Sorti du Top 6 après la défaite à domicile contre Clermont (14-34) samedi dernier, le RC Toulon traverse une zone de turbulences. Son directeur du rugby, Pierre Mignoni, très affecté, a pris du recul et une semaine de repos pour se régénérer.
Dans ce contexte tendu, et en l'absence de véritable numéro 2, le président Bernard Lemaître, 87 ans, a convoqué ses joueurs pour s'adresser à eux de manière très directe. Il leur a décrit la situation à laquelle était confronté le club et leur a demandé l'analyse de leur responsabilité sur les causes profondes de la crise (Toulon est actuellement 8e avec 43 points) : « Je me suis adressé à eux les yeux dans les yeux, collectivement puis individuellement, en exigeant des réponses. Celui qui ne répondait pas ou répondait à côté pouvait prendre la porte immédiatement. »
Pour Lemaître des signes avant-coureurs se dessinaient depuis plusieurs semaines : un jeu en régression, une victoire poussive contre Montpellier (30-27, J15), des prestations extérieures qualifiées de « minables ». Le diagnostic du président a été cash : « Nous ne sommes pas une équipe. »
La phrase a claqué. Il précise : « Nous avons de belles individualités, mais nous ne jouons pas en équipe. » Face à ce constat sans appel, Lemaître affirme que ses joueurs ont eu une réaction positive : « Depuis, ils se parlent entre eux. Les coachs ont pris le relais. Je surveille l'organisation des entraînements, j'y assiste. J'y passe 90 % de mon temps. »
Toute la semaine, les séances sont dirigées par les coachs adjoints : André Massi, Sergio Parisse et Maxime Petitjean, auxquels s'est agrégé Cédric Béal, l'entraîneur des Espoirs.
Dans son analyse Lemaître estime que les absences de joueurs leaders ont aussi pesé : « Charles Olivon, Baptiste Serin ou Jean-Baptiste Gros, qui, malgré son mutisme, est très positif dans l'attitude. Il y a aussi des joueurs décisifs comme Gaël Dréan. Tous ces profils nous manquent. S'ils étaient là, nous ne serions peut-être pas dans la même situation. »
L'heure n'est plus aux regrets. Elle est à la réaction. Le déplacement à Lyon (samedi 28 février) se profile et, au classement, la marge d'erreur est réduite. « Il faudra gagner. Parce que c'est important pour le club. Sinon, on glisse encore plus bas », dit Lemaître. Il y a aussi une dimension plus intime : ce jour-là, Pierre Mignoni fêtera ses 49 ans.
« J'aimerais qu'on lui fasse ce cadeau d'anniversaire. » Dans la tempête, Bernard Lemaître a rappelé ses exigences aux joueurs qui ont acquiescé. À eux désormais de convertir leurs serments en actes et de transformer cette crise en déclic.






