Même Fabien Galthié a déclaré sa flamme à une compète qu'il n'a encore ni gagnée ni perdue, mais qu'il inaugure ce samedi matin au One New Zealand Stadium, dont le nom de baptême « Te Kaha » (« force durable ») dit beaucoup du contexte de ce match.
Christchurch a une âme blessée. Une ville effondrée, transformée en laboratoire urbain. Elle relève la tête en même temps que des murs modernes derrière lesquels se cachent ses fantômes. Le 22 février 2011, un tremblement de terre de magnitude 6,1 ravageait la ville. Le Lancaster Park, la maison des mythiques Crusaders, a été condamné puis rasé, la cathédrale anglicane du centre-ville, en ruine, reste en cours de réhabilitation, une dizaine de milliers d'habitations de l'est de la cité ont été démolies et des quartiers entiers ont été classés inconstructibles entraînant le départ de dizaines de milliers d'habitants.
Ici on a le droit de parler de résilience. Quinze ans plus tard, le rugby international réapparaît dans un nouvel écrin. Enfin. On y décrit sa pelouse comme une piste de F1 et sa verrière lui confère un caractère spectaculaire.
Alors heureux qui comme les Bleus vit bien ses décalages et se voit offrir une scène pareille, à un an de la prochaine Coupe du monde. Quand vous avez compris à quelle heure vous pouvez joindre vos familles en France, d'un coup l'enjeu des trois rencontres à suivre est à peu près évident. On n'ira pas jusqu'à dire que les absents auront eu tort, mais parmi les premiums, ceux qui ont accepté de rogner sur le temps de vacances auront marqué quelques points d'estime.
Parmi les vainqueurs du dernier Six Nations, il reste trois titulaires (Yoram Moefana, Théo Attissogbe et Matthieu Jalibert) du match de clôture contre l'Angleterre (48-46) et quatre avec Oscar Jegou si l'on ajoute l'inaugural France-Irlande (36-14). Voilà qui permet de dire que les Tricolores n'affichent pas leur plus beau profil, entre les finalistes qui ne pourront jouer que dans une semaine contre l'Australie et ceux restés en France pour soigner les plaies d'une saison sans fin.
L'oeil à la fois attentif et objectif conviendra toutefois que le paquet d'avants n'a ni l'expérience ni le prestige de celui de l'hiver dernier mais que quelques sujets de curiosité existent : comme le retour de Jefferson Poirot à gauche, dont la qualité dans les rucks ne sera pas de trop, la chance donnée à Demba Bamba à droite, là où une place est totalement à prendre, ou enfin les vrais débuts de Marko Gazzotti au poste de numéro huit, petite merveille bordelaise qui va pouvoir se tester face à ce qui se fait de presque mieux à partir du moment où les Springboks sont doubles champions du monde et attendus à Paris cet automne.
On ne dit ça pour énerver personne. C'est factuel. Tout comme dire que la ligne de trois-quarts française a de la gueule, équipée de quatre doubles champions d'Europe et des super aptitudes de Fabien Brau-Boirie au centre et Théo Attissogbe sur une aile histoire d'offrir à Max Spring, et ses racines bien d'ici, une chance de briller devant ses aïeux et le staff.
Suffisant pour rivaliser avec la « brutalité » et le « talent » adverses annoncés par le sélectionneur français ? Dave Rennie, tout nouveau manager des All Blacks, promet, lui, de la vitesse et encore de la vitesse sur son gazon speedy. Il a titularisé Love à l'ouverture, McKenzie à l'arrière et Jordan sur une aile pour joindre la parole au geste tout en musclant sa troisième ligne parce qu'un Néo-Zélandais oublie rarement les bases avant d'affronter la France. Et s'il n'était pas aux manettes l'an dernier à la même époque, il sait la difficulté que les siens avaient rencontrée dans leur premier test face à des Bleus bis.
Les Français, eux, n'ont plus gagné en Nouvelle-Zélande depuis 2009. Sur les vingt dernières rencontres entre les deux nations, les All Blacks mènent même 17-3, ce qui donne un léger aperçu de l'exploit que représenterait un succès de l'équipe de France à Christchurch. D'ailleurs, la dernière fois qu'elle s'était aventurée jusqu'à la « Garden City », Philippe Saint-André en était l'entraîneur. Ensemble, ils avaient croisé le Dalaï-Lama à leur hôtel une semaine plus tôt, puis encaissé un 30-0 dans la foulée. Le karma ? Possible.







