il soit inférieur à trois secondes dans la grande majorité des situations : « Contre Montauban (59-7, samedi dernier), on était à 80 % en situation offensive, on n'a pas été assez performants. » Détails que les joueurs savent importants car ils dénotent de leur activité globale sur un match. « Les distances parcourues, le nombre de courses à haute intensité, le nombre d'accélérations au-dessus de telle vitesse, le nombre d'accélérations tout court », liste ainsi Hugo Reus quand on lui demande quels sont les chiffres qu'il regarde après un match.

 

L'ouvreur bordelais (22 ans), champion du monde des moins de 20 ans en 2023, symbolise bien cette nouvelle génération ultra-connectée sur ses performances. Il fait partie des très rares joueurs à avoir lui-même acheté une licence SportsCode, pour environ 2 000 € par an. Ce logiciel de montage est utilisé dans les clubs pour séquencer les images des entraînements et des matches. « On peut y faire des recherches précises, avoir plusieurs angles de vue et à mon poste, je trouvais super intéressant d'analyser les choses en passant directement par cet outil. Rapidement après un match ou un entraînement, j'ai accès aux images, je peux y passer entre trente minutes et une heure pour analyser ce qui m'intéresse dans mon match et dans celui de l'équipe. J'ai en stock toutes mes actions, puis je peux rapidement faire un retour avec les entraîneurs sur des choses qui m'ont interpellé. »

 

« Cette génération a besoin de comprendre les choses, conclut Joan Caudullo, qui a entraîné Reus à Montpellier et était agréablement surpris par sa démarche. Les entretiens individuels sont super importants pour déterminer ce qu'on attend d'eux et ça peut passer par l'utilisation des données. Si un joueur a des stats en deçà de nos attentes sur les courses sans ballon par exemple, ça va nous permettre de lui parler des efforts supplémentaires qu'on attend de lui. Tout de suite, ça leur permet de comprendre. Un joueur comme Lenni Nouchi (22 ans, autre champion du monde U20 en 2023) a besoin de retours individuels fréquents. C'est un outil parmi d'autres dans le boulot d'un joueur. »



#154 el landeno

el landeno

    Equipe de France

  • Membres
  • PipPipPipPipPipPipPipPipPipPipPipPipPip
  • 7 967 messages
  • Genre:Homme
  • Ville:dax
  • Mon club:

Posté 16 mai 2026 - 12:43

« C'est plus rentable d'aller en pénaltouche » : le but de pénalité, une option de moins en moins tentante pour les équipes de Top 14
La saison en cours accélère une tendance palpable depuis 2021 : les équipes de Top 14 tentent de moins en moins souvent les buts de pénalité. Et développent d'autres armes pour marquer.

À intervalles réguliers, le petit monde du rugby entonne l'oraison funèbre du drop, souvent quand un pied audacieux en claque soudainement un, qui vaut toujours trois points mais provoque bien plus encore de lamentations outrées sur sa lente disparition. Mais l'ovalie ne devrait-elle pas songer à préparer, dorénavant, la complainte du but de pénalité ?

 
 
 
 

Car l'exercice en cours est en train d'accélérer brutalement une tendance lourde, palpable sur les cinq dernières saisons de données, collectées par AIA, dans lesquelles nous nous sommes plongés. Quand, en 2021-2022, les équipes de Top 14 tentaient en moyenne 6,6 buts de pénalité par match, elles n'en osent plus que 3,9 par rencontre, sur les 23 premières journées de 2025-2026. La part des buts sur le total des points marqués en Top 14 est tombée à 16,5 %, contre 33,8 % quatre ans avant. Vertigineux.

Le but est-il à son tour en train de passer au rang d'espèce en voie d'extinction ? « Oui, c'est vrai », approuve d'abord Joan Caudullo. Avant d'orienter les regards plus au nord : « Mais je trouve que les Anglo-Saxons le font encore plus que nous ! » Le coach de Montpellier a raison : la Premiership anglaise comme l'URC feraient passer les Championnats français pour des zones de protection de la pénalité tentée. Et c'est d'ailleurs deux équipes de ces compétitions que citent la plupart de nos interlocuteurs comme étant symptomatiques, si ce n'est à l'origine, de cette mutation : Exeter et le Leinster, futur adversaire de l'UBB en finale de la Coupe des champions.

 
 
 
 
 
La pénaltouche, un choix « plus rentable » que le but de pénalité

À ceux qui hurlent souvent que taper le but, c'est respecter le tableau d'affichage, Rob Baxter, le coach des Chiefs, aurait pu répondre : « Aller en touche ou jouer à la main, c'est honorer la data ». « Aller en pénaltouche, c'est au final plus rentable que tenter les pénalités », résume François Gelez, actuel coach du jeu au pied à Clermont.

 
 
 
b92bd.jpg
 
Juan Cruz Mallia tape en touche. Une option de plus en plus souvent privilégiée lorsqu'une pénalité est sifflée. (A. Mounic/L'Équipe)
 

« C'est l'évolution de notre sport, reprend Frédéric Michalak, ancien buteur emblématique du Stade Toulousain et des Bleus, notamment. Quand tu décides d'aller dans le coin, tu sais que tu vas mettre la pression sur l'adversaire, et avoir un résultat positif, soit en gagnant une pénalité de plus, soit en provoquant un carton jaune, soit en marquant. Au pire des cas, tu perds la possession, mais tu sais que tu as de bonnes chances d'en avoir vite une nouvelle dans le camp adverse. Le rugby moderne valide la possession dans les bonnes zones. »

 

Cette tendance lourde a encore été précipitée par la chasse aux bonus offensifs, et surtout par l'évolution des règles. « L'arbitrage à l'approche de la zone de marque est devenu très rigoureux, approuve Sébastien Piqueronies. Avoir aujourd'hui une possession proche de la ligne est un gros avantage et, statistiquement, une probabilité forte de marquer. Depuis un an et demi, on en tient compte pour prioriser la possession dans ces zones-là. » Sa Section Paloise n'est pas la seule à avoir évolué là-dessus, quand on voit que le taux de pénalités obtenues dans le camp adverse désormais tentées a chuté de 54 % l'an dernier à 43 % cette saison, quand le choix de la pénaltouche ne fait qu'augmenter, pour avoisiner désormais les 40 %.

 
 

« Cette évolution met peut-être plus de pression sur le buteur qu'avant. Car si on les tente aujourd'hui, il faut les mettre, vu qu'elles sont moins nombreuses »

Sébastien Piqueronies, manager de Pau

 
 

« Cela a été conforté avec plus de vigilance et de sévérité sur les défenses de mauls notamment, ajoute Laurent Labit, le manager de Perpignan. On voit que c'est très difficile de défendre quand l'équipe arrive sur une pénaltouche, soit sur la pénaltouche directement, soit sur le jeu en pick-and-go près des lignes. C'est cette adaptation aux règles qui donne plus de possibilités à l'attaque. » D'où l'inflation absolue du nombre d'essais marqués cette saison.

 

« Par contre, cette évolution met peut-être plus de pression sur le buteur qu'avant, remarque Piqueronies. Car si on les tente aujourd'hui, il faut les mettre, vu qu'elles sont moins nombreuses. » C'est juste, et les botteurs, d'ailleurs, selon Michalak et Gelez, n'ont pas fait évoluer leur routine d'entraînement sur le but en lui-même, même si on aurait pu penser que le fait d'avoir davantage de transformations à tenter les aurait incités à travailler plus dans des angles compliqués.

 
b32b0.jpg
 
Louis Carbonel, le buteur du Stade Français, a réussi 30 pénalités cette saison. (C. Mahoudeau/L'Équipe)
 

« L'évolution du travail de jeu au pied s'est principalement portée sur deux aspects, estime Gelez. La qualité des renvois aux 50 m et celle des pénaltouches. » Logique, puisque la pénaltouche est un choix qui, chaque année, gagne en popularité parmi la majorité des équipes de Top 14. « Pour les pénaltouches, reprend celui qui est aussi coach des Espoirs de l'ASM, je fais travailler mes jeunes en leur demandant de passer le ballon entre les poteaux depuis n'importe où dans les 22 m et l'en-but. Ça fait bosser tous les angles et les deux côtés. »

 
L'importance de choisir la bonne option

Et comme, dans le même temps, la précision des alignements s'est améliorée... « La touche, ce n'est plus un problème d'y aller, il y a moins d'incertitudes quant au contre, juge ainsi notre consultant Jean-Baptiste Élissalde. Les stratégies sont beaucoup plus claires et définies et il y a des endroits où tu prends le ballon assez facilement, qui permettent de faire des ballons portés ou de créer une longue zone d'affrontement près des lignes. »

 

Les staffs ont dû aussi peaufiner d'autres secteurs de jeu, pour valider techniquement ces choix. Élissalde évoque « les heures d'entraînement, les semaines entières passées à penser les stratégies offensives et défensives sur les ballons portés. » Les combinaisons sur les pénalités jouées à la main près de la ligne d'essai ont aussi gagné en précision. Surtout, les entraîneurs veulent que leurs joueurs soient capables de décider quelle est la bonne option.

 

« Je travaille beaucoup avec les leaders là-dessus, insiste Caudullo. Tous les lundis, on fait des retours sur les décisions prises. Sans vouloir juger, mais juste pour formaliser les choses, si la situation se représente. Comment s'est passé le process ? Qui a décidé ? Comment s'est fait le choix ? » Parce que le meilleur reste encore le but, parfois. Ce n'est pas le Stade Toulousain, qui a soulevé son Brennus 2025 grâce à la botte de Thomas Ramos, qui dira le contraire.


  • Rakavatu aime ceci




1 utilisateur(s) li(sen)t ce sujet

0 members, 1 guests, 0 anonymous users