Bon, dans un esprit de Noël et d'Hannukah (mais l'antisémitisme nauséabond du forum - et particulièrement de Gourine - étant ce qu'il est, personne ne l'a souhaité...), je vous ai écrit la suite du texte improvisé la dernière fois. Dans quoi je me suis lancé, moi...
(pour rappel, l’épisode 1 est disponible ici :
https://www.cybervul...0#entry3550523)
Episode 2 – Après la bataille
Le combat contre les Mordus avait été terrible. La phalange extermina commodément tout ce qui restait de Barbares Mordus. Quand arrivaient les épées, ils tendaient la gorge en fermant les paupières. D’autres se défendirent à outrance ; on les assomma de loin, sous des cailloux, comme des chiens enragés. Hamilcar Parra avait recommandé de faire des captifs ; mais les Carthaginois Jaunards lui obéissaient avec rancune, tant ils sentaient de plaisir à enfoncer leurs glaives dans les corps des Barbares Mordus. Comme ils avaient trop chaud, ils se mirent à travailler nu-bras, à la manière des faucheurs ; et lorsqu’ils s’interrompaient pour reprendre haleine, ils suivaient des yeux, dans la campagne, un cavalier galopant après un soldat qui courait ; il parvenait à le saisir par les cheveux, le tenait ainsi quelque temps, puis l’abattait d’un coup de hache.1
Bientôt les armes se turent. Partout, le peuple clermontois comptait ses morts. Partout n’étaient que ruine et désolation. C’est toute une ménagerie infernale qui s’était, sitôt la clameur des combats retombée, jetée sur les corps meurtris. Ici, un chacal – dont on est en droit de se demander ce qu’il foutait là à 2000 bornes du Sahel, mais je fais ce que je veux, c’est mon histoire – emportait une jambe de Mordu. Là, un vautour picorait le foie du troubadour Eria, et en repartait visiblement passablement éméché. Une hyène à l’odeur putride errait, hagarde, prenant un plaisir manifeste à uriner ça et là sur les cadavres mutilés. Gourine, le Bohémien eunuque à l’apparence hideuse, jetait quant à lui son dévolu sur tout ce qui brillait, n’hésitant pas à arracher de ses dents des piercings Prince Albert.
Le moral des rescapés était au plus bas. Le portail était maintenant ouvert, mais les forces manquaient. Parmi les Auvergnats, tous avaient perdu qui un frère, qui un père. D’autres, pire encore, avaient perdu leur porte-monnaie et ne s’en remettaient pas. Le petit Gavroche Parra, Roro et Fritz Lee en particulier s’étaient jetés à corps perdu dans la bataille, le premier allant persifler l’ennemi pour ensuite se cacher derrière les plus gros de ses guerriers. Ils se regardaient à présent, ne sachant que faire pour galvaniser leurs troupes. Roro se tourna vers Fritz Lee, qui tenait encore entre les mains la chaise avec laquelle il avait ferraillé et tué tant de Mordus, et lui dit “Vas-y, toi ! Tu as toujours été le plus gouailleur d’entre nous !”, preuve qu’il savait mieux que personne juger les hommes, et qu’il prendrait aisément la suite du roi Urios une fois celui-ci tombé.
Fritz Lee s’avança alors, mis à terre sa chaise et se hissa péniblement dessus. Le peuple Auvergnat tendit l’oreille, car ce n’était pas n’importe qui qui parlait. C’était Fritz Lee ! Et puis, il y avait une longue tradition locale qui voulait qu’on obéît aux Fritz2.
Il parla de sa voix de stentor3 : “D’abord, je veux remercier mon God and Saviour Jesus Christ pour la carrière. Thanks bro. Ensuite, le problème il est gros dans le club. Rien a changé, tout il est comme avant, pas changé. Mais pas comme avant. Plutôt changé. Oui. Le problème, c’est avec les joueurs, rapidement. Enfin, pas les joueurs. Le estuaire. C’est mon estuaire de coeur. Je l’aime. Je vous aime comme un estuaire jaune et bleu. Aperol Spritz !”
Dans la foule, Buckaroo ne put retenir une larme “C’est beau, putain, se surprit-il à penser en français. Il vient de mettre des mots sur ce que je pense depuis des années. Des mots forts, précis et tranchants. Ah ! il va moins l’ouvrir, là, cet enfoiré de Bad Zé !”4
Quelques-uns dans la foule partageaient son émotion. Alligator et Nels se prenaient dans les bras. Silhouette, qui tenait dans sa main la tête sanglante de Gerbovix, la mascotte gerbante, prit à témoin la foule : “Iel a raison ! Les problèmes ont commencé quand on a viré le·la renard·e , alors que tout·e·s les supporteurices voulaient le·la garder ! Iel était si mignon·ne, avec sa petite queue touffue5 - à bas le body shaming ! - et ses belles pattes galbées…”
“Abrège”, le coupa le baronet JM, douzième du nom, surnommé “le Sir Concis” car il ne supportait pas qu’on n’allât pas droit à l’essentiel. Dans la foule, seul l’astronome local exprima à Silhouette son approbation d’un lapidaire “+1”, mais il était coutumier du fait et on n’y prêta guère attention.
Devant une foule visiblement perplexe, un journaliste du Midol prit sur lui de traduire le plus fidèlement possible les propos de la légende auvergnate :
“Il est clair qu’Urios est un manager dépassé, visiblement peu au fait des évolutions du rugby des, disons, deux dernières décennies. Par ailleurs, son management autoritaire est par trop axé sur la révolte, là où les joueurs préféreraient se voir proposer des solutions tactiques ad hoc. Le résultat, tout le monde peut le constater ; lesdits joueurs sont perdus sur le terrain, livrés qu’ils sont à une stratégie unidimensionnelle et absconse. On pourrait également parler du manque criant de travail technique à l’entrainement. Je me permets de vous soumettre quelques chiffres que j’ai... VOUS ÊTES HORS-JEU – Cette traduction de discours est réservée aux abonnés. Profitez de notre offre pour entendre la suite. Abonnement sans engagement. 1€ le premier mois.”
La suite au prochain épisode
Notes
1. Bon, Urios plagie bien des livres néo-zélandais, il n’y a pas de raison que je ne plagie pas Salammbô pour un paragraphe. Profitez-en, la qualité va chuter drastiquement dès à présent.
2. Sources : Le Chagrin et la Pitié, Marcel Ophüls, 1969. La Grande Vadrouille, Gérard Oury, 1966
3. Et n’allez pas me dire que Fritz Lee n’a pas de voix de stentor ; vous êtes comme moi, vous ne l’avez jamais entendu parler.
4.Le premier détestait le second depuis une sombre histoire de lutte pour une place de prévôt, où la corruption et la perfidie du second avait fini par l’emporter sur la pureté morale et le sens du devoir du premier.
5. J’en profite pour réitérer ici mon soutien à Gourine. Sois fort !