Matthieu Jalibert a réussi son Tournoi des Six-Nations. © Crédit photo : Laurent Theillet / SO
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Inévitablement scruté, l’ouvreur de l’UBB a réussi un Tournoi remarquable. Son premier vrai accomplissement chez les Bleus, où il semble désormais bien installé
Il est arrivé dans ce Tournoi avec l’étiquette du joueur étincelant en club, leader de l’équipe championne d’Europe en titre, mais dont l’histoire en Bleu était encore flottante, inachevée, frustrante. Six semaines et quatre matchs plus tard (il a raté la réception de l’Italie en raison d’une béquille à un mollet), Matthieu Jalibert ferme cette parenthèse internationale en ayant indiscutablement répondu aux attentes et saisi l’opportunité qui lui était offerte, en l’absence de Romain Ntamack.
On gardera en mémoire sa prestation magistrale au pays de Galles, récompensée par la médaille d’homme du match. Ses copies livrées contre l’Irlande et l’Angleterre ont également été de très haut niveau. Et en Écosse, malgré la déroute française pendant plus d’une heure, il a été l’un des rares à garder la tête hors de l’eau, y compris en défense, où le joueur de l’Union Bordeaux-Bègles (27 ans, 39 sélections) n’a pas raté un plaquage ce jour-là.
Le bon curseurS’il peut paraître curieux d’évoquer une telle statistique lorsque l’on parle d’un ouvreur, ce sont précisément ses aptitudes défensives qui avaient jusqu’à présent freiné son installation en sélection. Son Tournoi a confirmé les progrès constatés en club depuis la saison dernière. « Là-dessus, il a vraiment passé un palier, souligne Yann Delaigue (20 capes). Il met beaucoup plus d’engagement, d’intensité, d’envie, et on sent même qu’il y prend du plaisir. »
Jalibert a surtout réussi à placer le curseur à la bonne hauteur, entre initiatives individuelles et coups d’éclat d’un côté, et intégration dans le système tricolore de l’autre. La question de la compatibilité d’un numéro 10 aussi offensif et joueur avec un demi de mêlée comme Antoine Dupont se posait. Finalement, ce fut souvent une « charnière à trois » avec Thomas Ramos, et cette association a fait des étincelles, notamment contre l’Irlande et au pays de Galles.
« Il s’est mis au service du collectif et n’a pas trop cherché à briller, observe Christophe Lamaison (37 sélections). J’ai comme l’impression que son comportement de joueur et d’homme a évolué, il est dans une mutation depuis un peu plus d’un an. Et je suis sûr que dans la communication avec certains éléments importants du groupe, dans la semaine, ça a changé aussi. Il rentrait dans le cahier des charges de l’UBB, il rentre aussi dans celui de l’équipe de France désormais. »
Il n’en a pas pour autant oublié son ADN, ce qui fait de lui l’un des joueurs les plus enthousiasmants de la planète rugby : sa capacité à naviguer dans la défense adverse, à effacer des adversaires, à jouer après contact. Au côté de trois-quarts qui dévorent les espaces, et associés à des partenaires en club (Bielle-Biarrey, Depoortere, Moefana), il est apparu en confiance et épanoui. Bref, dans son élément. Au point d’être considéré comme l’ouvreur numéro un des Bleus ?
Jusqu’à présent, il jouait quand Ntamack n’était pas disponible. Mais ce Tournoi a peut-être bouleversé la hiérarchie au poste, au nom du principe de l’homme en forme et des performances réalisées. « Il prend de la maturité, joue des phases finales… Tous nos yeux étaient braqués sur lui et il a montré de quoi il était capable en sélection, estime Lamaison. Il est allé chercher le maillot, je pense que ça va être compliqué de le lui prendre. »
Difficile de savoir s’il participera à la Coupe des Nations l’été prochain (en Nouvelle-Zélande, au Japon et en Australie). Dans l’optique de la Coupe du monde 2027, il a en tout cas marqué des points. « Il a pris une belle option, confirme Delaigue. Rien n’est jamais acquis en équipe de France. Mais il a prouvé dans ce Tournoi qu’il était un vrai titulaire et qu’on pouvait compter sur lui. Maintenant, c’est plutôt à Romain Ntamack de prouver qu’il peut être un sérieux concurrent. »








Crédit photo : Laurent Theillet / SO










